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Le virus d'Ebola au Congo Brazzaville

Pourquoi tant de morts? Une enquête de Pascaline Niakekele

La vague d’épidémie était manifestement attendue donc, sans surprise. En effet, dès novembre 2002, ECO FAC (Projet régional de l’Union Européenne qui surveille la vie des primates dans la région) avait prévenue les autorités congolaises qu’ils avaient constaté la mort d’un certain nombre de gorilles et de chimpanzés.


Le virus d'Ebola au Congo Brazzaville
Il est intéressant de noter que cette fois-ci, les primates n’étaient pas les seuls porteurs du virus d’Ebola. Parmis les cadavres, il y avait aussi des antilopes et porcs-épics. Mais l’état de décomposition de ces derniers ne permettait pas de faire des recherches approfondies.

L’épidémie couvrant la période décembre 2001/avril 2002 au Gabon était une alerte pour les autorités du Congo Brazzaville ; la région de la Cuvette Ouest étant frontalière avec la région gabonaise en proie avec le virus. Le professeur Joseph Mboussa, Directeur de la Lutte Contre la Maladie déclare : ‘L’épidémie n’était pas arrivée au Congo et il n y avait pas eu de cas (humain).

Il avait été rapporté que les personnes contaminées l’avaient été après avoir consommé de la viande de gorilles trouvés morts dans la brousse. Cette thèse est fortement contestée quand on sait qu’en Afrique centrale en général, on ne mange pas la viande crue ni saignante, et qu’elle cuit trop longtemps au feu. Le professeur Mboussa : C’est avant que l’on se contamine. La contamination de l’animal à l’homme se fait : Quand on dépèce et manipule la viande. Le virus ne résiste pas à la chaleur.

Les premières réactions locales face à l’épidémie avaient été déplorables. Fétichisme et croyances incultes conduisirent aux assassinats des professeurs de lycée, accusés d’avoir apporté la maladie pour faire des sacrifices ou encore parce que soupçonnés d’être des Rosicruciens. Aussi, certains membres du corps médical dépêchés sur les lieux avaient été agressés. Le gouvernement, par le Ministère de la Santé entreprit une campagne d’information de masse intensive dans la région pour faire comprendre à la population locale et nationale que l’épidémie était sérieuse et non de la sorcellerie. La Cuvette Ouest fut plus ou moins mise en quarantaine. La consommation de la viande des primates, antilopes et porcs-épics déconseillée, surtout si elle était ramassée: "J’avoue qu’au cours de cette enquête, j’ai entendu des femmes objecter, certaines passer outre ces consignes et invoquer que dans la région, les gens se nourrissaient surtout de la viande de brousse et que leur alimentation de base n’allait pas changer du jour au lendemain."

Des victimes de janvier, février et mars 2003 – Les survivants sont au nombres de deux, confirme le professeur Mboussa. Les deux faisaient partie des cinq personnes sur qui on avait fait des prélèvements dans la ville de Kellé. Ils avaient développé des anti-corps et ont guéri.
Au 17 mars 2003, le nombre de cas s’élevait officiellement à un total de 123, ne tenant pas en compte d’éventuels cas dans les villages isolés, sans moyens de transport et de communication. On comptait 111 morts et prévoyait la mort de deux autres victimes dans la ville de Mbomo, deuxième foyer de l’épidémie. A signaler que le corps médical avait perdu deux médecins au début de l’épidémie –fatal accident de travail. Plus grave, ces victimes laissent derrière elles une centaine d’enfants orphelins.

Il n y a pas de traitement ni de vaccin. Les malades sont soulagés avec des soins palliatifs tels que faire baisser la fièvre et réhydrater. Le professeur Mboussa explique : La fièvre hémorragique se caractérise par une forte fièvre qui ferait penser au paludisme. Et dans ce pays le paludisme est permanent et fréquent. Le contaminé souffre : de céphalée, des douleurs abdominales et au plus fort de la maladie, s’ajoutent diarrhée et vomissements accompagnés de sang. L’hémorragie se fait de partout : narines, yeux, bouche et par les organes génitaux. La transmission du virus de l’homme à homme se fait : par contact direct, c’est-à-dire, par le touché et aussi par les sécrétions : urines, larmes, sueur, salive, spermes, vomissures, sang, linges souillés … La personne peut mourir entre le troisième et sixième jour. Maintenant, imaginez une capitale où les hommes et femmes aiment à se cogner la tête de part et d’autre en s’empoignant les épaules en signe de salut combattant, où l’on vous fait la bise sans même vraiment vous connaître et où des personnes s’entassent comme des sardines dans des minibus –le tout par grosse chaleur et sueur. Les hommes ont inventé le claquement des doigts en signe de salut, les deux mains à la fois et de loin…

Au début de l’épidémie, la population ne comprenait pas ce qui arrivait, il faut se mettre à leur place, dit le professeur Mboussa. Vous savez, c’est difficile pour un parent de ne pas toucher un malade.’ (Les coutumes, le rituel mortuaire veut que l’on lave et habille les morts avant de les enterrer). Maintenant, elle comprend. Il n y a que l’éducation. Il faut parler et expliquer. Beaucoup.

