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Mariama Bâ

MAIS COMPRENDRE QUOI ?

Née en 1929 au Sénégal, Mariama Ba est morte le 18 Aout 1981. Militante des droits de la femme, elle a dénoncé avec un grand talent littéraire le sort réservé aux femmes dans certaines sociétés africaines contemporaines.


Mariama Bâ
Mariama Bâ
Quand elle était jeune ses grands-parents s'occupaient d'elle. Alors, sa vie a été trés influencée par les croyances islamiques et les coutumes traditionnelles. A cette époque, son père est devenu le Premier Ministre de la Santé au Sénégal. Plus tard, elle a suivi des cours à l'Ecole Normale où elle a reçu son diplôme avec les notes les plus hautes. Elle était mère de neuf enfants, et elle était divorcée. Dans Une si longue lettre, on découvre donc que son oeuvre contient des idées politiques, provenant de ses expériences personnelles, qui se rattachent surtout aux idées du féminisme.

Le livre de Mariama Bâ qui vient d'être publié aux Nouvelles Editions Africaines est intitulé "Une si longue lettre". L'unanimité des lecteurs et des critiques semble faite pour dire que c'est un roman plein de sensibilité comme seules les femmes savent en avoir.

Ce livre retrace la vie de deux amies: celle qui écrit la lettre, c'est Ramatoulaye. Celle à qui on écrit, c'est Aïssatou. A travers leurs deux vies que raconte celle qui écrit, c'est la sensibilité de deux femmes qui n'ont pas le même tempérament qui se dessine, c'est à la fois et surtout la peinture de la société sénégalaise. Cette femme ayant des enfants, il est normal qu'elle en parle. Cela débouche aussi sur la description de la jeunesse actuelle, des problèmes qui se posent à elle et aux mères éducatrices. Mais des femmes âgées sont représentées également dans ce roman. C'est la troisième génération de femmes. Leurs caractères et leurs mentalités se dessinent. Il y a notamment dans le récit une dame, la belle-mère du héros principal du roman. Cette dame pour entrer dans une certaine catégorie de femmes, les femmes aux bracelets lourds, n'hésite pas à mettre fin aux études de sa jeune fille et à la donner en mariage à un homme qui pourrait être son père. Il y a également Tante Nabou qui représente la femme traditionnelle, attachée à la vérité ancienne et qui défend farouchement son sang contre l'apport du sang d'une bijoutière ou castée. Il y a aussi une autre femme, Fatoumata qui est griote et qui représente une autre catégorie de femmes. En un mot, il y a dans ce roman un peu de tout ce qui intéresse de près ou de loin, à l'heure actuelle, nos sociétés en général, les femmes en particulier. C'est ce qui a fait dire à certains que ce livre ferait date dans l'histoire de la littérature africaine. Nous avons rencontré Mariama Bâ pour ces raisons. Nous avons parlé avec elle de sa vie, de ses idées et de son oeuvre.

Qui êtes-vous, Mariama Bâ?

Je suis une sénégalaise. Mon père fut le premier ministre de la santé de la Loi-Cadre. Je suis orpheline de mère. J'ai été élevée par ma grand-mère. Mais grâce à mon père et à la vision juste qu'il avait eu de l'avenir, j'ai été à l'école, malgré mes grands-parents qui étaient des traditionalistes. Ma maison familiale est située à l'ancienne route des Abattoirs municipaux de Dakar qui porte actuellement le nom d'un conseiller municipal, Armand Angrand. Elle fait face au service d'hygène. Ce bâtiment montre par sa structure l'aisance de mes grands-parents. Mon grand-père est un lébou de Dakar. Dans notre concession familiale, il y a une grande mosquée en dur où s'assemble une foule à chaque heure de prière. Normalement, j'aurais dû grandir dans ce milieu familial, sans connaître l'école, avec l'éducation traditionnelle qui comprend l'initiation à des rites. Je devais savoir faire la cuisine, la vaisselle, piler le mil, transformer la farine en couscous. Je devais savoir laver le linge, repasser les grands-boubous et chuter le moment venu, avec ou sans mon consentement dans une autre famille, chez un mari.

Mais vous avez été tout de même à l'école. Quelle formation avez-vous reçue?

