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AUX ORIGINES DU HIP HOP

L'Original festival invite l'Afrique à toaster

L'Original festival de Lyon (6-10 avril), dont l'ambition est de présenter un panorama de la culture hip hop, a mis cette année un coup de projecteur sur l'Afrique et a fait entrer le rap dans une université. Une première. Retour sur une conférence particulièrement instructive avec, en vedette sénégalaise, BBC Sound System.


sens unik
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L'Original festival se veut plus qu'une série de concerts. A peine commencé, une centaine d'élèves se retrouve le jeudi dans une salle de l'université Lyon II pour assister à une conférence sur l'histoire du rap. Entrée en matière quasi surnaturelle. Le doyen de l'université s'approche du micro et justifie cette journée avec un argument massue : le rap, aujourd'hui, est aussi important que la haute finance ou le grec ancien, deux matières enseignées en ce lieu. Gaby Bizien, musicien et conférencier, évoque ensuite les racines du rap et tente un rapprochement avec le jazz be bop, inventé par Charlie Parker et Dizzie Gillespie. Quand il engage son exposé sur un terrain plus sociologique, il constate "qu'il n'y a pas aujourd'hui d'alternative à la réussite sociale, c'est pourquoi le rap s'est engouffré dans le modèle capitaliste".

La table ronde qui suit réunit des acteurs de la scène suisse, africaine et française, trois territoires, trois expressions. Carlo, rappeur du groupe lausannois Sens Unik, commence par tordre le cou à une idée reçue. La Suisse, un pays prospère ? "C'est surtout un pays qui s'est fait une spécialité de vendre des cartes postales. La réalité est différente. Dans mon quartier, il n'y avait que des Espagnols, des Italiens, des Portugais". Sont projetées alors des images du début de leur carrière. Le groupe a l'air très sympathique. Nous sommes à des kilomètres de l'image dure, contestataire, d'un certain rap français (NTM etc).

Légitimité-identité-célébrité

Les musiciens de BBC Sound System (Best of the Best Community) évoquent alors leur carrière. "En 1995, le rap est arrivé à la mode, on s'y est tous mis. Nous chantions en Wolof, en Peul, avec des instruments traditionnels. Nous avons alors pensé qu'il y aurait plus d'ouverture à Paris. On a tenté notre chance en France." Sont-ils revendicatifs et engagés? "L'hymne national sénégalais dit : "Pincez tous vos koras, frappez les balafons". C'est pour les touristes! Il faut savoir que 40 % des Sénégalais ne parlent pas français et ne comprennent pas les paroles... Alors, on commence notre concert par un chant a cappella, en hommage à Lat Dior, un résistant qui s'est opposé à Faidherbe (gouverneur de la colonie au XIXe siècle) pour la construction d'un train. Il s'est défendu, c'est un acte de résistance.".

Né en France de parents Franco-Guinéens, Izm a rejoint le groupe récemment. Sa vision est différente de celle du reste du groupe : "Le rap français est une singerie un peu foirée du rap américain. Musicalement, on n'a rien compris. Quand la musique ne vient pas d'un pays, tu la singes. Le Français croit qu'il faut être méchant pour faire du rap. Alors qu'en Afrique, on souffre vingt fois plus qu'on ne peut souffrir dans une citée française. Les Africains ont la banane, ils rigolent. BBC Sound System parle des problèmes, mais croque la vie à pleine dents". Et la politique? "On a une chanson qui parle du gouvernement, par rapport au peuple. Le gouvernement oublie le peuple d'en bas. On revendiquait ça en 97, sous la présidence Diouf. Depuis on a quitté le Sénégal, on ne peut plus en parler ; maintenant, on chante la nostalgie de notre pays. Et on essaie de donner des solutions."

Après avoir participé aux Découvertes du Printemps de Bourges en 2004, le groupe a multiplié les contacts et s'est produit dans plusieurs festivals, en Afrique et en Chine. Leur titre Thérésa est même un tube au Burkina, où ils jouaient en mars dernier lors du festival Fêt'arts. Jouer en Afrique était d'ailleurs un véritable défi : "C'est facile de faire l'Africain en Suisse ou en Hongrie. Tu mets un boubou, tu fais "Ouala ouala" en tapant dans tes mains, et c'est bon (rires). Jouer à Ouagadougou, c'était un test, parce que là, des Africains, il n'y a que ça. Ils nous auraient dit : "Arrête cousin, on connaît, nous..." (rires)". Le groupe a obtenu un franc succès devant 15000 personnes.


Tchatche ou tassou ?

BBC Sound System
BBC Sound System
Mansour fait part de son expérience africaine : "Il existe un festival qui s'appelle Ouaga hip hop. On y voit des groupes du Togo, du Burkina, du Mali. Les plus intéressants prennent leurs vibes, leurs chants. C'est ce qui va se développer dans le futur. Economiquement, on verra si ça suit. L'Europe ne s'intéresse pas tant que ça au rap africain. Elle ne retrouve peut être pas ce qu'elle y cherche...". Le chanteur présente le Sénégal comme le troisième pays du rap, après les USA et la France. Influence décisive du groupe dakarois Positive Black Soul : "PBS, c'étaient des précurseurs. Ils partaient en Europe et revenaient avec des grosses voitures... tout le monde s'est lancé dans le mouvement hip hop. Faut comprendre. Pour draguer, c'était la mode, hallucinant." Izm reste philosophe : "Sur toute la planète, le Noir américain représente la réussite du Noir. Les rappeurs américains avaient des sapes... Whaaa !! on s'est tous habillé pareil, à Paris comme en Afrique". Depuis, les PBS ont leur studio, ce qui a facilité la production locale. Mais curieusement, les ventes ne suivent pas : "le M'balax revient fort. Les gens aiment trop la fête." Ce qui n'empêche pas les musiciens d'évoquer "environ 3000 groupes de rap au Sénégal".

L'oralité est encrée dans la tradition africaine. Le rap, n'y a-t-il pas naturellement ses racines ? "On a un morceau qui parle de ça, "La Parole". On utilise des paroles de griots qui faisaient des éloges aux rois, et on les pose sur un rythme raga. Les gens écoutent, trouvent ça bien mais... ma grand mère elle sait le faire (rires). Regarde les Last Poets. Leur manière de toaster, ça s'appelle le tassou. Une grand-mère de 80 ans, elle tchatche sur les percus, c'est du tassou. Les Last Poets, ils faisaient ça, on disait qu'ils étaient précurseurs...!" Eclat de rire général.

Source rfi

Richard Belia / RFI
Rédigé le Mardi 26 Avril 2005 à 13:04 | Lu 4187 fois | 0 commentaire(s)





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