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LES TORTUES MARINES DU CONGO

Après la ponte, ma mer m'attend...

RENATURA, association qui œuvre pour la protection des tortues marines au Congo depuis 8 ans, propose depuis peu aux particuliers de participer à la libération d’une tortue marine.


Sauvetage d'une tortue Pointe-indiènne
Sauvetage d'une tortue Pointe-indiènne
Pointe Indienne, 6h du matin : Cyril, un des agents de Rénatura, qui patrouille sur les plages de la baie de Loango, m’emmène dans sa tournée quotidienne. Le but : vérifier si des pêcheurs n’auraient pas capturé accidentellement des tortues dans leurs filets de pêche. Et ce matin, c’est le cas. Apres discussion, le pêcheur en question accepte de relâcher la tortue; en échange de quoi, Cyril lui donne le fil de pêche nécessaire à la réparation de son filet qui a été endommagé par la tortue.
Me voici donc aux premières loges pour la libération du spécimen ; c’est une tortue verte dont la carapace mesure déjà 70 cm de long. Après avoir noté les différentes mesures scientifiques nécessaires à l’association, Cyril me propose de la baguer. C’est à la fois impressionnant et émouvant de voir cette tortue lentement regagner la mer après avoir échappé à une mort certaine. Et je suis fière de participer à mon niveau à la protection de l’espèce.

En effet, les tortues marines sont des espèces en voie de disparition. Au Congo comme ailleurs, elles sont non seulement chassées pour leur chair et leurs œufs mais elles subissent aussi la menace indirecte des hommes quand elles sont prises dans les filets des pêcheurs.
Depuis 2005, Rénatura a mis en place un programme de libération des tortues marines. Les deux agents de l’association patrouillent tous les jours sur les plages de la baie et ont convaincu au fil des ans les pêcheurs des villages de participer à la sauvegarde des tortues. Nathalie Bréheret, fondatrice de l’association, nous explique : « c’est un vrai partenariat avec les pêcheurs car le temps d’immobilisation du matériel de pêche et le coût de la main d’œuvre pour réparer le filet ne sont pas pris en charge par Renatura et restent à la charge du pêcheur ».

Et l’association ne compte pas s’arrêter là. Depuis 2009, elle propose aux particuliers d’accompagner son équipe sur le terrain. Une partie de la participation financière demandée est reversée dans une caisse communautaire qui sert ensuite à financer des petits projets d’intérêts généraux pour les villages de la Pointe Indienne. Nathalie nous confie : « Cela permet de valoriser la tortue qui était avant une pêche et qui devient alors une richesse communautaire pour le village. » Cette nouvelle activité rencontre un certain succès si bien que l’association pense à proposer des sorties sur les sites de ponte.


Les débuts

Nathalie Bréheret est arrivée fin 1999 au Congo. Elle a d’abord travaillé dans le parc de Conkouati et c’est là qu’elle s’est rendu compte que les pêcheurs tuaient les tortues pour le commerce. Elle a alors décidé avec une amie d’informer les populations que c’était une espèce en voie de disparition. Elles ont vite réalisé que le simple fait de leur présence suffisait à diminuer le braconnage dans la zone. Elles ont alors créé l’association en 2001.

Des résultats

Aujourd’hui, Rénatura c’est 19 personnes et 30 à 40 millions de CFA de budget de fonctionnement. Outre son action sur la libération de tortues prises accidentellement dans les filets, l’ONG fait un suivi des pontes de façon exhaustive sur 2 sites: l’un à Djéno et l’autre à Bellelo à 70 kms de Pointe Noire. L’association propose aussi un programme d’éducation dans les écoles et essaie de sensibiliser le grand public au travers de vidéo-projections et d’expositions mobiles dans les villages.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. 1500 tortues sont relâchées chaque année et il y a une diminution de viande de tortues sur les marchés. L’association sensibilise environ 6000 enfants par an et le braconnage a complètement disparu sur le site de Bellelo. Nathalie nous confirme :
« Le changement de comportement par rapport à une espèce est un travail de longue haleine, il ne faut pas arrêter ses efforts, la dynamique est lancée et ça va dans le bon sens. »

