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MARIEN MICHEL NGOUABI

ROSEWOOD, dans la plus pure tradition du bois

Marien Michel Ngouabi, 29 ans porte un nom dont la résonance est toute symbolique au Congo. Ce jeune entrepreneur, à la tête de Rosewood, une prospère société de transformation de bois et de fabrication de meubles, est le petit-fils du Président Marien Ngouabi. Rencontre avec un homme dont l’ambition est de redorer un blason patronymique en apportant sa contribution au développement du pays.


Marien Michel Ngouabi
Marien Michel Ngouabi
Né à Cuba où il a passé ses 13 premières années, avant de venir s’installer au Congo avec sa mère au début des années 90, Marien Michel Ngouabi avoue se sentir congolais, tout en ne reniant pas ses origines latino, dont il garde par ailleurs l'accent. Il revendique sa double culture et compte le léguer à son jeune fils qui apprend le lingala depuis le berceau

La première image qu'il garde de Brazzaville, capitale du pays de son illustre grand-père, est les impressionnants buildings aperçus au cours de l'atterrissage. Une fierté qui fait place à la déception lorsqu'il réalise qu'il s'agissait en fait de Kinshasa. Les seules fiertés du Congo, en la matière, sont la tour Nabemba à Brazzaville et Mayombe et à Pointe-Noire, ville où va sa préférence. «J’aime beaucoup Pointe-Noire à cause de la mer. Cette ville me rappelle un peu ma ville de naissance La Havane. Je ne suis pas quelqu’un de l’intérieur, je suis plus côtier. Lorsque je suis arrivé ici (à Pointe-Noire, ndlr), il y avait cette douceur de vivre, le sable, le soleil, l’accueil des gens… Par contre je préfère la mentalité des Brazzavillois à celle des Pontenégrins».

Son arrivée au Congo passe par un retour aux sources qui se fait pendant la période trouble de 1994. «J’ai vécu au village, à Oyo, pendant 8 mois en très bonne compagnie. Ce qui m’a permis de bien connaître l’intérieur du pays. J’y vais souvent et je trouve que ça reflète beaucoup ce qui se passe dans le pays. Le Congo est le reflet de nos villages, c’est pour cela qu’il faut souvent comprendre se qui se passe au village pour comprendre la ville».

Je veux sortir le Ngouabi qu’il y a en moi

Si Marien Michel a eu une enfance insouciante, il découvre très tôt toute la portée de son nom au Congo et se sent le devoir de le valoriser. Bien des membres de sa famille ont perdu leurs repères après la disparition du patriarche. «On a une famille qui, aujourd’hui manque un petit peu de cohésion, mais chacun de nous connaît la mesure de ce qu’il doit accomplir. Et moi ma mission c’est de donner une image différente de notre famille, afin d’honorer la mémoire de mon grand-père,…c’est plus un challenge pour moi aujourd’hui (une mission d'autant plus importante que son propre père, mort à 30 ans à peine, n'est plus,ndlr). Je veux sortir le Ngouabi qu’il y a en moi. Aujourd’hui avec tous les projets de développement qui sont lancés, j’espère moi aussi apporter ma contribution au développement».

Et, le Congo va lui donner son opportunité en l’envoyant aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000 où il s’alignera en natation. Et même s’il ne remporte pas de médaille, son séjour qu’il prolongera là-bas, confortera ses convictions sur le bien fondé d’investir dans son pays.
Pour lui ça sera dans le bois. C’est en essayant de meubler sa maison que le déclic se produit. Il rencontre à l’occasion un menuisier qui a travaillé à l’ameublement de l’hôtel Twiga. «J’ai alors pensé que je pouvais perfectionner ce travail. C’est à cet instant que j’ai décidé de me lancer dans le bois en créant la société Rosewood. On a commencé par le début de la chaîne : le sciage». Aujourd’hui cette société s’attèle à la transformation du bois : sciage, séchage et menuiserie.



MARIEN MICHEL NGOUABI
Bois : l'ogre de l'informel

L’industrie du bois est toutefois un secteur dont l’administration est souvent décriée. Plusieurs entrepreneurs dénoncent les difficultés liées à cette industrie, notamment la question du bois frauduleux. «Plus de 90% de la production du bois de sciage avec lequel les gens construisent ici est d’origine frauduleuse. Ça ne provient pas des scieries de la place comme la mienne ou celle des chinois, ou Soncofor, Foralac,… . On produisait 500 m3 de sciage par mois, mais on n’est plus qu’à 100 m3 à cause de ça. Ce qui est plus flagrant, c’est que tout le monde ou presque se ravitaille avec ce bois frauduleux. Les grandes sociétés, les petites, les particuliers, les hauts dignitaires de ce pays à leur insu, se fournissent directement au marché sans connaître la provenance de ce bois. 99,9 % du bois que l’on trouve au marché est illégal, volé, fournit par des agents des eaux et forêts qui laisse passer des camions illégalement», révèle t-il.

