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Le Congo, un pays qui rit (malgré tout)

La plupart des buts artistiques des comédiens et conteurs du Congo remonte à leur enfance et à la famille. C’est un don acquis et transmis de génération en génération.


Nestor MABIALA
Nestor MABIALA
Les congolais sont parmi les plus doués dans le domaine du rire. Le Congolais rit toujours, surtout de son voisin et aussi des tragédies, parce que sa vie n’est pas facile et entre rigolades la douleur passe plus vite. Le Congolais préfère prendre la vie avec philosophie, il s’adapte et il trouve une histoire pour chaque problème. Le Congolais ne pleure pas…
…”A mon réveil le matin, j’attends avec impatience l’arrivée de la nuit. C’est le meilleur moment de la journée. Avec tous, les enfants nous nous asseyons autour de ma mamie et nous l’écoutons avec passion raconter des histoires pendant des heures. Mais ça ne se passait que quand le soleil se couchait, autrement tu ne grandissais pas, ou du moins c’était ce que les adultes nous disaient. Peut-être pour éviter que nous remplissions la tête des oiseaux » commente Gisèle.

Nestor Mabiala se souvient de ses parents pour expliquer comment il est devenu comédien et conteur ; ce sont eux qui lui on appris à dire les choses à voix haute, sans peur ni complexe. De son côté, Brice Ebakata, est désormais une star dans son quartier à l’âge de 8 ans. Ses copains vont le chercher pour animer des fêtes d’anniversaires et ensemble ils se cotisent pour le payer après le spectacle. Edith Kwayewe découvrira sa passion pour la scène à l’école et ses parents vont la pousser à continuer.
Les visées artistiques des comédiens et conteurs du Congo remontent à leur enfance et à la famille ; c’est un don acquis et transmis de génération en génération, qui avec le temps devient un métier très aimé, mais aussi très pénible et qui avec l’influence d’internet risque de disparaître. Les conteurs sont des personnes attachées à la tradition orale et ils refusent de perdre le « visage à visage » parce que c’est leur source d’inspiration, d’où ils reçoivent une réponse immédiate et la plus gratifiante. En ce moment au Congo il y a un événement créé spécifiquement pour protéger le conte et la tradition orale « Retour au Mbongui » ; c’est un festival qui a lieu au mois de mai et qui promeut l’oralité chez les enfants.

Edith Kwayewe, Brice Ebakata
Edith Kwayewe, Brice Ebakata
« C’est un domaine difficile », répètent les artistes. La réalité c’est que le public est prêt à se laisser enjôler par les histoires des humoristes ; il ne pense pas que l’artiste lorsqu’il descend de scène doit affronter une vie pleine d’allers et retours pour joindre les bouts du mois. Les opportunités pour chercher la visibilité ne sont pas nombreuses et en dehors des trois festivals les plus connus (TuSeo Festival International du rire, MATIMA et Retour au Mbongui) du pays, il n’y a pas de grosses fenêtres pour se présenter au grand public.
Par manque de spectacles réguliers chaque semaine, la rémunération, n’est pas suffisante. Ça ne laisse que l’alternative de concilier son métier d’humoriste avec une deuxième occupation « sinon on devient voleur ; quelqu’un qui fait de la comédie ne va jamais avoir de l’argent, surtout au Congo », commentent et rigolent les comédiens. Mais cette idée est opposée à la pensée de certains employeurs qui n’aiment pas le métier de comédien et décident de licencier leurs travailleurs quand ils découvrent leur passion. C’est de l’ignorance, de l’inculture, l’envie ou l’incompréhension. Malgré cette circonstance, personne ne pense même un seul instant à renoncer à ce noble métier de conteur et comédien.
Contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser, l’humour c’est de l’art, c’est la capacité de transmettre des sentiments et de se mettre dans la peau de l’autre, partager une émotion qui déclenche le rire et nous place au même niveau: nus devant des vérités qui parfois nous ridiculisent; c’est pour ça que cela nous fait rire. C’est de l’art et comme toute activité artistique a pour but de défier, approfondir dans l’esprit et dans les corps des personnes, faire réfléchir et propulser un changement dans les sociétés.

« Être un comédien, ce n’est pas que faire rire ; il faut faire passer un message et pour ça je fais appel aux ancêtres et aux coutumes pour souligner les différences entre le passé et le présent et faire voir qu’on n’a pas tellement évolué », affirme Mabiala. C’est cet aspect de l’humour que les artistes défendent avec plus de force et ce qui est devenu la pièce centrale de son spectacle, mais aussi sa débilité. Il est nécessaire de trouver des formules adaptées pour critiquer sans excès en cherchant que le fond surpasse la forme, l’ironie, mais sans faire beaucoup de bruit, sans déranger…pour éviter un mal pire. Ici au Congo, l’artiste et le public s’entendent entre eux. Ils vivent tous une même réalité. Il ne faut pas en dire plus.

« Mon père dit qu il y a une histoire pour chaque problème »
« Il est nécessaire que l’humour s’associe à une autre occupation, sinon on est traité de voleur »
« La comédie ce n’est pas que de faire rire, il faut faire passer un message, une critique pour faire avancer les sociétés »

Rédigé le Lundi 18 Mars 2013 à 18:03 | Lu 516 fois | 0 commentaire(s)






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