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Kangni Alem

La Gazelle s’agenouille pour pleurer

Kangni Alemdjrodo de son vrai nom, il est né à Lomé, au Togo en 1966.
Titulaire d’un diplôme en sémiologie théâtrale, auteur, metteur en scène et comédien, il a fondé l’Atelier Théâtre de Lomé, où il a signé, entre autres, les mises en scène de Mère Courage de Brecht, La Route de Wole Soyinka et Récupérations de Kossi Efoui.


Kangni Alem
Kangni Alem
Kangni Alem propose dans ce recueil de douze nouvelles une lecture très vivante, drôle et pénétrante d’une Afrique urbaine travaillée de fond en comble par l’arbitraire, le diktat de l’unique parti et les puanteurs sociales qui en découlent. Voyageur infatigable, l’auteur fait une découverte qu’il ne cesse de mettre à l’épreuve le long de ses textes piquants expressivité : «Tirana à l’aube ressemble à n’importe quelle ville au monde où l’imposture du parti unique rend les vies éclopées.»

Les mots, leur chorégraphie, leur musique font l’objet d’un soin particulier, avec cette écriture et cette envie d’épouser l’écologie des scènes décortiquées. Les onomatopées fusent, les mots d’anglais aussi, selon que l’action se déroule à Chicago, ou en Afrique. Le récit interpelle l’ouïe, il se veut aussi olfactif qu’il entend faire visualiser et ressentir au lecteur le grouillement qui noue les intrigues.

Les témoins privilégiés appelés par l’auteur à conter le quotidien vu des coins mal famés d’un monde où règnent la laideur de l’arbitraire, le burlesque des pouvoirs illimités, sont ces petites gens, «ceux qui ne comptent pas». Ceux qui traînent dans les bars, entre prostitutions et quête d’idéal, ceux à qui la vie arrache précocement l’innocence de l’enfance. La Gazelle qui s’agenouille louche sur les motos-taxis, les vendeuses de beignets, les soudards, les militaires en uniforme trique à la main et violeurs en réunion. Les brutalités pour les plus faibles, toujours, femmes, enfants, subalternes, banalité que tout ça !

En un seul et même fatidique jour, un preux écolier découvre sa camarade de classe dans le double rôle de maîtresse de l’instituteur… et dans cette circonstance décapante, de rivale de sa maman… Tout se déprave et se détricote, cet enfant se l’avoue, il aura trop appris en quelques heures. Dieu reconnaîtra certes les siens mais la jeunesse, elle, aura du mal à se fabriquer des repères de moralité solides.

C’est ce terrain qui est le plus propice à l’acte révolutionnaire, à la résistance, celle du poète ou du rejeton du polygame autocrate. La sanction est violente. La mort du héros en herbe, victoire des ténèbres, ou celle de l’effronté qui pour exister, arrache la virilité de son géniteur dans un parricide symbolique que la promiscuité du harem rend incontournable.

Une des voies de sortie […], sortie vomie de ce continent aux horizons clos dans l’opacité et le monolithisme du parti unique, l’exil peut-être. Le nouvel arbitraire pourtant dans ce monde sans répit se trouve être l’eldorado des «papiers», la Green Card américaine à l’origine d’une phénoménale ruée vers l’or, vers le leurre. Car une fois le sanctuaire américain foulé au pied, le climat glacial en prime et la totalité du dépaysement en bonus, l’apprentissage d’un chemin de croix pénible et stigmatisant n’en est qu’à ses prémices. Les petits boulots s’accommodent des grandes combines, des arrangements clandestins au terme desquels l’immigré, jeté de sa terre natale par le bourreau régnant, doit se renier au moins un peu pour passer entre les mailles du filet de l’administration. Mariage blanc, amitiés homosexuelles, fréquentations douteuses…

Pas de place donc pour l’ennui avec cette gazelle qui s’agenouille pour pleurer, dépouillée de son honneur, de son intimité pubienne profonde, par effraction collective et sanglante investie. D’autant plus que les drames des personnages en proie aux vices et aversions des turpitudes journalières, prolongent des doutes internes, questionnements, indéterminations des sujets affrontant l’inattendu. Les protagonistes des superstitions qui traversent les villes en semant leur quote-part de conflits et de commérages, ont depuis longtemps engagé un combat avec eux-mêmes.

L’auteur prend ses quartiers dans ces états d’âmes intérieurs, inventant des personnages et dialogues fictifs entre les sujets et leur conscience substantifiée pour les besoins de la cause. Ces sourds dialogues intérieurs ouvrent la sensibilité de Kangni Alem à davantage de saine légèreté, d’argumentation, et parfois de spontanéité. C’est cet écrin qui couve les amours contenus pour la peinture, les lettres bien sûr, mais aussi et surtout le Jazz, celui de Stan Getz, de Miles Davis, de Duke Ellington, et la touche si authentique de Ray Lema. La musique évade les personnages de la constriction et de l’étouffement environnants, son effet psychédélique anesthésie les plaies des gueux souffreteux et relance le cycle chahuté de l’espoir.


Lire : Kangni Alem, La Gazelle s’agenouille pour pleurer, Serpents à plumes, 2003. Nouvelles

Afrikara.com
Rédigé le Mercredi 15 Décembre 2004 à 00:00 | Lu 2111 fois | 0 commentaire(s)





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