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Alain Mabanckou

Une enfance sans musique ressemblerait à une bicyclette sans roues !

Amoureux de la musique, l’écrivain congolais, Alain Mabanckou, prix Renaudot 2006, est à la tête d’une grande famille, « Black Bazar », qui accueille depuis 2012 les meilleurs musiciens d’Afrique et de la diaspora.


Alain Mabanckou
Alain Mabanckou
Les Dépêches de Brazzaville : Pourquoi avoir créé l’ensemble musical Black bazar ?
Alain Mabanckou : Je suis un grand mélomane comme tout bon Congolais qui se respecte. Je pense que la musique occupe une place centrale même dans mes romans. Quand j’ai publié le roman Black Bazar en 2009 aux éditions du Seuil, j’avais l’impression qu’il y avait une bande sonore en arrière-plan. L’idée d’un groupe musical s’est fait jour et je me suis appuyé sur les grands artistes africains que je connaissais (Ferré Gola, Soleil Wanga, Popolipo Zéro Faute, Ballou Canta, Michel Lumana, Jimmy Mbonda, Denis Lutula entre autres), et aussi des Camerounais comme Douleur ou Willy Ombe ou encore le Nigérian Wole Sentimenta et le Capverdien Izé Teixeira. Tout cela sous la direction artistique de Caroline Blache.

Comme toute aventure, ne craigniez-vous pas d’être mauvais compositeur, mais excellent écrivain ? Aviez-vous des doutes ?
A.M : Je reste sur ce que je sais faire : écrire des textes. Je ne suis pas musicien mais producteur. Dans chaque album, c’est vrai, j’écris une ou deux chansons. Le reste est écrit par les membres du groupe. L’écriture et la musique ne sont pas si éloignées. Les doutes, il faut les avoir pour progresser. Un artiste ou un écrivain qui ne doute pas risque d’aller droit au mur.

La musique était –elle présente dans votre environnement familial pendant votre enfance?

A.M : Mon enfance congolaise était marquée par la musique des bars, des rues et des parcelles. Gamins, nous allions en cachette voir des concerts comme je le décris un peu dans mon roman « Demain j’aurai vingt ans » paru chez Gallimard en 2010. Mes cousins avaient un orchestre à Pointe-Noire, et nous étions les « ngembos » de ces artistes qui sont restés dans l’ombre. En gros, une enfance sans musique ressemblerait à une bicyclette sans roues !

Êtes-vous nostalgique de la Rumba de Franco Luambo, de Cosmos, etc. ?
A.M : Franco, les frères Mountouari, Pamelo. Youlou Mabiala ou Lutumba sont parmi les grands du répertoire musical des deux Congo. Je ne dirais pas que je suis nostalgique. Mais je regrette que nous ayons perdu le sens du texte à cause des « mabangas ». Aujourd’hui les chansons congolaises sont des catalogues de noms de gens qui ont payé pour entendre citer leurs noms. Nous ne sommes pas dans cette logique dans Black Bazar.

Votre point de vue sur la rumba actuelle…
A.M : Disons que je déplore le manque de travail des textes et la prolifération des machines. N’importe qui pourrait s’improviser musicien aujourd’hui. Il reste que je suis sensible à des artistes comme Roga Roga, Ferré Gola, Karmapa ou encore Kunzardo. Il manque aujourd’hui des voix, ou alors peu de producteurs veulent investir sur les voix. On privilégie les « génériques », ce qui est une bêtise car ce n’est pas ça qui reste dans la postérité. En dehors du générique « Loi » de Koffi Olomidé, je ne vois pas lequel est resté à travers le temps. Alors, dans ma frustration j’écoute des titres comme « Kamikaze » de Youlou Mabiala dans Ok Jazz ou encore « Mabélé » de Lutumba chanté par Sam Mangwana. Il y a aussi les Lipua-Lipua ou les anciens titres de Verckys que j’apprécie.

Au festival Basango Jazza (4e édition), vous allez présenter une conférence sur le thème « Le jazza, la rumba en héritage ». Pouvez-vous nous en dévoiler la substance ?
A.M : Je suis en train de l’écrire. J’essaie de voir quelles sont les traces de la rumba dans le jazz et comment la musique des deux Congo s’est inspirée à son tour du jazz. C’est un vaste programme !

Quel est votre disque de chevet ?
A.M : L’album d’Espérant Kisangani, « Constatation ». Cet artiste était sans doute l’un des plus doués des musiciens congolais, avec sa voix grave, mélodieuse et inimitable. S’il fallait choisir un autre je dirais l’album « Magie » de Koffi Olomidé. Ce disque a été une réussite totale – sans doute aussi grâce à la voix de Babia Ndonga Chokoro qui vient de disparaître et qui était le plus talentueux des musiciens que Koffi a eus jusqu’à présent.

Après Black Blazar, Round 1 et 2, un autre disque en chantier ?
A.M : Là je suis plutôt dans la préparation d’un film long métrage tiré de mon roman « Black Bazar ». Si tout va bien nous, viendrons tourner en 2015 une bonne partie de ce film à Brazzaville avec les plus grands acteurs français et africains actuels. Mais chut !

Écrire un livre ou une chanson, obéit-elle à la même démarche ?

A.M : Oui dans le sens où il faut une inspiration. Mais le livre prend une bonne partie du temps, entre deux et trois ans. Une chanson je peux l’écrire comme un poème, d’un seul jet. Après, c’est le travail des musiciens pour déchiffrer le texte et mettre un air.

Avez-vous rêvé de devenir un jour musicien ?
A.M : Oui, mais comme je ne joue de la guitare que pour mes amis, ce n’est pas avec ça que je pourrais remplir L’Olympia ou le Zénith. Je fais de la musique à ma manière dans le roman.


Source ADIAC

Propos recueillis par Roll Mbemba
Rédigé le Lundi 1 Décembre 2014 à 18:29 | Lu 1488 fois | 0 commentaire(s)






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