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Les Suprêmes

Les nouveaux entrepreneurs

Comment une culture, portée par de jeunes, pauvres et exclus, a-t-elle réussi à devenir LA culture dominante de ces trente dernières années ? Sociologue et ancien rédacteur en chef de Radikal,
Antoine « Wave » Garnier livre dans « Les Suprêmes, La révolution vibracultic » ses observations d’expert de terrain. Un travail riche, instructif, historique et bourré d’anecdotes. Rencontre.


Les Suprêmes
Antoine Wave Garnier
Qui sont les Suprêmes ?
Les Suprêmes, c’est avant tout un profil. Celui partagé par les acteurs et actrices, fondateurs de la
culture Hip Hop. DJ Grand Masterflash, Puff Daddy, Mary J. Blige, tous ces hommes et ces femmes qui ont
amené cette révolution, cette culture, au départ, underground, minoritaire, devenue, au fil des années,
populaire et dominante. Cette culture a révolutionné la façon de se définir. Ces rappeurs, DJs,
producteurs, hommes d’affaires sont devenus des Suprêmes par leur esprit d’entreprise. Ils ont porté
les couleurs de la culture Hip Hop, l’ont mise sous le feu des projecteurs et imposée.
Comment l’idée d’écrire un tel livre vous est-elle venue ?
En revenant des Etats-Unis, fin des années 90, je me suis rendu compte que le hip hop n’était perçu en
France qu’à travers la télévision. On n’y voyait que le rap, les baggys jeans et les boucles d’oreilles
clinquantes. On ne savait rien de ce que signifie Hip Hop. J’ai voulu rendre hommage à toutes ces personnes
et à l’état d’esprit, d’innovation et de performance qui les caractérise ; souligner combien l’exploit est
hautement remarquable quand on sait que, généralement, ce sont les pauvres qui essayent d’imiter les riches alors que cette fois-ci, pour la première fois, cette situation est inversée. C’est inouï ! C’est comme si
les gens du XVIe arrondissement de Paris essayaient d’imiter ceux des quartiers populaires.
C’est culturellement, socialement, politiquement, économiquement bluffant et intéressant. Le Hip Hop
c’est la culture de la jeunesse. Aujourd’hui le rock c’est le rap !
Dans votre livre, vous distinguez hip hop et HIP HOP. Quelle est la différence ?
En France, on a souvent tendance à franciser des termes venus d’ailleurs. La rap music, ou musique rap,
a été maladroitement masculinisée pour se faire appeler le Rap. La HIP HOP désigne la culture alors
que la hip hop, c’est la musique, le son qui en est issu, tout simplement. Aujourd’hui, la barrière est de
plus en plus floue pour les gens du fait de l’utilisation abusive du terme. La HIP HOP, c’est
avant tout un état d’esprit, l’inventivité, la créativité, l’entreprise. La musique rap n’en est qu’un élément.
Que pensez-vous de l’évolution du rap aujourd’hui ?
Le rap est mort ! Son essence même c’était sa créativité, or la musique rap ne se régénère pas comme
elle le devrait. On est arrivé à une génération qui produit du « rien » ! Pourtant, de plus en plus de
gens s’intéressent à la musique mais la production reste linéaire. Les nouvelles technologies permettent
beaucoup de choses mais il ne suffit pas de se dire producteur de musique pour en être un. Les Suprêmes
n’est pas un bouquin de rap mais un bouquin SUR et DANS l’univers rap. J’ai voulu démontré que les
acteurs et les consommateurs de cette culture ne sont pas isolés. Même la marque Levi’s a dû s’y mettre
quand elle a observé ses ventes décroître en flèche parce que tous les jeunes voulaient porter des baggys.

Est-ce qu’en France, on a une vraie culture HIP HOP ?
Non pas du tout ! La France est saturée de culture américaine, des séries télévisées, au cinéma, en
passant par le modèle de développement structurel, il y’a une concurrence idéologique de poids culturel
entre les deux pays. Nous avons du mal à accepter la dominance des Etats-Unis. Depuis les années 1980 avec MTV et l’émission H.I.P.H.O.P [1] , les Français ont absorbé la culture HIP HOP mais de manière
superficielle. On a surtout perçu et vécu cette culture de l’image, du stéréotype. Par ignorance, on a
intégré cette vision, cette définition du HIP HOP. En revanche, la France a une vraie culture de l’énergie.
Peut-on, décemment, la qualifier de Hip Hop ?
Oui, sil’on retient le critère de l’entreprise, non pour celui de la qualité. On veut imiter les Américains,
jusqu’à inventer un diminutif semi-affectueux, les « Ricains ». En Allemagne, ou même au Japon, la culture
HIP HOP est beaucoup plus présente car eux voyagent beaucoup et sont bilingues. C’est un élément essentiel quant à la compréhension du message HIP HOP. Nous n’avons absorbé que les images, l’esthétique du son, mais pas le sens.
Qu’entendez-vous par révolution « Vibracultic » ? Qu’a-t-elle transformé pour nous ?
« Vibracultic » est un terme que j’ai inventé pour qualifier la révolution qui explique l’émergence de
cette culture HIP HOP. Il s’agit du croissement entre les « vibrations » qui secouent les ghettos noirs
américains des années 70 jusqu’à nos jours, la « Culture » d’être et de se penser qui en découle,
habillée du recourt aux nouvelles « technologies » et à leur recyclage constant. La musique traditionnelle a
complètement été réinventée (avec notamment le sampling [2] et le scratch) et avec elle, l’ensemble
de l’industrie du disque. Des gens qui n’avaient aucune formation musicale, qui n’avaient pas appris le
solfège, ont produit des sons grâce à de nouvelles techniques. Les musiciens traditionnels ont tous
critiqué ce qu’ils ne considéraient pas comme de la musique, mais quand on voit ce qu’il se passe
aujourd’hui, tout le monde fait de la musique par ordinateur. Quelle influence ! C’est une culture de
pauvres, d’exclus, partie de rien, récupérée, adoptée qui devient la référence, le modèle. Quand vous prenez GAP, la marque n’a fait que s’inspirer et styliser la culture ouvrière de Brooklyn. Elle l’a rendu
acceptable ! C’est comme si demain, le bleu de travail de chez Renault devenait à la mode, c’est une
inversion complète des valeurs !
Qui sont les Suprêmes aujourd’hui ?
Quand vous avez faim, vous proposez, produisez toujours des choses différentes. Les Suprêmes sont
tous ces jeunes nourris au biberon Hip Hop qui ont choisi d’entreprendre et qui, contre toute attente,
ont réussi à imposer leur propre poids du monde. Il y aura toujours des Suprêmes, reste à savoir maintenant si on leur offrira une visibilité suffisante et une reconnaissance méritée.


Plus d’infos sur les-supremes.com
myspace.com/lesupremessouffle2vie.com

Notes
[1] En 1984, c’est la première émission rap en France
présentée par Sidney.
[2] Un échantillon (« sample » en anglais) est un
extrait de musique ou un son réutilisé en dehors de
son contexte d’origine afin de recréer une nouvelle
composition musicale. L’extrait peut être une note ou
un motif musical.


Les Supremes est un ouvrage reference dilicom.

Jean-Marie Bagayoko
Rédigé le Dimanche 17 Décembre 2006 à 18:40 | Lu 2065 commentaire(s)




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