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Volcaniques

Quand Miano célèbre le plaisir féminin

C'est un projet littéraire peu commun que Léonora Miano livre en ce mois de mars. Des femmes, noires ou métisses, y écrivent sur leur sexualité.


Léonora Miano © Yasuna Iman H
Léonora Miano © Yasuna Iman H
"Pour ce second volet du travail entrepris sur le couple et son intimité, je désirais que l’axe soit celui de la sexualité féminine", souligne Léonora Miano dans la préface de l’ouvrage. Cette anthologie est en effet un prolongement de Première nuit : une anthologie du désir, recueil paru une année plus tôt chez le même éditeur, regroupant des textes d’auteurs masculins d’origine afro-caribéenne qui abordent la question du désir sexuel du mâle. Au musée Dapper, où elle présente Volcaniques, le 8 mars dernier, Journée de la femme, Miano explique qu’elle a voulu donner la parole aux femmes pour entendre ce qu’elles avaient à dire sur ce sujet relatif au plaisir féminin.

Des extraits croustillants : la preuve
Gisèle Pineau, Fabienne Kanor, Elizabeth Tchoungui, Hemley Boum ou encore Nafissatou Dia Diouf, elles ont été onze en tout à répondre à l’appel et à participer à ce projet osé. Adolescence et découverte du corps, plaisir solitaire, rêves érotiques, histoires d’un soir, homosexualité, infidélité conjugale sont autant de points qu’elles abordent dans leurs récits émaillés de détails croustillants, comme en témoignent ces quelques extraits : "Elle avait la croupe tendue, se languissant qu’il la pénètre. Il l’avait fessée tandis qu’elle frottait sa fente sur ses mains, plus violemment quand elle avait écarté les jambes, relevé son cul. Il avait claqué sa chatte en lui murmurant des insanités. Elle aurait plus tard sa punition pour s’être ainsi donné du plaisir sans qu’il le lui ait ordonné." (Gilda Gonfier, Taberi River, page 102)

"Enivrée de désir, elle glisse sa main plus bas, entre les jambes de l’homme, à la rencontre de ses couilles dures comme sa queue. Avec la plus grande douceur, elle palpe, presse, flatte, écrase, caresse. Prend l’une après l’autre dans sa bouche, tandis qu’elle le branle d’une main impérieuse. Impériale." (Axelle Jah Njiké, Païenne, page 208)

Des textes crus, d’autres un peu moins, poétiques, drôles, empreints parfois d’une violence réelle ou d’un profond sentiment de mal-être. Car si la question sexuelle est au cœur même de ces narrations, elle renvoie souvent à une réflexion plus entière sur les relations homme-femme : l’amour toxique, les ruptures douloureuses, le célibat devenu pesant ; et également à des expériences traumatisantes vécues dans l’enfance (tel le viol) qui occasionnent le mépris de son propre corps ou la multiplicité des partenaires sexuels.

Les identités africaines en diaspora au coeur de son oeuvre
Volcaniques offre un regard intéressant sur le rapport des femmes à elles-mêmes, sur la manière dont elles se perçoivent dans le jeu de la séduction, du sexe et de l’amour (quand il y en a). Et aussi riches et variées que soient ces productions littéraires dans les singularités qu’elles explorent et la manière dont elles abordent ces questions liées au plaisir féminin, ces textes ne tendent tous qu’à un but essentiel : l’affirmation de la femme, sa déculpabilisation quant à l’usage qu’elle fait de son corps, son épanouissement, donc. Un engagement ouvertement féministe. Il est intéressant de noter que les femmes qui par leurs mots ont révélé ici fantasmes et secrets du plaisir féminin sont toutes noires ou métisses aux racines africaines ou caribéennes. Léonora Miano réaffirme donc avec Volcaniques sa volonté de mettre les identités afrodiasporiques au cœur même de son travail littéraire.

La femme, figure essentielle dans l’œuvre de Léonora Miano
De L’Intérieur de la nuit (éditions Plon), son premier roman, à La Saison de l’ombre (Grasset) son septième couronné du prestigieux prix Femina en 2013, c’est autour des figures majoritairement féminines que Miano structure ses récits. Héroïnes ou personnages de premier plan, elles se nomment Ayané, Musango, Elise, Ebeise, et sont les éléments centraux du travail de l’auteur qui s’articule autour du devoir de mémoire, de la juste analyse des maux dont souffrent les sociétés africaines contemporaines, mais aussi et surtout de l’expérience européenne de ces populations issues d’Afrique subsaharienne et de leur descendance née en Occident et qui jouissent de ce fait d’une identité plurielle, comme on a pu le voir avec son roman Tel des astres éteints (éditions Plon). Léonora Miano, née au Cameroun et résidant en France depuis l’âge de dix-huit ans, s’identifie pleinement à cette dernière catégorie.

Ses oeuvres Blues pour Elise (Plon) et Femme in a city (pièce extraite d'Écrits pour la parole, L’Arche éditeur) ont été portées au théâtre en février dernier, par la metteur en scène Eva Doumbia dans une pièce intitulée Afropéennes qui aborde la question du racisme, de l’identité, du poids des traditions. Des femmes noires nées en Europe de parents africains ou antillais, s’exprimant librement sur leur condition et sur des sujets de société en apparence banals. Et là encore c’est au corps que l’on revient inévitablement, le corps de cette femme noire que l’on emprisonne dans son physique et ses formes ; les allégations sexistes qu’elle doit essuyer dans une société où sa couleur s’apparente encore trop souvent à un handicap. Tout au long de son travail d’écrivaine, avec la justesse qui la caractérise, Léonora Miano a traité de plusieurs questions relatives à la femme dans l’espace africain, et mis en lumière des identités afro avec leurs préoccupations et leurs combats. Elle a aujourd’hui fait appel à d’autres plumes pour écrire la sexualité féminine, dans Volcaniques : une anthologie du plaisir, dans laquelle elle offre elle-même un texte intime et puissant sur la conscience du corps, ses blessures et sa jouissance.

Source lepoint.fr

Par Ralphanie Mwana Kongo
Rédigé le Lundi 16 Mars 2015 à 08:53 | Lu 478 fois | 0 commentaire(s)






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