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NOIRS DE FRANCE

Une communauté de la Peur ?

Affaires Barber, Dieudonné, Ursulet, émeutes de banlieues, un Noir de France attaché, torturé, moqué sur son lieu de travail en Alsace, des propos systématiquement injurieux à l’endroit des Noirs tenus par des personnalités médiatiques -Roger Hanin, Finkielkrault, Jean Benguigui, etc.-, une banalité française, presque une tradition. En face de ces agressions physiques et symboliques, la religion du silence, de l’esquive, de la surdité et de la myopie, de l’absence de réaction, ni concertée, ni individuelle, ni construite, ni spontanée. Bref une situation d’encéphalogramme et d’électrocardiogramme communautaires plats, à de rares exceptions près


Pierre Kongo
Pierre Kongo
Cette absence qui serait assimilable à une mort sociale si l’on s’en tenait à ce critère d’apathie et de non réaction face à des agressions organisées et caractérisées est justifiable en premier de ces habitus, cette socio-attitude, cette nouvelle culture nègre qu’est la peur invétérée. La peur en fait ... d’être.

D’aucuns y voient l’indice de calculs positionnels, de la recherche de quelques raclures de pouvoirs ou de strapontins, d’une mendicité sociale en attente perpétuelle de miettes économiques, tout ce dont les autres ne voudraient plus. Cette analyse, celle d’une forme de corruption des élites, sportives, artistiques, intellectuelles, politiques, administratives, sociales, et grandes figures médiatiques, trouve des arguments opposés, ceux se voulant pragmatiques ou stratégiques. Pourtant une stratégie dans un horizon temporel donné doit à un moment ou à une autre déboucher sur autre chose que de la minorité visible socialement inexistante.


Non seulement ce calcul est sanctionné par une autre habitude, celle de la défaite sociale, mais encore, il n’est pas généralisable aux Noirs de France. Si les aspirants et proches des sphères décisionnelles auraient peur pour leurs places, que dire des Messieurs et Mesdames Tout-le-Monde, voués aux corvées sociales, aux courbatures des génuflexions, aux précarités multipliées, qui eux aussi croient parer le sabre de la réalité des assignations, discriminations, racismes, bavures policières par la dénégation du racisme ? Que font les forces vives de l’âge les étudiants, celles des chômeurs, l’armée des CDD, intérims, stagiaires à vie et autres relégués sociaux ?

Il est frappant de voir que les élites noires et les aspirants rejettent souvent la réalité des violences, des bavures orientées, quand bien même ils en sont victimes. Une forme de pathologie, de schizophrénie qui cherche refuge dans des arguties universalisantes, les affirmations creuses de républicanisme, d’ouverture culturelle, et autres pathos vaseux en l’espèce. Car il y a loin de ces affirmations généreuses et de la fuite devant les responsabilités que les dysfonctionnements sociétaux exigent en particulier dans la perspective de gains individuels. Ce sont nécessairement ceux qui subissent qui doivent révéler par l’intensité de leurs actions, la profondeur des atteintes à leur citoyenneté, à leur dignité humaine, sous peine de ne pas être pris en considération dans les agendas publics.

En effet la lutte contre le mur des discriminations ethniques, des relégations et dévalorisations n’a rien d’un nouveau collectivisme, au contraire, toute stratégie individualiste bien pensée commanderait des actions pertinentes, lobbying, actions de masses, coup d’éclats de communication, programmes d’information, etc. pour abattre les cloisons raciales. Et améliorer des situations individuelles.

Les Noirs de France, malgré des batailles trop isolées, quelques fois méritoires s’emmurent dans le silence, espérant être ces passagers clandestins qui prendraient le train en marche d’une émancipation à laquelle ils ne se seraient pas risqués.

L’argument de la protection des positions acquises vaudrait pour des communautés et individus ayant atteint un niveau d’accumulation de capital et relations sociopolitiques critiques pour les risquer dans des combats d’arrières gardes. Ce qui n’est pas le cas les Noirs de France, pris globalement. Mais pour ceux qui n’auraient quasiment plus rien à craindre, artistes, sportifs à hauts revenus et forte médiatisation, la prise de parole traduirait aussi la qualité de leur ascension en terme de mérite personnel... Hélas, on attend les Henry, Noah, Vieira, ... au-delà de l’Anti-Sarkozisme assez consensuel, mais sur des thèmes qui les toucheront ou les touche de près ou de loin...

Il y a à l’évidence une composante supplémentaire qui justifie ces attitudes apeurées, cloîtrées, pusillanimes et traîtres lorsqu’il s’agit de prendre des positions qui sembleraient naturelles à toutes autres communautés. Joseph Ki-Zerbo, analysant les conséquences de la traite négrière sur les mentalités des négro-africains disaient que la peur était devenue une caractéristique de l’âme nègre, et il n’avait probablement pas entièrement tort.

Il est irrationnel que devant tant d’évidences, trop souvent les Noirs eux-mêmes mettent des bémols et euphémismes aux violences sociétales, multipliant prétextes et échappatoires. Craignant d’êtres taxés de communautaristes aujourd’hui, ils emboîtent le pas à ceux qui, à l’aise dans leurs communautés, tentent pourtant d’en interdire la jouissance à d’autres, aux nègres. Cette anthropologie de la peur est savamment entretenue par des menaces et propos incantatoires d’officiels «racailles», «les odeurs et le bruit», les menaces directes faites au président ivoirien par un président puis son ministre de la défense, les accusations d’intégrabilités, autant d’attitudes que l’on n’observe qu’à l’endroit de nègres d’où qu’ils soient.

La peur, une composante mentale d’étranglement des processus de libération et d’épanouissement des Nègres de toutes latitudes. Il ne sera pas vain de s’y attaquer avec les moyens appropriés, à un moment historique ou des velléités d'action se font sentir.

Source Afrikara.com

Akam Akamayong
Rédigé le Mercredi 5 Avril 2006 à 14:10 | Lu 2379 commentaire(s)




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