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MaameYaa Boafo

"Il faut s'affirmer tel que l'on est"

NTERVIEW. Cette Afropolitaine d'origine ghanéenne est la star de la série "An African City", une réponse glamour et 100 % africaine aux préjugés sur l'Afrique.


MaameYaa Boafo © Studio Eveliz by Eveliz and Tony Prince Tomety
MaameYaa Boafo © Studio Eveliz by Eveliz and Tony Prince Tomety
L'actrice ghanéenne MaameYaa Boafo (prononcez Mah Mih Yah Bwafoh) est Nana Yaa dans la web-série à succès An African City, cette journaliste vivant aux États-Unis, qui décide de rentrer dans son pays natal, le Ghana. Cette production 100 % africaine lancée en 2014 par Nicole Amarteifio, une jeune réalisatrice en herbe, fan de la série américaine Sex and the City, est une réponse au manque de récit africain sur cette nouvelle classe moyenne africaine. Nicole a voulu raconter son Afrique à travers l'aventure de cinq femmes afropolitaines, mais pas seulement. La série est diffusée uniquement sur le Web, sur YouTube au départ, puis sur des plateformes africaines de vidéos, Millie Monyo en est la productrice. Dès les premiers épisodes, le succès est au rendez-vous, plus de 100 000 vues par vidéos pour dix épisodes. Dans An African City, nous suivons cinq trentenaires célibataires ou divorcés : Ngozi, la Nigériane, est diplômée en Commerce international ; Zainab, Ghanéenne née en Sierra Leone, élevée à Atlanta, est une busninesswoman redoutable ; Nana Yaa a fait son retour au Ghana après avoir obtenu un diplôme de journalisme ; Sade est diplômée de la prestigieuse université d'Harvard ; et enfin Makena, Ghanéenne de par sa mère et Britannique par son père, est diplômée en droit à l'université d'Oxford et est de retour au pays après un divorce douloureux. Certaines sont de véritables bobos africaines, mondialisées, on les appelle des Afropolitaines. Loin des images de guerre, de famine, cette série se veut glamour et décomplexée, et c'est en cela qu'elle interpelle la série américaine Sex and the City, car, dans l'Afrique d'aujourd'hui, les paroles se libèrent, et au risque de déplaire à beaucoup le sexe est l'un des sujets favoris de ces femmes, qui s'interrogent aussi sur la place de leur congénères dans une société où le matriarcat a laissé place à un patriarcat de plus en plus contesté.

Alors, dans An African City, un pénis est un pénis, les relations physiques sont racontées dans le moindre détail, on s'interroge sur le rôle d'un « sugar daddy », des relations privées au bureau, des loyers trop chers, des villes saturées, autant de sujets universels. Dans une mise en scène hyper soignée et vendeuse (la bande-son y est pour beaucoup, très néo-soul, afropop), les aventures oscillent entre jalousie, difficulté d'intégration, rapprochement familial difficile, célibat, etc. Évidemment, les critiques sont vite arrivées, elles portent principalement sur le fait que ces femmes sont des privilégiées et qu'elles vivent loin des difficultés de la vie de la majorité des Ghanéens. À l'occasion de la diffusion de la deuxième saison, les productrices qui ont reçu des appuis financiers importants proposent d'aller plus loin dans les histoires en abordant des thèmes plus variés. Elles font également jouer, pour attirer plus de téléspectateurs, la carte de la fierté africaine, promouvoir cette image plus glamour du continent. La recette ? Mettre en avant le Ghana ! En effet, les personnages portent souvent des vêtements de créateurs locaux, les plats qu'elles mangent, les restaurants qu'elles fréquentent laissent une place de choix à la culture ghanéenne et africaine plus largement. MaameYaa, la star de la web-série, s'est confiée au Point Afrique sur cette aventure, sur ses projets aussi, à l'occasion du 59e anniversaire de l'indépendance du Ghana.

Comment est né An African City ?
MaameYaa Boafo : An African City a été créée par Nicole Amarteifio, qui était surtout fan de la série américaine de HBO Sex and the City. Mais déçue de ne pas pouvoir s'identifier aux personnages, dont aucune n'est une femme de couleur, elle a donc décidé d'écrire sa propre histoire, en prenant le contexte africain d'Accra, au Ghana, son pays d'origine.

Vous vivez aux États-Unis, c'est plutôt à la mode de voir des Ghanéens retourner au pays ?
Je pense que notre génération a une chance énorme, les conditions sont réunies aujourd'hui pour retourner dans nos pays. Car nous avons étudié à l'étranger, nous sommes souvent des immigrés, parfois avec deux, trois passeports et identités, le tout sans complexe. Nous pouvons aussi utiliser nos compétences acquises à l'étranger pour faire la différence sur place et participer au développement du continent. Mais je ne pense pas que ce soit un effet de mode, ou bien que ce soit si « hype », ou même que ce soit populaire, je crois tout simplement que c'est inné !

