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Le côté obscur d’Abd Al Malik

Nouvel album, Scarifications, réalisé par Laurent Garnier

Cinq ans après Château Rouge et un an après son premier film, Abd Al Malik pose sa voix précise et rapide sur la musique du DJ Laurent Garnier dans son nouvel opus, Scarifications. Un cinquième album sombre comme l’époque, né de la bande originale que les deux musiciens avaient réalisée ensemble.


Abd Al Malik sort l'album Scarifications - © FABIEN COSTE
Abd Al Malik sort l'album Scarifications - © FABIEN COSTE
Comment avez-vous rencontré Laurent Garnier ?
Abd Al Malik : Laurent était venu me voir jouer à la Maroquinerie à Paris en 2006. On a parlé et on s’est kiffé. Quelques temps après, nous nous sommes revus au Montreux Jazz Festival où nous étions programmés et il m’a invité à monter sur scène pour interpréter un titre ensemble. C’était magique et on s’est promis qu’on travaillerait ensemble. Nous nous sommes retrouvés pour la bande originale de mon film Qu’Allah bénisse la France.

Il s’agit de la même équipe sur cet album que sur la bande originale de votre film.
Tout à fait : Laurent, Bilal, Wallen, Mattéo Falkone et moi. Bilal a commencé à composer des trucs, mais on n’était pas satisfaits. On est allé voir Laurent, qui n’a gardé que ma voix et les rythmiques. Aujourd’hui, nous préparons les concerts, avec ou sans lui sur scène, nous ne savons pas encore. Nous espérons que ces concerts seront bouleversants.

Pourquoi ce parti pris electro ?
J’ai grandi à Strasbourg, près de la frontière allemande. Avec mon frère aîné Bilal, nous voulions reproduire les musiques que nous écoutions quand nous étions gamins. Nous allions en Allemagne écouter de la house et de la techno dans des clubs, il suffisait de prendre le bus. C’était à la fin des années 1980, j’avais 12-13 ans mais je paraissais plus âgé.
Pour nous, gamins, il n’y avait pas de distinction, rap, house ou techno, tout ça ce sont des musiques électroniques. Afrika Bambaataa est aussi important dans le hip-hop que dans l’electro. Ce qu’on préférait, c’était la house de Chicago avec Colonel Abrams. On aimait aussi la hip-house, de la house avec des rappeurs, comme Marley Marl, Tyree Cooper, Daddy Kane ou les Jungle Brothers. On connaissait déjà des DJ comme Laurent Garnier, Carl Cox ou Jeff Mills.

Vous rendez deux hommages dans votre album : à Juliette Gréco et Daniel Darc.
Ce sont des gens que j’aime. Daniel, je le considérais vraiment comme mon frère. C’est un poète maudit dans une grande tradition française. J’avais été retourné par son concert. J’avais écrit un texte que j’avais mis de côté jusqu’à aujourd’hui.
Juliette est un peu ma marraine, avec son mari, Gérard Jouannest. Elle m’a en quelque sorte porté et adoubé dans le métier. Elle est une ode à la singularité, affirmant qu’il faut être soi-même et ne pas en avoir peur.
Vos textes comme la musique de Laurent Garnier sont très sombres…
Ils sont sombres comme l’époque ! On ne vit pas l’époque la plus lumineuse qui soit. Et comme je racontais dans mon film mon histoire de vie, j’ai alors visité ma nuit intérieure, des moments douloureux. Mais avec toujours cette idée que chacun est une lumière et que nous ne devons pas nous laisser contaminer par le monde ou par l’époque. Au contraire, c’est nous qui devons faire en sorte de changer le monde. Pour le meilleur ou pour le pire.

Les artistes peuvent-ils changer ce monde ?
Ils changent le monde. Si Bob Dylan n’avait pas existé, on n'aurait peut-être pas eu Barack Obama. Je dirais même que la politique au sens noble trouve son origine dans la culture, dans les utopies des artistes. La Révolution française a été préparée par des poètes, des philosophes ou des bardes…

Les artistes s’engagent-ils suffisamment ?
Être artiste c’est être engagé de fait. Qu’il soit irresponsable ou mièvre, un artiste questionne toujours, il est le reflet de son époque. Le rap a été souvent critiqué pour son matérialisme ou sa misogynie, mais ce n’est que le reflet d’une société. La réflexion est celle de l’artiste ou bien celle qu’il provoque, comme miroir de la société.

Après les meurtres de Charlie Hebdo, les choses ont-elles changé en France ?
Ces manifestations populaires, cette émotion ont été merveilleuses, j’y ai cru. Mais ce serait mentir de dire que les choses ont évolué. Dix ans après les émeutes des banlieues de 2005, rien n’a changé. Mais ce n’est pas une question de nombre ou de quantité : un être pourra faire basculer la situation. Les artistes lancent des choses, mobilisent le peuple, mais c’est ensuite la politique qui doit graver le changement. Nos élites politiques et intellectuelles sont d’une pauvreté abyssale, alors que la jeunesse fait preuve d’un dynamisme formidable. Lorsqu’elle deviendra la nouvelle élite, les choses changeront.

Abd Al Malik, Scarifications (Gibraltar/Pias) 2015
Site officiel d'Abd Al Malik

Source Rfi
Le côté obscur d’Abd Al Malik

Par Nicolas Dambre
Rédigé le Mardi 10 Novembre 2015 à 15:51 | Lu 187 fois | 0 commentaire(s)






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