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RD Congo

Les 7 personnalités à suivre en 2015

De Joseph Kabila Kabange à Jupiter, le démiurge d’Okwess International, une galerie riche et diverse.


Moise Katumbi Chapwe, gouverneur du Katanga  © DH.BE.
Moise Katumbi Chapwe, gouverneur du Katanga © DH.BE.
Sauf coup de théâtre, le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, n’a plus vraiment le choix. En 2015, après la décision du Parlement d’amender le très controversé alinéa 3 de l’article 8 du projet de loi électorale, qui voulait lier la tenue des élections présidentielle et législatives de 2016 à la finalisation du recensement de la population qui devrait être engagé en 2015, et après les manifestations de la population à Kinshasa, Goma et Bukavu, hostiles au régime et à toute tentative du président de rester au pouvoir, Joseph Kabila devrait commencer à songer à préparer son départ du pouvoir, prévu, selon la Constitution, à fin 2016, au terme de son deuxième mandat. Propulsé à la tête du pays en janvier 2001, par des «amis» de son père, après l’assassinat de ce dernier, le fils de Laurent Kabila aura passé, en 2016, quinze ans aux commandes de la RDC, dont dix ans "légitimement". Ou presque, car si les résultats de l’élection présidentielle de 2006 n’ont pas fait de vagues, en revanche ceux de la présidentielle de novembre 2011 ont été très contestés. Âgé de 43 ans en 2015, Joseph Kabila a encore de longues années devant lui. Quelle voie va-t-il choisir ? Les affaires ? Une carrière internationale de «médiateur ès conflits» ? Autre ? Mais avant de préparer son avenir personnel, Kabila devra proposer un candidat à sa succession, voire en choisir un, c’est-à-dire arbitrer entre plusieurs candidats et plusieurs clans. Il aura un an pour se décider ou pour faire du surplace. Car Joseph Kabila n’est pas réputé pour prendre des décisions rapidement et trancher sur le vif.

Moïse Katumbi Chapwe, gouverneur du Katanga

L’idée semble le tarauder depuis deux ans : prendre ses distances avec le PPRD, le parti de Joseph Kabila Kabange dont il est encore membre, et se présenter à la présidentielle de 2016. Si Moïse Katumbi Chapwe ne s’est pas encore prononcé sur ces deux points, il a déjà manifesté son opposition à toute tentative de modification de la Constitution de 2006 et de la loi électorale. Gouverneur de la province du Katanga depuis 2007 et président du club de football Tout Puissant Mazembe, l’homme est très populaire au Katanga, et de plus en plus dans le reste du pays. Et un tantinet populiste. Si, assure-t-il, il a laissé tomber sa veste d’homme d’affaires pour se consacrer à son mandat de gouverneur, il n’en reste pas moins à la tête d’une kyrielle d’entreprises, ce qui le met à l’abri financièrement. Sa candidature à la présidentielle en dérangerait plus d’un. D’abord le clan de Joseph Kabila, si ce dernier renonce vraiment à toute tentative de jouer les prolongations à la tête du pays. C’est en 2015 que tout se jouera. Les pressions contre le gouverneur sont énormes. L’homme tiendra-t-il jusqu’au bout ? Son entourage l’affirme. Créera-t-il un parti ? En tout cas, ses «ennemis» ne lui feront pas de cadeau. Katumbi le sait et s’y prépare. Il ne ménage d’ailleurs pas ses efforts pour trouver des appuis à l’extérieur.

Martin Fayulu, député national
En 2015, il entre dans sa cinquante-neuvième année. L’âge de la maturité. Tout en conservant sa casquette d’homme d’affaires - il a un hôtel à Kinshasa -, Martin Fayulu est député national et président de Engagement citoyen pour le développement (ECIDE), un parti de l’opposition radicale. L’homme est assez unanimement salué pour sa constance dans ses choix politiques et dans ses actes. Et son courage. À la présidentielle de novembre 2011, il a joué la carte de l’unité et soutenu la candidature d’Étienne Tshisekedi. À l’Assemblée nationale, il s’est opposé aux tentatives du régime de modifier la Constitution ou de vouloir jouer les prolongations en modifiant la loi électorale pour maintenir l’actuel président aux commandes du pays au-delà de 2016. Devenu populaire, notamment à Kinshasa et dans l’ouest du pays, cet économiste de formation, qui a travaillé pendant presque vingt ans chez le pétrolier américain Exxon Mobil, pourrait-il briguer pour la première fois la magistrature suprême ? À suivre. En tout cas, face aux prochaines épreuves que va devoir affronter la RD Congo et aux positions qu’il prendra, la population l’observe.