Un fléau international. Le virus d’Ebola est un type parmi une douzaine de fièvres hémorragiques identifiées et classées, hautement contagieuses, à cause de la présence de micro-organismes très actifs et destructeurs de cellules.
1967, Marburg, Allemagne. Des chercheurs sont contaminés dans un laboratoire. Ils travaillent avec des singes. On compte 23 morts. La thèse d’accident de manipulation de produits dangereux et hasardeux est retenue. On met fin aux travaux de recherche. Singes et matériels sont brûlés et le laboratoire mis en quarantaine. On n’a plus entendu parlé du virus de Marburg en Allemagne. Mais il est évoqué au Kenya (1980), faisant deux victimes. D’autres accidents de manipulation en laboratoire surviennent par exemple en Bolivie (1975, 93 et 94) ou encore aux Emirats Arabes Unis (1994). Pas un primate n’est mis en cause mais un genre d’aérosol. On retrouve Ebola au Texas, Etats-Unis d’Amérique (1996) dans un milieu pastoral où l’on abat une quarantaine de singes importés des Philippines ayant développé la fièvre hémorragique. En absence de source ou réservoir local, le transport du virus est favorisé par la facilité du porteur (humain ou animal) de se déplacer d’un endroit à un autre, d’un pays à l’autre. Notons aussi d’autres pays tels que : le Paraguay, l’Argentine, la Colombie, le Venezuela ou encore le Brésil où les fièvres hémorragiques ont fait irruption. On constate que tous ces pays sont voisins mais les lieux d’irruption sont à des milliers de kilomètres les uns des autres.
Le continent Africain. 1977, Egypte. L’épidémie du Rift Valley fait des ravages considérables en vies humaines. Après treize ans de silence, elle fait une réapparition en 1990. Le virus est signalé au Soudan (1976) ; en Afrique du Sud (1996) où les contaminés avaient séjourné au Gabon. En Ouganda (2000) l’épidémie enregistre 400 cas et 160 morts. A Lagos au Nigeria, Lassa fever fait des victimes ; en Côte d’Ivoire (1994) il est question d’un autre sous type du virus Ebola.
1977, Zaïre (RD Congo). La fièvre hémorragique baptisée Ebola fait la Une mondiale. Ebola est le nom d’une petite rivière, un des confluents du fleuve Congo vers la frontière avec la République Centrafricaine et le Congo Brazzaville. Hollywood s’empare du virus d’Ebola et en fait un block-buster où des chercheurs commandos du CDC (Centre de contrôle et de prévention de la maladie) débarquent dans la jungle en tenue immaculée de scaphandriers. Ils prélèvent des centaines d’échantillons du sol, de l’eau, des feuilles, racines, détritus… En réalité, le résultat des recherches très coûteuses est peu satisfaisant. En 1995 le virus réapparaît et frappe à nouveau dans la région de Kikwit, après une période de onze ans de silence. Avant décembre 2001, le Gabon avait connu une première épidémie en 1996 puis 97.

A ce jour des questions restent posées : qu’est ce qui, dans un laboratoire ou dans la nature, favoriserait le développement de ces micro-organismes ? Sont-ils d’origine organique ? Chimique ? La réponse n’est pas si simple et les chercheurs cherchent toujours. Peut être une lueur : "Au niveau de la NASA grâce aux satellites, il ont remarqué que là où il y a toujours ces épidémies, il y avait une forte saison sèche, une période de forte chaleur qui précédait la phase de ces épidémies. Pour le cas du Congo Brazzaville, c’est la même période". Le professeur poursuit : "C’est la période qui va de fin/début d’année, de décembre jusqu’à janvier/février. Il y a sûrement les conditions climatiques qui doivent jouer."

Anecdote. Un expert de l’OMS nous l’a dite. Le professeur raconte : " Un étudiant originaire du Kouilou (région frontalière avec le Cabinda/Angola), en apprenant cette épidémie s’est souvenu que quand il était jeune (année 70-72), dans un village, une famille aurait consommé une bête et puis après il y a eu beaucoup de gens qui étaient morts"- Le professeur observe : Donc effectivement, on essaie de repenser. C’est sûrement que ces épidémies on dû avoir lieu très loin dans la forêt. Même au niveau de la Cuvette Ouest, ils disent que parfois, il y a des moments où les bêtes mourraient comme çà.

Les fièvres hémorragiques, tous types confondus, ne sont peut être pas un fait nouveau dans le temps ni dans les forêts Africaines ou Sud-américaines. Le grand inconnu reste le réservoir. En attendant, au Congo Brazzaville, le taux de survie est autour de 2%.
Fin mars 2003- Le virus d’Ebola dans la Cuvette Ouest n’est plus d’actualité dans la presse locale ou internationale. Aucun cas nouveau n’a été signalé. -

© Pascaline Niakekele, mars 2003. Journaliste indépendante, traductrice et écrivain. Elle travaille sur l'écriture de Brazzaville and the Custodians / In search of a Nation, un livre qui remet en cause et questionne l’importance d’un retour aux sources.

Pascaline Niakekele©
Rédigé le Jeudi 3 Avril 2003 à 00:00 | Lu 2029 fois | 3 commentaire(s)





1.Posté par nobin rosine le 28/03/2006 19:46 | Alerter
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je suis une amie de Pascaline Niakekele, nous nous sommes perdues de vue il y à presque une vintaine d'année et cella me ferait très plaisir de pouvoir la recontacter.
Je vie en Italie si quelqu'un peut m'aider à communiqué avec elle cela serait formidable. Merci pour tout
Rosine Nobin

2.Posté par Eddie Tackie le 14/09/2006 18:04 | Alerter
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Can anyone tell me where I can reach Pascaline Nikekele? We were friends from Paris, but we lost touch with each other. Please contact me via my email address. Thank you.

3.Posté par Niak Yannick le 01/12/2011 19:07 (depuis mobile) | Alerter
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Pascaline Niak was my aunt,she died there was a few years,

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