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James Baldwin au présent

Trente ans après sa mort, l'écrivain noir, figure du mouvement des droits civiques aux États-Unis, fait son retour en force en librairie.


James Baldwin
James Baldwin
Le film I Am Not Your Negro (2016) de Raoul Peck, de retour dans l'actualité avec Le Jeune Karl Marx , avait donné le signal. Trente après la mort de James Baldwin, âgé alors de 63 ans, à Saint-Paul-de-Vence, des spectateurs familiers, mais surtout néophytes avaient (re)plongé à travers ce film dans la pensée, le parcours, les mots, les combats de l'écrivain américain, noir et homosexuel. Et mesuré combien le monde, à commencer par l'Amérique, avait besoin de lui.
Dans la préface du livre éponyme (Robert Laffont, en librairie le 5 octobre), le cinéaste explique comment le destin de son pays natal, Haïti, et ses questionnements l'ont mené à James Baldwin. Cet ouvrage rassemble tout ce que l'on avait envie d'emporter avec soi après avoir vu I Am Not Your Negro : les photos, certes, mais surtout les textes ! Puisque « tel un librettiste qui crée le texte d'un opéra à partir des écrits épars d'un auteur vénéré, j'ai entrepris mon propre voyage en préservant scrupuleusement l'esprit, la philosophie, la pugnacité, les idées, l'humour, la poésie et l'âme de cet auteur disparu » écrit Peck. Et la bibliographie citée en fin de volume indique sa source majeure : Retour dans l'œil du cyclone, publié aux éditions Christian Bourgois (l'éditeur français de Toni Morrison qui doit tant à Baldwin), et qui rassemble quatorze essais de l'écrivain parus dans la presse et les revues entre 1960 et 1985. C'est dire qu'on peut poursuivre ainsi sa route.

Derrière l'intellectuel profondément engagé, il y a un écrivain, un romancier, et voilà qu'arrive sur les tables des libraires de quoi rentrer au pays de Baldwin, celui de la littérature. Cela commence dès son premier roman, réédité par Rivages La Conversion, paru en 1953, cinq ans après son installation en France. Quand on garde en mémoire les propos de Baldwin sur son enfance à Harlem dans le film de Peck, ce roman fondateur en dit tout, puisqu'il est largement autobiographique : son héros John, double de l'auteur y comprend qu'il ne sera pas l'homme que son beau-père pasteur, violent, attend de lui.
« Baldwin choisit le réalisme dans toute sa crudité, l'inventaire de la vie quotidienne et des espérances des familles noires éclatées, à commencer par la sienne », écrit de ce livre Alain Mabanckou dans sa préface à une autre réédition majeure (chez Stock, Cosmopolite) celle de Just Above My Head paru en 1979 aux États-Unis. Harlem Quartet, en traduction, retrace la jeunesse de quatre adolescents dans le Harlem des années cinquante. Hall, le narrateur âgé de 48 ans, a perdu son frère Arthur deux ans plus tôt. Avec le recul, il se remémore les destinées de son frère adoré, et de leurs amis de l'époque, Julia et son petit-frère Jimmy, lequel est amoureux d'Arthur. Ou comment quatre jeunes Noirs tentent de faire leur vie dans une société américaine ségrégationniste et violente (le roman passe aussi par la Corée, la France et l'Angleterre).

Mabanckou précurseur
Mabanckou fut un véritable précurseur dans le paysage français, en publiant, il y a dix ans, sa Lettre à Jimmy. Il faut dire qu'il était déjà professeur aux États-Unis où Baldwin est un maître, et plus reconnaissant que les Français à son égard, comme le souligne Raoul Peck en rappelant combien ledit « Jimmy » avait aimé la France, « qui l'a oublié » écrit-il, en se souvenant toutefois de Mitterrand lui remettant la Légion d'honneur (en même temps que Léonard Bernstein). Cette opinion est tempérée par les relations du cinéaste avec les spectateurs de son film, d'une projection l'autre : « J'ai perçu une foi nouvelle pour Baldwin, une curiosité, un élan, un amour pour cet esprit bouleversant. La personnification même de l'humanisme. »
Soif nouvelle pour Baldwin

Si Beale Street pouvait parler (paru en 1974), toujours chez Stock, préfacé par Geneviève Brisac qui raconte l'importance de sa découverte de Baldwin dans les années soixante-dix, en lisant La Prochaine Fois, le feu, vient compléter cette (re)floraison. C'est le roman apparemment « tout simple » d'un jeune couple, Clémentine, dite Tish, et Fonny, sculpteur noir. Jusqu'à ce que ce dernier soit accusé de viol, et emprisonné… On sait que les anniversaires sont propices à remettre en lumière tel ou tel, mais celui-ci est tout particulièrement à saluer, et pas seulement en librairie : la maison des Arts de Créteil annonce la création d'un spectacle d'Élise Vigier d'après Harlem Quartet (du 9 au 11 novembre) ! Autant de portes d'entrée dans la maison Baldwin, où il fera bon entrer si l'on sort de la projection d'un film attendu sur toutes ces questions : Detroit, de Katheryn Bigelow.


Source: http://www.lepoint.fr


Valérie Marin La Meslée
Rédigé le Jeudi 26 Octobre 2017 à 18:02 | Lu 100 fois | 0 commentaire(s)






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