Le docteur Denis Mukwege
Qui ne connaît pas le docteur Denis Mukwege ? Originaire du Sud-Kivu, ce gynécologue, âgé de soixante ans, est un militant des droits de l’homme, plus précisément des droits de la femme, qui s’est distingué dans la prise en charge des femmes congolaises victimes de violences et de viols. Une prise en charge aussi bien physique et psychique qu’économique et juridique. À son actif, la «réparation» de dizaines de femmes congolaises mutilées par les viols et la dénonciation des atrocités commises par les groupes armés dans l’est de la RDC. Son activisme ne plaît pas à tout le monde. Le 25 octobre 2012, il est victime d’une agression alors qu’il se dirige vers sa maison en plein centre de Bukavu. Le gardien de sa maison est abattu, sa voiture incendiée et Mukwege ligoté. Il sera sauvé par des gens du quartier. Il s'exile alors quelques mois en Belgique, puis revient au Congo. En 2014, l’administration fiscale congolaise lui met des bâtons dans les roues en voulant taxer lourdement l’hôpital de Panzi où il opère.Si Mukwege s’est vu attribuer plusieurs prix, dont le dernier en date, le prix Sakharov, décerné par le Parlement européen le 21 octobre 2014, ses partisans se mobilisent pour qu’il obtienne le prix Nobel de la paix. Activiste de la société civile, véritable autorité morale et scientifique, Mukwege est aussi connu pour son indignation face à l’injustice et aux atrocités commises dans l’est du pays. Un atout. Mais si Mukwege, qui a acquis une aura internationale, veut franchir le rubicon politique en RDC - une option qui semble le titiller -, il devra d’abord s’organiser localement et élargir son combat. Empruntera-t-il cette voie ?

Patient Ketu, profession : éditeur
Il est le fondateur et l’éditeur de Business et Finances, un hebdomadaire économique et financier dont le premier numéro est sorti le 17 octobre 2013. C’est pour combler un vide sur le segment de la presse écrite et digitale congolaise, plutôt tournée vers les sujets politiques et de société, que ce business man et consultant âgé de 55 ans, originaire de Bukavu (Sud-Kivu), a fait le pari de lancer cet hebdo spécialisé. «Les milieux d’affaires manquent d’informations économiques et financières pointues sur la RD Congo», explique Patient Ketu, qui a été, entre autres, Regional Financial Controler chez Bluechip Holding et consultant financier au bureau de l'envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour la région des Grands Lacs. Après avoir conforté la position du magazine à Kinshasa, Lubumbashi, Bukavu et Goma, Patient Ketu vise Kisangani, Boma, Matadi, Kananga et Mbuji-Mayi en 2015 pour élargir son lectorat composé principalement d’entreprises, de quelques institutionnels et de particuliers. Il envisage également de donner davantage d’informations sur les pays voisins.

Les Ndombasi, dans le top de la grande distribution
Le père, Ndombasi Bila Pelou, avait ouvert la voie en créant en 1992 la supérette Netty’s à Kintambo, puis, en 1995, Carrefour à la Gombe, devenu Peloustore en 2003. Les fils – Olivier et Pitchou, le gérant des enseignes - n’ont pas renié le savoir-faire paternel. Avec quatre supermarchés à Kinshasa – Peloustore-Gombe, Peloustore-Limete, Peloustore-UPN et Netty’s, ils font partie aujourd’hui du top des grands distributeurs kinois. Mais la concurrence fait de plus en plus rage, avec notamment l’implantation massive des Indiens dans le secteur, la présence de l’enseigne sud-africaine Shop-Rite et l’arrivée prochaine de Carrefour. Pour ne pas perdre de parts de marchés et en gagner, les Ndombasi mettent le cap en 2015 sur l’ouverture de nouveaux magasins. Dans des quartiers qui n’étaient pas considérés jusqu’à présent comme ceux à «bon pouvoir d’achat». Bien évidemment, il faudra adapter l’offre à la demande tant en termes de produits que de prix.

Jupiter, le démiurge d’Okwess International
Nul n’est prophète dans son pays, dit l’adage. Fondateur du groupe musical Okwess International, Jupiter, alias Jean-Pierre Bokondji, le sait, mais cela ne freine en rien ses ambitions et ses ardeurs. Il aura fallu près de vingt ans de ténacité à ce musicien talentueux, initié par sa grand-mère, originaire de l’Équateur, aux rythmes zebola, conçus pour soigner les malades, pour imposer son bofenia rock, de l’afrobeat façon congolaise, un mélange de soul des seventies et de musiques traditionnelles congolaises. Si la scène musicale de son pays, toujours dominée par le très populaire ndombolo sous ses diverses variantes, ne l’a pas encore adopté à 100 %, en revanche, à l’étranger, Okwess International fait un tabac sur la plupart des scènes où il s’expose. Le groupe, qui a sorti un premier album, Hôtel Univers, en est à sa troisième tournée en Europe (France, Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, Pologne, Suède, Norvège, etc.), en Afrique du Nord (Maroc) et même en Asie (Japon). Un grand succès à l’instar de celui que connaît Benda Bilili Groupe, un groupe musical kinois composé de handicapés. Originaire de la commune de Lemba, «le Quartier latin de Kinshasa, la scène révolutionnaire de la musique congolaise», Jupiter (et sa troupe) s’apprête à faire une nouvelle tournée à l’étranger en 2015. Connu pour son franc-parler, loin de la langue de bois, et peu enclin à faire allégeance au pouvoir en place, le patron d’Okwess International, dont les membres sont issus des quartiers populaires de Kinshasa, devrait trouver un écho favorable auprès d’une jeunesse congolaise qui vient de se distinguer par son courage et sa volonté d’aller de l’avant.

Source lepoint.fr

Par Muriel Devey Malu-Malu
Rédigé le Mardi 10 Février 2015 à 14:09 | Lu 882 fois | 0 commentaire(s)






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