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Il y a trois décennies, Lucien Malabry écrivait ceci :

LA LETTRE DE L’EUROPE

Bloquée, corsetée, morcelée, parcellisée, hachée, l’Europe s’éteignait doucement dans une lente et morbide agonie jusqu’au jour, où elle a découvert qu’au-delà des haines ancestrales, des héritages de violence, l’Avenir, son avenir, lui commandait d’unir ses forces dans une gigantesque lutte pour la vie.


Aujourd’hui,

expression africaine
expression africaine
L’ Europe, elle aussi, vit sa seconde décennie ; elle fait l’apprentissage de l’âge adulte, elle devient raisonnable et intelligente pour être forte, forte pour construire la paix de ses habitants, et non plus leur préparer la guerre. Adieu César ! Adieu Charlemagne ! Adieu Napoléon ¨Adieu Hitler ! Adieu Mussolini ! faux grands hommes, monstres de feu, de fer et de sang, dont les histoires officielles se refusent à reconnaître les crimes parce qu’il fallait bien “ éduquer les jeunes générations “.

Alors, pendant des siècles et des siècles, on a fait du Rhin une frontière alors qu’il était la grande voie de communication naturelle qu’on découvre aujourd’hui.
Pendant des siècles, on a dressé des frontières et des cartes politiques : la France rose, l’Italie bleue, la Belgique jaune, l’Allemagne verte comme si le sang qui coule dans nos veines n’était pas du même rouge. Dans les champs de blé Beauce ou de Prusse, rouge sont les coquelicots.

La frontière, c’est une stupidité, une création, une hérésie qu’on est obligé de matérialiser par une barrière sur les routes et un pointillé sur les cartes pour que le voyageur en prenne conscience.
Mais la frontière, c’est aussi la limite territoriale à laquelle des hommes manifestent leur désir de vivre ensemble, sous certaines lois. Elle doit donc permettre à tous ceux qui le désirent de choisir librement de vivre sous certaines lois que sous d’autres.

Elle peut être la limite légitime entre plusieurs conceptions politiques pour atteindre le bonheur, mais elle ne doit jamais être un carcan, ou une camisole qu’on fait enfiler de force.
L’Europe, aujourd’hui, a enfin compris le remède qu’il fallait infliger à son grand corps désarticulé ; elle a compris que tous ceux qui l’habitaient voulaient et devaient être des Européens.

L’extraordinaire est que la marche vers l’unité soit née et passe par l’économie. C’est peut-être sordide, mais c’est ainsi, l’union des hommes naît plus souvent de leurs communauté d’intérêts, que de l’élaboration de grands principes politiques.

C’est par le charbon, l’acier et l’énergie nucléaire que l’Europe est partie, c’est par la pomme de terre, le blé, la monnaie qu’elle continue, c’est par les fusions d’entreprises, les services gérés en commun lignes aériennes, ferroviaires, maritimes, postales...) qu’elle s’épanouira.



LA JEUNESSE DE L’AFRIQUE EST SON ATOUT MAîTRE

illustration africaine
illustration africaine
Faire l’Afrique est identique : ça ne signifie pas défaire les pays, mais permettre à chacun de mieux exprimer ses possibilités pour le bonheur de tous. En y regardant de près, une mosaïque n’est que la juxtaposition de petits carrés de couleurs différentes, et pourtant, avec un peu de recul, chaque petit carré participe à la beauté de l’ensemble.

Les nouveaux États africains qui ont hérité des frontières “ coloniales “ doivent veiller à l’écueil. C’est pour éviter que l’effort de construction de nouveaux États ne débouche sur l’égoïsme, la dispersion des énergies, la perte de substance, qu’il convient, dès aujourd’hui, de se soumettre aux lois de l’économie, qui coïncide en l’espèce, si parfaitement avec celles de la raison et de la logique.

Les États se gouvernent de nos jours comme de grosses entreprises : la démagogie délirante cède la place à la gestion technique éclairée. L’Afrique est une énorme machine potentielle qui doit puiser sa force dans l’union de force multiples et éparses. Parce que certains fardeaux sont trop lourds à porter seul, parce que certaines tâches préparatoires au développement excèdent les ressources d’un État, la marche des États africains vers la collaboration économique est phénomène irréversible.

Il nécessite, certes une prise de conscience très poussée, il commande d’adopter un réflexe africain. La tâche n’est pas facile, car il est plus aisé de construire une route ou un port qu’une mentalité. Mais ici, la jeunesse de l’Afrique indépendante est son atout maître : parce que ses élites apprennent très vite à retenir les leçons de l’histoire des autres, la grande mutation est possible.
Le seul obstacle pourrait être dans les esprits, mais si on sait que si les corps peuvent être esclaves, l’esprit libre est toujours triomphant...ce qui fait de nous hommes. Et la première richesse d’un pays, son premier capital, c’est l’homme.

( Avril 1971, Décennie 2 : Magazine illustré...
Rédigé le Jeudi 1 Janvier 2004 à 00:00 | Lu 2952 commentaire(s)




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