Que pensez-vous de la réception de la série ainsi que des comparaisons à Sex and the City ?
Je pense que Sex and the City est juste un point de référence, car il met en évidence les femmes cosmopolites avec le point de vue d'un narrateur. Outre ces parallèles, AAC est bien plus complexe. En effet, la série met en lumière les combats et les luttes d'une Afrique résolument en marche, plus contrastée qu'on ne le pense. Nos cinq personnages sont, certes, des femmes vivant dans un univers qui paraît doré, à première vue, mais dans le fond notre message est en résonnance avec toutes les femmes du Ghana et aussi de la diaspora. L'accueil a été énorme ! Les médias aussi bien que les téléspectateurs sont bien intrigués par les histoires et l'expérience nouvelle de voir une Afrique aux antipodes, et je crois que c'est ce qu'il faut retenir.

Certaines critiques disent que la série ne représente pas la vie réelle des Ghanéens ?
Effectivement, nous sommes tellement habitués aux récits montrant la guerre, la famine ou les enfants soldats, que donner un autre point de vue peut surprendre. Mais je rappelle qu'il s'agit avant tout d'une fiction, un divertissement. Puis lorsqu'on regarde bien les histoires, nos personnages ont finalement les mêmes problèmes que les Ghanéens : comment trouver un logement dans une capitale où les prix sont de plus en plus élevés, comment trouver sa place de femme dans une société de plus en plus patriarcale, au final aucun sujet n'est déconnecté de la réalité. Et pour les locaux, finalement, ils expriment de l'empathie pour ces jeunes qui ont osé rentrer dans leurs pays et qui doivent affronter les mêmes défis, le choc culturel en prime.

Avez-vous atteint avec la série l'objectif principal de battre en brèche les stéréotypes sur l'Afrique ?
Je pense que oui, l'un des premiers discours est d'être soi-même sans s'excuser. Je suis ghanéenne, née au Pakistan, et qui a grandi au Soudan, en Suisse, en Éthiopie et au Kenya. Il faut s'affirmer tel que l'on est, c'était le but de l'équipe.

Comment percevez-vous l'industrie cinématographique au Ghana et en Afrique ?
Ce que je vois, l'ébullition que je constate, me rend fière d'être une actrice africaine rentrée travailler dans son pays. Quand j'étais plus jeune, j'entendais à peine parler des films ghanéens ou des émissions de télévision qui ont une reconnaissance internationale, à l'exception du film L'Amour mijoté dans la marmite africaine (réalisé par Kwaw Ansah et sorti en 1980, ndlr). Je suis fière de faire partie de la nouvelle génération du divertissement ghanéen et africain.

Pourriez-vous envisager un retour définitif au Ghana ?
Seul le ciel est la limite. J'ai grandi et passé mes vacances au Ghana, alors que j'y vive serait la chose la plus juste et normale. Pour l'instant, je vais revenir aussi souvent que je le peux pour être avec la famille, pour le travail sur le plateau et, durant mon temps libre, j'aimerais donner de mon temps pour aider dans les écoles, les hôpitaux et les ONG auxquels je crois comme Christ College (Kumasi), FOCOS et Africa Health Now (deux Accra sur la base).

Quels sont vos plats préférés au Ghana ?
Le kenkey (pâte de maïs fermentée cuite à la vapeur) et du poisson frit sont mes plats préférés ! (Au Ghana, on consomme deux repas copieux par jour, complété par des snacks plus légers, NDLR). Disons simplement que si je devais choisir un repas pour le reste de ma vie, ce serait celui-ci.

Vos personnages mettent en avant la mode africaine, qui sont vos créateurs favoris ?
C'est un régal de travailler tous les jours avec des stylistes talentueux incroyables et différents chaque jour ! Nous privilégions les créateurs locaux, comme Mina Evans (Ghana), Nkwo (Nigeria), ChiChia (Kenya) ou la marque ivoirienne Totally Ethnik (pour ne citer que quelques-uns). Je ne pense pas que je pourrais identifier un favori !

Quels sont vos projets pour l'avenir ?
J'ai récemment joué dans le film Beat Up Petite Seagull avec Michelle Pfeiffer (dir. Andrew Dosunmu et dp Bradford Young) et dans La famille Fang avec Jason Bateman. J'ai fait quelques courts-métrages comme Olive et New York, I Love You j'espère qu'ils seront sélectionnés dans certains festivals du cinéma, et je travaille actuellement sur mon script.

Source lepoint.fr

Propos receuillis par Viviane Forson
Rédigé le Vendredi 8 Avril 2016 à 18:32 | Lu 310 fois | 0 commentaire(s)






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