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SHULA MONSENGO

L’AMBIVALENCE DU PROGRÈS

Le thème principal de ce peintre de 55 ans est un questionnement : les avancées technologiques ne sont-elles pas en train d’aliéner les relations humaines ?


Shula Monsengo - Dictateur 2009
Shula Monsengo - Dictateur 2009
Comme beaucoup de ses pairs, Shula Monsengo ne jouit d’aucune intimité. C’est dans un recoin de la parcelle commune que cet homme frêle a installé un petit atelier protégé du soleil par une bâche en plastique bleue, sa couleur préférée. « Dans la cour, certains me trouvent géniaux, d’autres ridicules. Ils ne comprennent pas la valeur d’une œuvre », murmure-t-il. Un leitmotiv commun aux artistes kinois qui ne sont guère prophètes dans leur pays. Malgré l’adversité, Shula garde le sourire et la foi : « Mon ambition c’est de devenir un grand artiste de renommée internationale ». Il s’y emploie, lui qui a accroché sur sa façade, en guise de devise, « seul le travail rend l’homme indépendant ». Formé à la peinture dans son village, il arrive à Kinshasa en 1975 pour intégrer l’atelier de son cousin, feu Moké, grand maître coloriste. « Mais Moké ne voulait pas travailler avec les autres ni que d’autres émergent », confie-t-il. Le jeune vivote en réalisant paysages, portraits et cartes postales touristiques. Il n’a pas encore de style propre. Très vite ce train-train l’ennuie. « Je tournais en rond, admet-il. Je ne pouvais pas faire toute ma vie des nanas au bord d’une rivière. Il fallait que je me fraye mon propre chemin. »

Shula Monsengo
Shula Monsengo
Comme ses confrères de la peinture populaire, il veut décrire le quotidien, signaler les injustices,
« dire tout haut ce que les autres pensent tout bas ». Cela va des violents affrontements de 2007 entre les troupes de Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, à l’empoignade généralisée à la mort d’un polygame. Shula n’a pas froid aux yeux. Un tableau de 2002 représente l’ancien président Laurent-Désiré Kabila, sirotant une bière pendant que deux courtisanes à moitié nues lui font la danse du ventre. Le titre ? Quand un dictateur veut apaiser ses nerfs…

Sa singularité l’artiste la trouve en 2012, lorsqu’il prend pour sujet les mutations technologiques du monde et la robotisation galopante. Pétri d’un humour surréaliste qui évoque le Chaplin des Temps modernes, il peint l’homme réifié, devenu simple rouage d’une vaste mécanique, pantin désarticulé et branché. Nous sommes toutefois loin de la noirceur du film Matrix. Les personnages de Shula sont des esclaves consentants de la communication numérique. « L’homme prend la machine pour amie, mais c’est une erreur, regrette-t-il. Vous trouvez normal qu’un homme et une femme qui se donnent rendez-vous dans un restaurant passent leur temps au téléphone sans se parler ? Mon fils est toujours branché avec ses écouteurs. Moi aussi je suis devant l’ordinateur ou devant Euronews. On ne peut pas rester à l’âge de pierre ni revenir en arrière, mais il faut des garde-fous. C’est très troublant de vivre dans une époque où la fiction et le réel s’entremêlent. »

Parfaitement construites, ses toiles se démarquent par un chromatisme froid, accentué par une dominante bleue cobalt presque télévisuelle. Shula compte désormais explorer la question des maisons intelligentes, gérées par des systèmes informatiques. Futur ou fantasme ? Qu’importe. Son regard se fait gourmand : il le sait, il a trouvé une mine inépuisable.

Source lemonde.fr


Roxana Azimi
Rédigé le Lundi 7 Septembre 2015 à 15:22 | Lu 319 fois | 0 commentaire(s)






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