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Sisters in Law

Un documentaire intelligent et instructif sur la question du genre en Afrique

Il est rare que des documentaires sur la condition féminine en Afrique réussissent à s’affranchir des prénotions du regard extérieur, souvent chevillé à l’expérience émancipatrice occidentale ou féministe. Sisters in Law a le bon goût de tenir le réalisme d’une condition défendue en dehors de toutes incantations idéologiques et des profusions de leçons de morale.


Sisters in Law
Sisters in Law
Il est question de femmes de droit, engagées d’abord dans leur métier, la défense des citoyens qui se trouvent être des citoyennes, et qui mettent à cette fin toute leur énergie, leur bonne foi, sans effets de manche et ni exagérations à destination de l’œil voyeur de la caméra «des blancs».

Le cadre d’une petite ville du Cameroun en Afrique centrale, Kumba marquée linguistiquement par la domination anglaise, loin des centres urbains hypertrophiés que sont Douala et Yaoundé, permet de mieux isoler la problématique de genre des maux et du foisonnement latéraux.

Qu’il s’agisse de maltraitance d’épouses, dans un environnement islamique où le divorce est presque impensable, de l’exploitation de la petite enfance soumise à servitude, de cas de viol pédophile, le documentaire montre des femmes, des hommes acteurs de leur destin. Aucun manichéisme ne vient parasiter les images et leur interprétation n’en est que plus optimiste. En effet des femmes de droit, aux antipodes des profils classiques des oligarques des pays en développement, comptes en banques ambulants mus exclusivement par les rentes et les positions sociales, opposent une résistance contextuelle à la domination masculine, à l’obscurantisme, aux violences maquillées en coutumes.

Elles y mettent un talent et une persévérance qui vont au-delà d’une solde de fin mois, ce qui donne à leurs luttes sans idéologie une authenticité, une simplicité recouvrant une grandeur d’âme appréciable.

Vera Ngasa, avocate et conseillère d’Etat et Béatrice Ntuba juge, pourraient passer pour les héroïnes de ce film de près de deux heures de temps, mais le courage des accusatrices, fillettes ou majeures et toutes les femmes qui sous cape insufflent leur procuration de combat aux plaignantes est à relever.

Kim Longinotto et Florence Ayisi qui réalisent ce film n’auront pas usurpé les nominations et divers prix que leur travail engrange depuis sa parution en 2005 : prix CICAE festival de Cannes en 2005, sélection officielle au festival du film de Telluride et de Toronto, prix du festival du film d’Amsterdam en attendant la suite de la moisson.

Un film à voir, en fermant les yeux sur l’accoutrement colonial des professionnelles de la justice camerounaise, affublées de robes et perruques léguées par la présence positive anglaise et française en Afrique subsaharienne, au Cameroun.

Source Afrikara.com

Ze
Rédigé le Mardi 14 Mars 2006 à 20:41 | Lu 2237 commentaire(s)




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