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Souleymane Diamanka

Les exquis mots d’un gosse peul

Le slam de Souleymane Diamanka joue avec les mots, leur sens et leur musique. Ce poète des villes avec son album L’Hiver Peul, reste dans l’oralité, à l’instar de ses ancêtres.


Souleymane Diamanka pose rarement ses mots sur un papier. Depuis qu’il est gamin, il s’invente des poèmes, qui restent uniquement gravés dans sa mémoire, sans jamais les avoir écrits. "Le rêve errant du révérend", par exemple, n’a toujours pas d’autre existence que dans la voix et la mémoire de son auteur. Né au Sénégal, Souleymane, alors âgé de deux ans, rejoint son père parti vivre en France, avec sa mère et ses six frères et sœurs. C’est à Bordeaux, qu’il passe son enfance, dans la cité de la Clairière des aubiers. "Mon père était un peu strict : on ne devait pas parler français à la maison. Un Peul, sans ses proverbes et ses dictons risque d’être un peu perdu. Plutôt qu’être assis le cul entre deux chaises, mieux vaut être debout, en équilibre sur deux cultures. Je crois qu’il a plutôt réussi." Les enfants apprenaient le français à l’école et à leurs parents. Aujourd’hui, toute la famille parle encore le peul, jusqu’aux petits-enfants. En classe de CE2, l’instituteur préfère faire apprendre à ses élèves des poèmes qu’ils ont eux-mêmes écrits. Le jeune Souleymane est un peu perplexe quant à l’idée de poésie, qu’est-ce que cela peut bien être ? "Écrire de la poésie, c’est faire des nœuds dans les phrases et obliger les gens à défaire ce nœud comme un papier cadeau" lui répond le professeur. La métaphore va germer dans la tête du gamin, qui va dès lors jongler avec les mots.

Alchimiste des mots

De la rencontre des mots avec la musique en banlieue, naît un groupe de hip hop dans lequel tous les membres rappent et dansent. Souleymane Diamanka écrit en outre tous les textes. Le groupe, baptisé Djangu Gandhal, connaît sa petite heure de gloire sur scène, notamment en première partie de NTM en 1991 puis lors du Printemps de Bourges.

Mais la danse, ce n’est pas trop son truc. Dans le TGV qui le transporte de Bordeaux à Paris, Souleymane consacre les trois heures de train à écrire et expérimenter la langue française. Il joue d’abord à l’alchimiste des mots, avec le dictionnaire comme matière première, en faisant par exemple des additions de mots ou en s’imposant des contraintes d’écriture, façon Georges Perec. Puis il fait la découverte miraculeuse des palindromes, et se met au défi d’en créer, comme celui-ci : "Ygre Carine va rêver avenir à Cergy". Vous pouvez vérifier, on peut effectivement lire la phrase dans les deux sens. Allitérations, assonances, holorimes, … Souleymane Diamanka met des noms sur ce qu’il pratique en français mais aussi parfois en peul, pour quelques alexandrins.

Chansons à rebours

Des mots, le rappeur a jonglé avec les balles. Besoin de s’éloigner de l’écriture, besoin d’une activité plus physique. Après deux années d’école du cirque à Bordeaux, il est revenu aux mots après avoir réussi à jongler avec cinq balles. "Je ne m’attaque pas tout de suite à un thème quand j’en tiens un. J’ai plein de phrases qui se bousculent, mais j’attends vraiment le dernier moment pour voir physiquement, ce que cela sera sur le papier. Je laisse mûrir, avec les sentiments de la vie de tous les jours, j’emmagasine. Et quand cela déborde de mon cerveau ou de mon cœur, je pose tout cela sur le papier. Cela fait une éternité que je n’ai pas écrit, je reste dans l’oralité." D’un sentiment, le poète urbain trouve une traduction en mots, de cette phrase, il fait le titre d’une chanson, qu’il ne reste plus qu’à écrire à rebours. "Un peu comme un gamin qui fait des coloriages : tu as les contours —le thème— après c’est facile de remplir de couleurs, avec des mots."

Enfant, Souleymane se décrit comme rêveur et naïf, on retrouve l’empreinte de ce gamin dans les textes de son premier album. Le sens et la sonorité, le fond et la forme, vivent en parfaite harmonie sans se cannibaliser l’un l’autre. Les bons mots surprennent l’oreille mais font aussi cogiter :

"On nous montre la violence des jeunes
dans les rues infestées
Mais je sais que la haine
c’est un chagrin qui s’est infecté…
Nul n’est poète en son pays et pourtant
J’ai vu ceux qui suent et ceux qui saignent
devenir ceux qui sèment les mots qui soignent…"


La voix grave de Souleymane Diamanka rappelle celle d’un autre slammeur, Grand Corps Malade (en duo sur Au bout du 6e silence). La musique sur laquelle il pose ses mots est plutôt jazzy et intimiste, avec quelques accents africains pour Je te salue vieux Sahara ou Moment d’humanité, qui convie le griot sénégalais Sana Seydi. Une heureuse coïncidence a réuni les deux hommes. Mais pour Souleymane, les deux cultures, les deux langues et les deux générations n’ont jamais été très éloignées.

Source rfi musique

Souleymane Diamanka L’Hiver Peul (Barclay/Universal) 2007

http://www.myspace.com/souleymanediamanka http://www.myspace.com/souleymanediamanka


Nicolas Dambre
Rédigé le Lundi 21 Mai 2007 à 02:15 | Lu 1756 commentaire(s)




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