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Olaudah Equiano l’Africain

Esclave noir affranchi et abolitionniste paradoxal

Régine Mfoumou-Arthur, auteure de Olaudah Equiano ou Gustavus Vassa l’Africain – Le passionnant récit de ma vie [L’Harmattant, 2002], traduction française de The Interesting Narrative of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa. The African. Written by Himsel fait pour les internautes une esquisse biographique ramassée avec à propos sur Equiano, témoin privilégié de son temps, celui de la traite négrière et de l’esclavage


Olaudah Equiano
Olaudah Equiano
Le regard porté sur la période esclavagiste et sur les esclavisés africains s’est longtemps complu dans la certitude apriorique que les nègres serviles n’avaient eu d’intérêt, de rayons d’action que dans le périmètre ingrat de la plantation, de la production agricole et des services domestiques. Comme nous le montre l’histoire de Olaudah Equiano exhumée par le Dr Régime Nfoumou-Arthur auteure de deux ouvrages majeurs en français sur cette personnalité hors du commun, la réalité de la vie des nègres ne se limita pas toujours à la servitude des champs. Ils purent même jouer un rôle éminent dans le puissant mouvement abolitionniste, avec pour Equiano, une vie épique qu’il immortalisera dans une autobiographie à succès The Interesting Narrative of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa. The African. Written by Himsel parue à la fin du 18ème siècle.

Né vers 1745 dans la région du Igboland de l’actuel Nigeria, Equiano est enlevé à sa famille vers l’âge de onze ans. A traverses diverses régions d’Afrique, il fait pour la première fois l’expérience de l’esclavage avant d’atteindre la mer, d’où il sera transporté vers les Indes Occidentales, puis en Virginie, où il est vendu à un officier de la Marine anglaise, Michael Henry Pascal. Son maître ne tarde pas à lui donner le nom de Gustavus Vassa et l’amène à Londres. Equiano accompagne Pascal dans toutes ses expéditions, et participe ainsi à de nombreux combats maritimes pendant la Guerre de Sept ans (1756-1763). Mais en 1762, Pascal le vend à un quaker marchand d’esclave, Robert King, qui le transporte de nouveau dans les Indes occidentales. Il restera au service de Robert King jusqu’au moment de son affranchissement, en 1766.

Après avoir acheté sa liberté, il continue de travailler avec Robert King, pendant une année, effectuant régulièrement des voyages vers la Géorgie et la Pennsylvanie pour livrer des cargaisons d’esclaves fraîchement arrivés d’Afrique. Entre 1767 et 1773, de retour à Londres, il travaille dans des navires de commerce en partance vers la Méditerranée et vers les Indes Occidentales. Ces voyages l’amènent à constater les exactions commises sur les esclaves. Amoureux des voyages, il embarque dans une expédition qui se dirige vers l’Arctique en 1773. A son retour à Londres, il embrasse le méthodisme. Mais entre 1775 et 1776, il s’aventure avec l’un de ses anciens employeurs, le Dr Charles Irving, dans la mise en place d’une plantation en Amérique Centrale. Là, paradoxalement, Equiano achète et supervise, tel un contremaître, le transport des esclaves noirs. Il retourne à Londres en 1777 et publie des articles dans des revues hostiles aux livres pro-esclavagistes et prône le mariage mixte (il épouse lui-même une anglaise, Susanna Culloden, en 1792). C’est vers cette période que, petit à petit, il commence à s’engager dans le mouvement abolitionniste et rejoint Thomas Clarkson, Cugoana Ottobah, James Ramsay, Granville Sharp, et bien d’autres, qui unissent leurs efforts pour voir aboutir l’abolition de la traite.

En 1783, il informe Granville Sharp du massacre d’esclaves à bord d’un navire, le Zong, ce qui suscitera de nombreuses réactions en faveur de l’abolition. L’année suivante, il va en Amérique où il restera jusqu’en 1786. Lorsqu’il rentre à Londres, il apprend avec bonheur la mise en place d’une expédition destinée à ramener des Africains en Sierra Leone. On le nomme Commissaire de cette expédition, ce qui l’érige au rang de premier fonctionnaire noir d’Angleterre. Cependant, sa mission est écourtée par son renvoi de l’expédition pour avoir dénoncé les malversations d’un employé.

De nouveau à Londres, il continue à militer pour l’abolition ; et, en 1788, il présente une pétition contre l’esclavage à la Reine Charlotte, épouse du Roi George III, au parlement anglais. L’année suivante, il publie son récit, The Interesting Narrative of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa. The African. Written by Himself. L’ouvrage connaît un tel succès qu’avant la mort d’Equiano, en 1797, neuf éditions actualisées ont été publiées et trois traductions effectuées (hollandaise en 1790, allemande en 1792 et russe en 1794).




Régine Mfoumou-Arthur

Docteur en Littérature [Sorbonne]
Auteure de Olaudah Equiano ou Gustavus Vassa l’Africain – Le passionnant récit de ma vie [L’Harmattant, 2002], traduction française de The Interesting Narrative of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa. The African. Written by Himsel, et d’une version abrégée [L’Harmattan, 2005].

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Rédigé le Mercredi 26 Avril 2006 à 08:45 | Lu 2934 commentaire(s)




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