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POURQUOI TANT DE MORTS ?

VIRUS EBOLA SUITE !

‘Notre conservation a subi un dommage incommensurable. Nous avons perdu de nombreuses familles de gorilles habituées à l’homme’.
Henri Djombo, Ministre de l’Economie Forestière et de l’Environnement.
Pascaline Niakekele conclut son enquête sur le VIRUS D’EBOLA AU CONGO BRAZZAVILLE – POURQUOI TANT DE MORTS ? A la complexité du cas et le risque des conséquences incalculables sur la faune et la flore, s’ajoutent la frustration des experts nationaux face au manque cruel de moyens de lutte sur place.


POURQUOI TANT DE MORTS ?
On les appelle les gorilles de plaine mais : ‘Il n y a pas de différence entre les gorilles de plaine ou de forêt,’ explique Dr Ankara, vétérinaire, membre du Comité de Crise Ebola et du Projet Pour la Survie de Grands Singes. ‘Ils viennent dans la plaine le jour et repartent dans la forêt pour s’endormir.’

M. JP Onday-Otsouma, Directeur de la Faune et des Aires Protégées : ‘Le Congo est un pays assez avancé en matière de conservation qui exige des moyens financiers, humains et matériels.

Le pays a consenti 11% de son territoire national (342 000 Km2) à la conservation.’ ‘Le parc national d’Odzala, le plus grand, couvre une superficie de 1 366 000 ha. Il est à cheval entre deux régions : la Cuvette Ouest et la Sangha. Nous avons le petit sanctuaire de Lossi qui fait 35 000 ha.’ Il est situé au sud-ouest d’Odzala, à quelques 15 Km. En outre, il faut signaler la présence d’une part, de l’Institut Jane Goodhall qui s’occupe de la réserve de Tsibounga dans la région du Kouilou et d’autre part, celle de la Fondation Jhon Aspinall qui s’occupe du Projet de Protection des Gorilles. Faune et flore abritent des arbres, plantes et autres espèces animales non encore répertoriés. Pour les autochtones, le dinosaure du lac Nouabalé Ndoki n’était pas une légende. Les crocodiles nains, rares et uniques vivant dans un milieu inattendu n’ont pas encore fait parler d’eux.

‘Le sanctuaire de Lossi est une aire protégée destinée aux suivies d’une espèce spécifique, ici, c’est le gorille,’ précise le directeur.
L’emplacement du sanctuaire est une clairière qui a encouragé le suivi des habitudes des primates qui la fréquentent assidûment ; favorisant ainsi le tourisme de vision. ‘Beaucoup de touristes fréquentaient ce sanctuaire. C’est la première apparition d’Ebola dans l’aire protégée.’

Que s’est-il passé ? L’épidémie d’Ebola dans la région de la Cuvette Ouest (cf. article précédent)avait fait l’objet de mesures d’urgence exceptionnelles parce qu’il y avait mort d’hommes.

M. Onday-Otsouma : ‘Pendant l’épidémie, le gouvernement avait mis de l’argent sur les humains et non sur la faune. Il fallait prendre des mesures immédiates et l’OMS était immobilisée. Mais du côté de la faune rien encore n’a été fait.’ Il y a comme un sentiment d’injustice. Il poursuit : ‘La réunion de Brazzaville tenue du 4-6 mars 2003 avait été organisée par ECOFAC. On a regroupé ceux de la santé humaine, ceux de la conservation : conservateurs, vétérinaires, biologistes, etc. Cette réunion nous a permis de comprendre que c’est vrai, il y a un travail de recherches à faire. Un chercheur de la RD Congo nous a donné l’information dans le dépistage du virus ou du réservoir -ils ont dû organiser la capture ou l’abattage de près de 35 000 spécimens de forêt. Malheureusement, ils n’ont rien trouvé. Nous, on se dit, est-ce qu’il n’y a pas moyen de réfléchir autrement ?’

Dr Ankara : ‘Pour le cas de Brazzaville, bien sûr, on va faire des recherches. Mais à quel niveau ? Il faut aussi faire des recherches au niveau de ce que les primates consomment. Au Zaïre (RDC), le professeur Muyembé nous a dits qu’ils avaient aussi cherché dans les fosses minières et capturé des chauves-souris. Donc vous voyez, nous sommes entrain de tâtonner. Il faudrait inclure aussi le côté flore et la climatologie.’ Il fait remarquer : ‘Dans cette région, la concentration des primates est de 5-15 gorilles/km2 comparée à l’homme, environ 2/km2. La probabilité dans cette région est qu’un homme qui rentre dans la forêt peut toujours rencontrer un ou deux primates et être en contact avec leurs vomissements, excréments ou quelque chose qui a le virus. Parce qu’Ebola, rien que le contact vous êtes bon. C’est pourquoi les recherches doivent être pluridisciplinaires.’

M Onday-Otsouma : ‘La difficulté c’est qu’on ne maîtrise pas le vecteur, le réservoir en tant que tel. Les grands chercheurs eux-mêmes ici à Brazzaville –on est sorti de cette réunion sans pour autant que nous soyons fixés, qu’ils nous fixent sur l’agent vecteur du virus Ebola.’
A la frustration face à l’incontrôlable inconnu s’ajoutent les difficultés du terrain.


Dr Ankara : ‘Si on parle des primates aujourd’hui, c’est qu’ils ont les mêmes maladies que nous. Vous savez, les primates et nous partageons 150 maladies. Il faut les prévenir. Il nous manque les financements, c’est vraiment le grand problème ici. Même pour aller sur le terrain, on a des difficultés.’