Les problématiques

Cependant, il reste encore des combats à mener. Tout d’abord sur le terrain : le programme de libération des tortues marche bien la semaine mais il existe toujours quelques pêcheurs qui gardent une ou deux tortues pour les vendre aux touristes de la pointe indienne le weekend. « Cela décrédibilise notre action et encourage le commerce. » s’indigne Nathalie. Cela reste un des chevaux de bataille de l’association qui compte mettre des panneaux de sensibilisation à la Pointe Indienne.
Mais l’ONG doit aussi se battre pour rechercher de nouveaux financements chaque année. Les besoins matériels sont toujours importants comme renouveler le parc informatique par exemple. Heureusement, l’association a des partenaires locaux qui la suivent depuis le début comme CFAO, Tractafric, Boscongo, Puma, Mag Industries, Dietsmann, Friedlander. L’association compte aussi sur les financements internationaux comme le Fonds Social pour le Développement de la Coopération Française et US Fish and Wildlife Service pour cette année. L’association cherche aujourd’hui à développer des partenariats locaux afin de pérenniser ses activités et faciliter le déploiement de projets à l’année.

Et Rénatura a encore de beaux projets à venir. Sur le long terme, l’ONG aimerait mener une étude sur les techniques de pêches artisanales en vue de les améliorer et diminuer ainsi les prises accidentelles des tortues marines comme cela a été fait en Martinique. Une thèse a été élaborée pour tester des prototypes de filets afin de diminuer les captures accidentelles. L’association aimerait pouvoir faire la même chose notamment avec l’aide de Fondation Nature et Découvertes. Et la fondatrice de Rénatura de rêver : « Et pourquoi pas faire de la baie de Loango une aire marine protégée. »

LES TORTUES DU CONGO

Il y a 5 espèces qui fréquentent les côtes congolaises. Parmi elles, les tortues luth et olivâtres sont des spécimens migrantes qui viennent pondre sur les côtes du golfe de Guinée. La saison des pontes se situe entre octobre et février avec un pic en novembre et décembre. On estime à 800 le nombre de pontes par an en dehors des plages du Nord du Congo en sachant qu’une tortue peut pondre de 3 à 8 fois. Dans le parc de Conkouati au Congo et de Mayumba au Gabon, les pontes peuvent aller jusqu’à 10 000 ce qui en fait le premier site de ponte de la tortue luth au monde. La carapace de la tortue luth peut atteindre 2 mètres et peser jusqu’à 950 kg. Elle peut pondre jusqu’à 100 œufs par ponte et la tortue olivâtre jusqu’à 200 œufs.

En ce qui concerne les tortues vertes, on rencontrera surtout des spécimens juvéniles car elles viennent surtout pour s’alimenter et croitre. On recense aussi des tortues caouanes et des tortues imbriquées qui viennent s’alimenter et croitre.
La tortue marine est une espèce protégée et les sanctions peuvent aller jusqu’à 5 millions de CFA et 5 ans de prison.

DATES CLES DE RENATURA

2001 : Création de l’association
2002 : Prospection du littoral afin de recenser les traces de braconnage et les indices de présence des tortues marines. L’association a pu ainsi établir un état des lieux recensant les endroits ou il était judicieux de mener des actions.
2003 : premiers financements internationaux qui permettent d’avoir les premières équipes sur le terrain (suivi des pontes).
2004 : Lancement des patrouilles estimatives. Programme d’estimation des populations nidifiantes par extrapolation statistique avec l’université d’Orsay.
2005 : Lancement du programme d’éducation à l’environnement dans les écoles ;
Programme de libération des tortues prises accidentellement dans les filets de pêche.
2009 : Activité d’écotourisme

COORDONNEES RENATURA

Rénatura propose différentes formules pour aller à la rencontre des tortues marines qui viennent s'alimenter et se reproduire le long des côtes congolaises. Contactez-les au 944-99-99. Une contribution financière vous sera demandée, elle est destinée à soutenir leurs actions et à promouvoir des projets en faveur des communautés locales.
Vous pouvez aussi consulter leur site internet : www.renatura.asso.eu.org


Sandra Bouloux
Rédigé le Dimanche 2 Mai 2010 à 18:48 | Lu 1655 fois | 0 commentaire(s)






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