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Jazz

Vous avez dit afrojazz ?

De Dollar Brand à Hugh Masekela, en passant par Mulatu Astatke et le Bembeya Jazz National, l'Afrique a irrigué le jazz.


Hugh Masekela
Hugh Masekela
Le jazz est-il une musique africaine ? D'aucuns répondront que cette musique de Blancs n'est en rien fille du continent, donnant raison à René Langel. Le cofondateur du mythique festival Jazz à Montreux en Suisse estimait en 2001 que « le jazz est orphelin de l'Afrique ». D'autres tout au contraire le voient comme un évident retour aux sources créé par des descendants d'esclaves inspirés... et conscients : pour le pianiste Randy Newton, le jazz (comme le blues, mais aussi la bossa-nova ou la samba) est l'ingénieux moyen trouvé par les esclaves et leur descendance pour ne pas disparaître culturellement au contact du Nouveau Monde.

Des similitudes troublantes
D'un bord à l'autre des océans, de troublantes similitudes : musique d'agrément, de danse, de célébration. Martin Luther King ne disait-il pas que « le jazz traduit la vie ». Nous dirons cependant que le jazz n'est pas qu'une musique d'agrément, de danse, de célébration. L'Afrique des indépendances s'en empare comme moyen plus ou moins conscient de célébrer une liberté recouvrée dans la douleur, d'afficher fièrement une identité à la fois plurielle et enracinée. Aux Amériques, il est la continuité naturelle du blues, la manifestation du génie de musiciens qui ont su s'adapter à une époque mutante, avec des influences démultipliées, et aussi la bande originale des luttes pour les droits civiques. Musique et engagement vont de pair, donc, à cette différence près qu'en Afrique le jazz des débuts se déploie principalement au masculin, à la notable exception de l'Afrique du Sud. De Sathima Bea Benjamin à Thandie Klaasen en passant par Dorothy Masuka, les références ne manquent pas.

Quoi qu'il en soit, de nombreux artistes du continent n'ont eu de cesse, en découvrant cette musique et ses instruments, d'intégrer (ou de réintégrer, c'est selon) les rythmes, les sonorités et les codes du jazz à leur jeu, sans pour autant renoncer le moins du monde à leurs cultures d'origine. Par un jeu de contaminations réciproques, les musiciens et leur musique inventent une troisième entité... Une démarche qui devrait faire plaisir à Étienne Charles. Interrogé en 2011 par le site IrockJazz.com sur sa définition du jazz, le trompettiste star répondit : « Le jazz, c'est quand vous prenez une musique et la faites vôtre. » Dont acte. Place à une sélection de quelques classiques renversants.

Abdullah « Dollar Brand » Ibrahim

Métis né au Cap en 1934, le pianiste est considéré comme le plus grand jazzman de son pays. Son initiation à 15 ans au jazz, il est déjà pianiste professionnel, il la doit à des disques de GIs américains de passage : un coup de foudre définitif. Son talent : créer des paysages, des ambiances avec ses doigts, avec une facilité d'exécution apaisante. L'apartheid le pousse à fuir l'Afrique du Sud, pour le bonheur d'un Duke Ellington bluffé qui non seulement le produira, mais lui cédera sa place à la tête de son orchestre à plusieurs reprises. Il retrouvera la terre de ses ancêtres définitivement et par la grande porte en 1994, Nelson Mandela lui ayant demandé de jouer pour son investiture.

Hugh Masekela
En 1960, le trompettiste et bugliste Hugh Masekela faisait partie des Jazz Epistles, avec entre autres un certain Dollar Brand à Johannesburg. Comme Abdullah Ibrahim, Masekela sera contraint à l'exil et comme lui retrouvera sa terre natale au début des années 1990. Son « Bring him back home » deviendra l'hymne des soutiens à la libération de Nelson Mandela. Son ex-femme Myriam Makeba et lui seront tout au long de leur carrière d'inlassables avocats de la libération de Madiba.
La force de Masekela, c'est sa manière de raconter des histoires avec sa trompette, entre feulement et irrésistible musicalité.

Mulatu Astatke
Bien qu'initié au piano par sa mère, Mulatu Astatke se voyait ingénieur aéronautique, certainement pas musicien. Ce fils de bonne famille envoyé en Angleterre à 16 ans à la fin des années 1950 pour étudier les mathématiques et la physique y a rencontré des musiciens... et décidé de faire de la musique son métier, avec une obsession : promouvoir la musique éthiopienne, injustement ignorée. Mais d'abord, étudier les autres musiques : les prestigieuses universités de Trinity à Cambridge, puis Berkeley en Californie, où il sera le premier étudiant africain, le conforteront dans son idée. Son coup de génie : l'éthio-jazz, qu'il a forgé en fusionnant les caractéristiques de la musique éthiopienne traditionnelle avec les codes du jazz. Musicien, compositeur et arrangeur incontournable en Éthiopie, reconnu et respecté de ses pairs hors frontières africaines, c'est seulement en 2005 qu'un public plus large le découvre grâce au film Broken Flowers de Jim Jarmusch, qui utilise plusieurs morceaux des Ethiopiques vol. 4, une réédition de ses compositions enregistrées entre 1969 et 1974, dont le désormais fameux « Yékermo Sew ».

Bembeya Jazz National
Comme son nom l'indique, ce groupe guinéen fut créé en 1961 par un Sékou Touré conscient du pouvoir fédérateur de la musique, à mi-chemin entre tradition griotique ancestrale comme le Bembeya, fleuve traversant le sud-est de la Guinée, et un souffle venu d'ailleurs, porté par des instruments venus d'ailleurs : vents mais aussi guitare électrique. La rumba congolaise et la salsa enrichiront les influences du groupe, phare musical d'Afrique de l'Ouest pendant une bonne décennie, jusqu'à la disparition tragique à Dakar de son charismatique chanteur Aboubacar Demba Camara en 1973.


Source afrique.lepoint.fr

Par Anasthasie Tudieshe
Rédigé le Vendredi 3 Juillet 2015 à 11:07 | Lu 514 fois | 0 commentaire(s)






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