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Abdullah Ibrahim

Après l’orage

Son histoire, qui se confond avec celle de l’apartheid en Afrique du Sud, a été écrite dans la douleur et le silence. La libération arrivée, Dollar Brand, devenu entre-temps Abdullah Ibrahim, aurait pu faire résonner son piano à ce son de l’espoir revenu. Cela viendra peut-être. Mais l’homme est sage. Aujourd’hui il expose, sans pudeur, ses sentiments contradictoires auxquels peuvent s’abandonner tous ceux qui n’ont pas peur de s’en approcher.


Abdullah Ibrahim
Abdullah Ibrahim
Quand vous commencez à jouer, on ne sait jamais où vous allez emmener la musique.

Dans les arts martiaux, le professeur vous dit : “Vous pensez trop ! Arrêter de penser !” Si vous réfléchissez trop à telle ou telle chose, elle ne se produira pas. L’intention suffit. Un jeune homme demanda un jour à John Coltrane : “Quels livres dois-je lire ?” Coltrane répondit : “Tous les livres.” Dans quelle langue allez-vous écrire cet article ?

En français.

Quand j’étais au collège, j’étudiais la poésie. Mon professeur me donna ce conseil : “Si vous écrivez en français et que vous pensez produire un monument de la littérature française, alors arrêtez d’écrire.” C’est comme ça qu’on joue notre musique, sans y penser. Je songe ici encore à Coltrane. Une femme à New York transcrivait note pour note tous ses solos et, un jour, elle les lui apporta. Coltrane lui dit : “Je ne peux pas jouer ça, c’est trop difficile.” Il aurait dû utiliser son esprit, car quand il jouait, il ne s’en servait pas. Si un musicien de jazz vous dit qu’il a un “travail”, méfiez-vous. Mon dernier job remonte à mes 14 ans.

Votre musique est devenue presque entièrement instrumentale.

Elle l’est à 99%. Et quand je donne un concert, je me passe généralement de commentaires ou de présentation. J’ai voulu qu’il en soit ainsi pour deux raisons. La première : même pendant les années de lutte, nous avions onze langues différentes en Afrique du sud. Laquelle choisir ? La deuxième raison est politique. J’ai écrit quelques chansons, et elles ont toutes été censurées. Deux ou trois chants de libération, aussi, ont été bannis des ondes.

Comme le morceau “Peace” ?

C’était en 1970, le pays était en guerre. Je pensais qu’une chanson qui prônerait la paix pourrait aider à supporter la pression. Trente ans plus tard, je participais à une conférence sur le commerce des diamants et les conséquences dramatiques de ce business pour l’Afrique. L’ami qui organisait cette conférence me demanda de jouer ce morceau. Je fus étonné, car cela faisait longtemps que je ne l’avais pas inclus dans mon répertoire. Il expliqua ce soir-là à l’assemblée qu’à l’époque, Nelson Mandela avait demandé que “Peace” soit diffusé par haut-parleurs dans toutes les cellules des prisons. Je ne l’avais jamais su.

Parlez-moi de votre expérience européenne, de votre exil en Suisse. Etes-vous d’accord de l’évoquer ?

J’ai rencontré un jour un marin ghanéen – nous étions de grands marins en Afrique – qui m’a dit: “Christophe Colomb a découvert l’Amérique. Nous, nous avons découvert l’Europe et sommes repartis immédiatement.” Quand je suis arrivé à Zürich en 1962, c’était l’hiver le plus froid depuis 1946. Le lac était gelé, les gens marchaient dessus. Je me suis dit : “Quel endroit étrange.” Mais nous étions venus en Suisse comme dans les westerns : “One ticket to El Paso, one way !” Pas de possibilité de retour. Mais il y eut de merveilleux souvenirs. Un jour, quelqu’un frappe à la porte. Et là se tiennent deux hommes avec un piano à queue : “On vient livrer le piano.” Je leur explique qu’il doit y avoir une erreur, que je n’ai pas commandé de piano. Ils me répondent qu’ils ont reçu des instructions pour livrer l’instrument à cette adresse. A ce jour, j’ignore qui m’a offert ce piano.


Site officiel de l’artiste

Pierre-Jean Crittin / vibrationsmusic.com
Rédigé le Mardi 22 Mai 2007 à 18:51 | Lu 2460 commentaire(s)




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