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PATHY TSCHINDELE

LE FAUX DILETTANTE

Cancre à l’école et à l’académie, il se révèle très inventif. Sa peinture interroge les détenteurs du pouvoir : qui sont-ils ? Où sont-ils ?


Untitled  Pathy Tshindele (2004) Acrylic on canvas 41.34 x 41.34 inches 105 x 105 cm
Untitled Pathy Tshindele (2004) Acrylic on canvas 41.34 x 41.34 inches 105 x 105 cm
Pathy Tshindele cultive aujourd’hui des manières de dandy. C’est pourtant dans le bruit et la fureur que l’artiste s’est fait un nom, en initiant en 2003 le projet « Kinshasa Wenze Wenze », allusion au désordre des marchés kinois. En labourant cette idée, il fonde avec onze anciens camarades de l’académie des beaux-arts le collectif Eza Possible, littéralement « c’est possible ». Aux lendemains d’une violente émeute lancée par les étudiants, le petit groupe se met en chasse d’épaves de bagnoles calcinées. Il en trouve une quarantaine qu’il installe dans un immense terrain mis à disposition par l’académie. Les complices obtiennent le concours du scénographe Jean-Christophe Lanquetin pour peaufiner la circulation et l’éclairage de l’ensemble. « On voulait changer le regard des gens sur des objets de tous les jours », explique Pathy Tshindele.

Les joyeux drilles prennent goût à collaborer ensemble. Ils travailleront par la suite pendant un mois avec les enfants vagabonds de Lubumbashi pour lesquels ils créent trois ateliers temporaires de soudure, marionnette et xylographie. Suivra un autre projet contre l’insalubrité, dans l’esprit de l’opération Kin Bopeto (« Kin propre ») lancée par le gouvernement. Les artistes créent des poubelles à partir de fûts placés dans les périphéries des quartiers de Gombe et Lingwala.
Activisme ? Pathy Tshindele se voit plus en citoyen qu’en militant. « On faisait des choses sans chercher le pouvoir », confie-t-il. Il n’est pas plus à l’aise avec le qualificatif d’artiste. « Je me définis comme un amateur », déclare-t-il. Depuis trois ans, il a ajouté à sa signature un mot sulfureux, « Kuluniste », référence aux kuluna, délinquants qui, armés de machettes, dépouillent les passants à la nuit tombée. « J’essaie de comprendre leurs revendications, je ne veux pas tomber dans la haine, explique-t-il. Nous subissions tous une pression. Les choses sont très mal gérées. Les détournements de fonds sont considérés comme normaux. »

Aujourd’hui le collectif s’est éclaté, chacun suivant sa propre carrière. Et Pathy l’ancien glandeur, celui qui rechignait à aller au lycée et refusait les normes académiques étriquées, a fini par prendre goût à l’école. Il décroche en 2005 une bourse pour l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. En 2011, il jouit d’une résidence à la prestigieuse Rijksakademie d’Amsterdam. Ces expériences à l’étranger ont renforcé ses connaissances, notamment dans le domaine de la vidéo. Il a aussi découvert à cette occasion des mots inconnus tels que « sponsor » ou « subvention ». « Je trouve ce système hypocrite, assène-t-il. Je n’aime pas faire des projets du genre “Fuck la France” qui demandent des subventions. Il faut respecter la main qui donne. »

Quid de celle qui ne donne pas comme en RDC ? « On fait avec, ça motive », assure-t-il, non sans déplorer le manque de mécènes et de galeries au Congo. Comme tous les Kinois, il a appris à faire de nécessité vertu. Son apprentissage en France et aux Pays-Bas ne lui a d’ailleurs pas fait oublier ses racines. Pathy Tshindele s’est initié aux techniques de peinture des villageoises dont il s’est inspiré pour réaliser de grands codes-barres sur les façades. « On est enthousiasmé par la vitesse alors qu’on n’a pas la maîtrise de nos héritages », regrette-t-il. La fascination de l’Occident, très peu pour lui. A la Rijksakademie, il a réalisé cinq tableaux traitant du pouvoir en Afrique en s’inspirant d’une représentation d’un roi Kuba. Pour lui, le sceptre est entre les mains des superpuissances occidentales et non des potentats locaux.

Source lemonde.fr

Roxana Azimi
Rédigé le Lundi 7 Septembre 2015 à 15:18 | Lu 155 fois | 0 commentaire(s)





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