Des mesures sont prises par les responsables de ces administrations, mais de guerre lasse. La corruption gangrène le secteur. Ce qui a pour conséquence d’affaiblir les activités industrielles du pays. «Aujourd’hui, poursuit-il, avec le projet d’industrialisation du pays, initié par le Président de la république, cette industrialisation ne peut avoir lieu que si le secteur de la deuxième matière première du pays, en l’occurrence l’exploitation forestière, est réglementé. On ne peut pas demander à des forestiers de faire de la transformation en ne leur garantissant pas l’évacuation de ces transformations à travers le pays. Avec les prix qui se pratiquent sur le marché, la transformation du bois devient difficile.» se plaint-il. Sa crainte est de voir aujourd’hui, son activité vouée à l’échec. Sa société n’a, en effet, pas de subventions, tous ses investissements sont autofinancés. Il avoue d’ailleurs, dans un sourire, avoir emprunté de l’argent à sa mère pour lancer ses activités.

Faire du Congo un tremplin du marché de l’ameublement sous régional


L’avenir est précaire au rythme actuel de la production. Il sera bientôt difficile à ce chef d’entreprise de garder ses 70 employés. . «Mon souhait est de voir cette politique d’industrialisation visée par le projet du Président de la république appuyer les industries déjà existantes, et non les industries étrangères qui viendront financer cette industrialisation», avance t-il tout en caressant le rêve d’amener le bois dans les maisons congolaises : «Mon objectif aujourd’hui c’est de banaliser le bois. On a des essences rares et parfois uniques qu’il faut valoriser. C’est un travail de longue haleine…», explique t-il.
Son ambition : faire du Congo une sorte de tremplin du marché de l’ameublement sous régional. La concurrence est rude avec les produits asiatiques qui submergent le marché. Des produits à moindre coût qu’il juge de mauvaise qualité par rapport aux siens. «A force de vouloir faire pas cher, on fait des mauvais produits. Beaucoup de gens utilisent les produits chinois qui sont, dans la plupart des cas, des résidus de bois, c’est souvent des copeaux compactés, qui ne sont pas adaptés à notre climat…Dans quelques années, beaucoup auront la désagréable surprise de voir leur mobilier importé s’effriter», déplore t-il.

Avec son produit phare, le Benzi, une essence méconnue, il estime avoir toutes les cartes pour conquérir le marché sous régional. « Avec cette essence, qui a une belle couleur, nous pouvons créer des milliards de produits... Nous avons une consommation mensuelle de 2 000 m3. Il est difficile d’écouler tous les produits parce que le marché est assez faible. Je veux faire du Congo une sorte de tremplin. C’est-à-dire exporter aux alentours : en Angola, en Afrique de l’Ouest,… et si l’Etat nous aide à promouvoir cette politique, ce serait parfait. J’aimerai faire de l’export pour augmenter mes capacités de production, mais surtout pour montrer une autre image du pays. Le Congo a tout à gagner d’avoir un magasin made in Congo dans toutes les capitales du monde,… », explique t-il. Avec une capacité de production mensuelle de 700 portes, Marien Michel pense avant tout à garantir ses produits afin que le made in Congo soit une référence sure. «Nous livrons à plusieurs personnalités, nous sommes fiers de faire des produits made in Congo. Nos produits : portes, maisons, lattes… « Nous avons l’avantage de n’être que deux entreprises à avoir des séchoirs à bois à Pointe-Noire : Trabec, une entreprise italienne et la nôtre qui a une capacité de 30 mètres cube».

Une production de qualité à moindre coût c’est un des créneaux de l’entreprise. Le principe est d’allier tradition au modernisme, à l’image du logo de l’entreprise, un masque teke aux lignes épurées. «Nous sommes également créateurs, notre design s’inspire beaucoup de notre culture. Nous produisons avec beaucoup d’amour. C’est dommage que les gens fassent des copies dans des magazines ».
Fort de son succès et de ses 5 ans d’expérience Marien Michel Ngouabi continue à miser sur sa foi et sur le développement économique d’un pays qui à potentiellement beaucoup à offrir à offrir aux Congolais. «Mon grand père avait de fortes ambitions pour ce pays, ce qu’on ne lui a pas reconnu à son époque. Aujourd’hui je m’attèle à honorer sa mémoire afin qu’elle perdure», explique t-il. Et c’est tout le bien possible que nous lui souhaitons.


par Ifrikia Kengue Di-Boutandou
Rédigé le Samedi 29 Mai 2010 à 18:40 | Lu 1971 fois | 1 commentaire(s)






1.Posté par ANTHONY le 23/02/2012 17:34 | Alerter
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Nous devons l'encourager ce jeune garçon, rares sont ceux qui pensent et refléchissent comme lui. Il voit loin et sa société mérite une certification.

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