M Onday-Otsouma : ‘Au niveau national, on n’a pas de structure adéquate qui puisse nous orienter sur le suivi de cette épidémie. On n’a pas de laboratoire. S’il y a des prélèvements à faire, ce sont des chercheurs d’ailleurs qui viennent chez nous. Très souvent ils le font et les nationaux ne sont pas impliqués. Raison pour laquelle, le Ministre H. Djombo a insisté sur le fait que –s’il y a des recherches à faire pour déceler ce virus, il faudrait bien les faire avec la participation de nos vétérinaires. On a constaté qu’il y a beaucoup d’informations qui nous échappent. Nous sommes surpris de ce qui ressort de la presse étrangère sur ce qui se passe dans notre pays, tout simplement parce que nous ne sommes pas trop impliqués.’

Et le directeur de confirmer : ‘Ici, au niveau départemental, on a reçu une demande conjointe du CIRMF (Centre International de Recherches Médicales de Libreville), du WCS (Wildlife Conservatory Society) et de l’ECOFAC qui veut entreprendre des recherches maintenant. Ils ont écrit pour solliciter la capture de diverses espèces de la faune pour tester, vérifier, afin de déceler le virus.’



Les primates, nos cousins...

POURQUOI TANT DE MORTS ?
Les primates, nos cousins les plus proches sont naturellement dotés d’instinct de survie, du danger. Il n’y a pas de barrières physiques dans les forêts denses. Ils auraient pu émigrer vers le Cameroun ou le Gabon par exemple, où la Réserve du Dja, le Parc Minkebe ne sont pas si loin ? A t-on noté une migration soudaine de la population des primates à la périphérie de ces étendues ?


Dr Ankara : ‘Il y a des barrières naturelles qui peuvent empêcher l’immigration des animaux. Ca peut être les fleuves, les rivières. Jusqu’aujourd’hui on n’a pas encore fait d’études. Je ne peux pas vous le confirmer.’

ECOFAC utilise depuis peu le Cybertracker dans son travail de monitoring dans un milieu donné.

Le docteur explique : ‘C’est un système informatique qui permet de localiser un animal et qui est utilisé par la plupart des conservateurs. Je peux aller dans la forêt, je sais qu’à tel endroit, je peux retrouver les singes. C’est un appareil qui oriente.’ ‘Il y avait huit familles (dans le sanctuaire, totalisant 139 individus) Aujourd’hui on ne les retrouve plus.’

C’est de cette perte incommensurable dont parlait le Ministre H. Djombo, lors de la deuxième réunion d’avril. Quant au tourisme de vision,

M Onday-Otsouma explique : ‘Il avait été stoppé avant l’apparition de cette deuxième phase. C’était à la suite de petites situations internes à la réserve. Et là, on doit le relancer. Il faut redonner confiance aux touristes. Ebola se stabilise. Il y a accalmie.’

Le nombre de primates perdus ou péris ?

‘Le comptage des animaux en forêt, c’est pas comme en savane où facilement avec l’avion, on peut repérer les animaux,’
explique M Onday-Otsouma. ‘En décembre 2000 ils nous ont dits qu’il y en avait 800. Au cours de la réunion de mars 2003, ils ont dits qu’il y a eu 600 morts d’un coup. On a demandé –est-ce qu’ils ont comptabilisé le nombre des carcasses ? On n’a pas de chiffre exacte parce que le dénombrement en tant que tel n’était pas fait au départ.’

Devant des raisons complexes et le manque d’émancipation économique, que faire ?

M Onday-Otsouma : ‘Les conclusions ou les résultats de la réunion de Brazzaville devraient être validés par la grande réunion de Washington, reportée à la mi-mai. Cette réunion devrait intéresser les bailleurs de fonds dont l’Union Européenne pour se décider à mobiliser les fonds.’

Dr Ankara évoque les besoins cruciaux : ‘Nous avons un problème de formation. Il nous faudrait un laboratoire pour travailler nous-mêmes sur place. Avec les financements, on a des cadres ici qui peuvent travailler et petit à petit, on va acquérir de l’expérience. Le laboratoire de Libreville est loin et puis pour y aller il faut un visa et des tracasseries.

Et le docteur de conclure : ‘Au niveau national, nous nous sommes organisés à avoir en sorte un plan multi-sectoriel en cas d’épidémie’. Une équipe chargée d’épidémio-surveillance. ‘Les gens devraient aller sur le terrain vérifier les informations si on constate la mort des primates quelque part. Ce plan sera peut être adopté au niveau des Etats Unis. C’est ce que nous attendons tous. Si nous faisons une bonne sensibilisation, je pense que l’épidémie ne peut pas s’épandre comme on l’a vue. On ne devrait plus avoir beaucoup de morts.’

‘A ce jour, il n’y a plus de morts. On compte 128 décès pour un total de 148 contaminés, avec une quinzaine de contacts (personnes autour ou proches des contaminés) en observation,’ confirme le professeur Joseph Mboussa, Directeur de Lutte contre la Maladie.


© Pascaline Niakekele, mai 2003. Journaliste indépendante, traductrice et écrivain. Travaille à l’écriture de Brazzaville and the Custodians / In search or a nation –un livre qui remet en cause et questionne l’importante d’un retour aux sources.
Photo : WCS (Nouabalé Nkoki).
Remerciements : Madame Antoinette Nkabi, Conseillère au Ministère de l’Economie Forestière et de l’Environnement.


© Pascaline Niakekele, mai 2003
Rédigé le Mercredi 7 Mai 2003 à 00:00 | Lu 820 fois | 1 commentaire(s)





1.Posté par GRUNITZKY le 04/02/2007 17:08 | Alerter
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FELICITATIONS POUR VOTRE ARTICLE SUR EBOLA
CA RAPPELLE LE FILM AMERICAIN QUI A ETE FAIT SUR CETTE INCROYABLE ET DEVASTATRICE EPIDEMIE

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