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KIRIPI KATEMBO

Ironie de l'art

Il est parti à 36 ans, emporté en quelques jours par une malaria cérébrale, à Kinshasa. Kiripi Katembo faisait partie de la génération montante des photographes issus du continent. Né à Goma, il a un temps rêvé d’être pilote de ligne mais se trouvera finalement plus à l’aise à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. D’abord attiré par la peinture, il se tourne vers la photographie et la vidéo à 27 ans.


Ce n’est pas une minute de silence.

Ils veulent que tu passes tout temps à te faire exploiter. Te parlent de révolution et de résistance pendant qu'ils gestent dans le même sens que ceux contre qui ils mènent leur insurrection de façade. Ils te prennent pour le clitoris de leur garce de fille. Kiripi est mort à fleur d'âge, au sommet de son art. Ils veulent eux que tu passes ta jeunesse dans leur prairie à te faire traire la cervelle comme 36 mamelles d'une vache hors du commun.

J'emmerde tous ceux qui se reconnaissent dans cette nature morte que je viens de peindre. Ce n'est pas de l'art contemporain. Ni une minutes de silence en la mémoire d'un grand frère que j'aurai aimé connaitre. C'est un coup de gueule d'un Ondongo ou d'un Malonga. C'est un putain de tohu bohu parce qu'une minute de silence ça ne crée pas d'embouteillage mémoriel. C'est un abstrait intense et une figuration coriace. C’est la rencontre d’art de se souvenir.

Kiripi Katembo
Kiripi Katembo
Moi par contre, je ne fuis pas les regards. C'est le blanc des yeux même que je photographie pendant que tu me dévisages. 
Ma vérité je te l'ai dite tandis que tu t'entêtais à inscrire de la naïveté en ma téméraire de personne. 
Tu t'es trompé d'ingrédients pour ta sauce. Moi je ne suis pas de la tomate fraiche.

C'est naïf de prendre quelqu'un pour naïf. Surtout quand, va voir que c'est à 1h10 du mat qu'il est né le brave. Tu es naïf de n'avoir pas assister à la naissance de quelqu'un mais de le jugez naïf.
Je ne suis jamais né dans l'art, je n'en n'ai pas eu besoin. Ma mère m'a éjecté artistiquement. Le cri que tu sais là, fut un chant comme un cri de guerre pour partir en campagne.
Inutile non plus de vouloir compter sur quelqu'un quand tu passes ton temps à excéder les mathématiques.

Ne te prends pas pour la terre sans laquelle mes pas n'auraient où se poser. Ni pour le sel de la terre. ''Je suis le chemin, la vie et la vérité''. Le sel, je sais m'en passer. La terre, la voici dans le creux de ma main.
La sueur n'est pas plus importante que le front sur lequel il perle. Le soleil compte autant que les planètes qui gravitent autour de lui. L'œil ne saurait se moquer de la paupière. 
La lune. Oui la lune. Je suis né sur la lune, après avoir été conçu là où le soleil est le plus enflammé. Là où commence Kongo. Tu ne saurais me compter parmi ceux à qui tu montres la lune alors qu’ils ne regardent que ton doigt. Je suis l'homme qui marcha sur la lune, la charma et dansa avec elle avant que l'humanité ne fût. Je sais où elle est tapie alors que le soleil rayonne pour me rappeler que je suis son fils, que m'arrêter personne ne saurait. 


1990 génération. Un quart de siècle d'embouteillage d’apprendre-comprendre-entreprendre. Tu connais la jetance qui est sans jetancialité : Se pavaner. Kiripi la connu.

Génération je me commémore tout seul. Génération va leur dire qu'on est là. Là, dans le rêve et la passion, l'enthousiasme et la lutte mordants, l'amour et la liberté, le beau et les nerfs de la vie. Mais, court le leur greffer à l’oreille.
Un coup d'aile par ici, un autre par là, et le futur c'est la seconde d'après. 
Le présent étouffe de moi. Je le regarde de haut, la vue, d'ici, est merveilleuse. Je suis le présent du présent. Le présent sait que je ne plaisante. 


Kiripi est mort le jour de son anniversaire. C'est l'art de l'ironie. Jésus christ fut maitre en l'affaire. Lumumba et Sankara ne s'en sont pas montrés moins apte. Et avant Marianne, Kimpa Vita. Tupac et Biggi que tu sais, c'est la même jetance. Malcom et King de ''on se connait'', c'est le même embouteillage. C'est ça l'effet papillon.

L'ironie balaye l'adversité. Elle se moque d'elle et prend à témoin la vie. Quitte à quitter les choses, pour les vaincre. Rejoindre les étoiles. Habiter les générations. Ne plus compter que pour soi. Dire sa force et établir son règne. Avoir pour prénom ''viva''. Viva, viva, viva.
L'ironie c'est le dernier souffle qui ne s'entend point, la dernière parole qui ne s'appréhende nullement.

Kiripi a dit et terminé : voici le ''mythe de la caverne''. Voici le Kongo est devenu caverne.'' Messieurs et dames, soyez des hommes, pas des silhouettes de ceux-ci ou leur reflet. Il y a encore à être l'image de Dieu''. Voici l'embouteillage des campagnes d'évangélisation, et en perspective la caverne.
Voici, deux ombres ne se tiennent pas. Elles ne se regardent pas. Elles ne se parlent pas. Soyez donc des hommes. Tenez vous coeur dans le coeur et porter le pays. Tenez-vous cervelle dans la cervelle. Kiripi en a eu marre de toutes ces silhouettes. Il a craché ironiquement. Il a pris à témoin la vie dans son acharnement contre le monde de la caverne. Il est mort le jour de son anniversaire.

Par IKAMA DIA WAKANADIO
Rédigé le Mercredi 24 Mai 2017 à 23:55 | Lu 186 fois | 0 commentaire(s)






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