J'ai fait les classes primaires à l'actuelle école Berthe Maubert anciennement dénommée Ecole des Filles. En ce temps-là, après le certificat d'études primaires élémentaires, on faisait une classe préparatoire pour les grands examens. Le choix n'était pas vraiment large. Les bonnes élèves étaient orientées vers le concours de l'Ecole Normale des jeunes filles de Rufisque. Les élèves les plus âgées allaient à l'Ecole des Sages-Femmes. Les autres apprenaient la dactylographie pour être des secrétaires, par une formation accélérée. Je n'ai pas choisi d'aller à l'Ecole Normale des jeunes filles de Rufisque. J'avais choisi d'être secrétaire. J'avais à cette époque 14 ans. L'importance du choix d'un métier ne m'apparaissait pas du tout. C'est la directrice de l'école des filles qui est venue me retirer du groupe des élèves du secrétariat. Elle me dit: "Tout le monde mais pas toi. Tu es intelligente. Tu as des dons. Même si tu ne veux pas y aller, tu vas préparer le concours d'entrée à l'Ecole Normale des jeunes filles de Rufisque pour le renom de notre école." C'est pour le renom de notre école donc que j'avais préparé ce concours. A mon admission mes grands-parents ont voulu s'opposer à mon entrée à cette école. Un de mes oncles disait: "Pour les études d'une fille, le certificat d'études, ça suffit largement. Halte-là."Il a fallu vraiment le dynamisme de notre directrice Mme Maubert pour arracher le consentement de ma famille, mon père étant absent, affecté à Niamey. Le concours de l'Ecole Normale des jeunes filles de Rufisque était organisé à l'échelon de l'ex Afrique Occidentale Française. J'avais la chance de sortir cette année-là, première de l'ex-AOF. Mme Legoff, directrice de l'école des jeunes filles de Rufisque, était une femme de tête. Mais j'insiste sur le fait qu'elle était aussi une femme de coeur. C'est de son coeur qu'est né ce lien qui me relie à elle. Ce lien m'a suivi toute ma vie. Ce n'est pas un sentiment qui m'est spécial. C'est le sentiment de toutes les filles qui ont vécu à Rufisque. Mme Legoff avait une vision juste de l'avenir de l'Afrique. Son éducation reposait sur les principes que nous entendons prôner aujour'hui: "enracinement et ouverture. Enracinement dans nos valeurs traditionnelles propres, dans ce que nous avons de bien et de beau, et ouverture aux autres cultures, à la culture universelle." C'est ainsi qu'elle était arrivée à nous faire oublier que nous étions de colonies différentes. Nous avons noué des amitiés par affinités et par tempérament sans penser que telle était guinéenne, telle dahoméenne et telle autre ivoirienne; ce qui a créé entre nous un vrai brassage de races et de moeurs. Cela nous a appris à tenir compte d'autrui, à faire taire nos ressentiments. Un esprit de tolérance!

Depuis combien de temps êtes-vous dans l'enseignement?

J'ai exercé pendant 12 ans. Je suis sortie de l'Ecole Normale des jeunes filles de Rufisque en 1947. J'ai fait mes premiers pas dans l'enseignement à l'école de Médine. C'est à la suite d'une maladie que j'ai été affectée à l'inspection régionale où je sers toujours.

Il semble que vous servez aussi dans bon nombre d'associations féminines comme membre à part entière...

Je suis membre de ''Amicale Germaine Legoff". C'est l'Amicale de toutes les Normaliennes qui ont reçu leur formation de Mme Legoff à Rufisque. C'est cette amicale qui avait demandé aux autorités sénégalaises de prénommer l'Ecole Normale des jeunes filles de Rufisque, l'Ecole normale des jeunes filles Germaine Legoff. Nous avons obtenu satisfaction. Je suis aussi membre du Soroptimiste International, Club de Dakar. Je suis membre également du Cercle Fémina qui est une association de solidarité.

Mais pourquoi avez-vous opté pour le militantisme d'association?

Il y a des difficultés réelles pour la femme dans le militantisme politique. Si la femme est animée d'un idéal politique, si elle ne veut pas seulement être un support, un objet qui applaudit, si elle a en elle un message politique, il lui est difficile de s'insérer dans un parti politique. Les hommes sont souvent égoïstes. Il faut voir le visage de l'Assemblée nationale sénégalaise. C'est le pluralisme politique qui a renforcé le nombre de femmes, avec les femmes élues au niveau de l'un des partis d'opposition, le parti démocratique sénégalais, PDS. S'il n'y avait pas eu l'apport féminin de ce parti, il y aurait comme dans la législation précédente, quatre femmes; ce qui n'est même pas une représentation régionale. Il y a aussi des difficultés inhérentes aux resonsabilités de la femme au foyer. C'est la femme qui enfante, qui est mère, qui nourrit ses enfants, qui fait ou supervise les travaux domestiques. Il est difficile qu'elle cumule ces tâches avec des activités extérieures, si elle ne sait pas programmer son temps. Il est difficile d'ajouter des responsabilités à cet enlisement que représente la marche du foyer. Il y a également un autre handicap: le travail de la femme corse davantage la difficulté du militantisme politique. Au niveau des partis les organisations féminines connaissent des tiraillements inconnus des organisations masculines du fait du tempérament de la femme. La femme a l'émotion facile et la langue bien pendue. Quand elle rencontre une rivale sur son chemin, elle se met sans hésitation à fouiller dans son passé, pour ressusciter la grand-mère sorcière ou un fait sordide du grand-père. Au lieu de placer la lutte sur le plan idéologique, elle instaure la lutte sur le plan personnel. Toutes ces difficultés font hésiter bien des femmes à entrer dans l'arène politique. Dans le militantisme politique, l'octroi de postes comme les portefeuilles ministériels, les sièges de députés doublent les rivalités. Mais quand on a envie de travailler sainement, qu'on ne recherche pas à être connue, les associations féminines offrent des cadres d'évolution aux angles plus arrondis. Il y a des manoeuvres plus aisées sans hargne, sans rogne, sans grogne. Les associations féminines donnent les mêmes moyens d'épanouissement que les partis politiques. La promotion de la femme et de l'enfant sont souvent le mobile de leurs actions, même des femmes politiciennes. Cela ne signifie pas que nous soyons désintéressées du sort de notre pays, que nous n'aimions pas la politique. Bien au contraire. Nous savons le poids politique plus déterminant pour la marche de la Nation que le poids des associations féminines. Mais malgré cela, il y a des satisfactions dans le militantisme d'association...








Alioune Touré Dia. «Succès littéraire de Mariama B
Rédigé le Lundi 18 Août 2003 à 00:00 | Lu 3634 fois | 1 commentaire(s)






1.Posté par MOUSSA le 20/11/2006 11:30 | Alerter
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