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Franklin Boukaka

Musicien visionnaire

Relativement jeune comme il pouvait l'être avant son départ pour l'orient éternel, motivé par une marche à contre-courant, Franklin Boukaka le chanteur engagé et provoc' devant l'Éternel, l'intello de la musique congolaise au destin épique et tragique avait choisi la conviction de chanter autrement, à voix haute et de montrer les occasions perdues depuis 1960.


Franklin Boukaka
Franklin Boukaka dénonçait ces politiques qui ont dirigé le pays de l'indépendance à ce début des années 70, qui ont mis toutes leurs deux mains dans le pot de miel. Il faisait resplendir l'image d'un petit Congo à la taille d'un grand pays révolutionnaire engagé aux côtés des pays progressistes du monde. Comme un philosophe, il questionnait : Na ko mi tuna mondele a kende dipanda to zuwaka po ya nani e Afrika e (Je me demande : le blanc est parti, l'indépendance que nous avons eue, c'est pour qui, Afrique ?). Cette démarche philosophique du questionnement est le début d'un éveil de la conscience. Chanter l’indépendance, la liberté, la révolution, la démocratie sans viande, sans protéine, sans pain pour tous, c’était nul, semblait nous dire Franklin Boukaka dans sa chanson Bikola : Tala inua ke dia ngombe ya munu madia ya yawu ndunda. Les politiques de tous bords devraient en prendre pour tous leurs grades, degrés et qualités. Dans Ata o zali vili (Même si tu es vili), se préoccupant de l’équilibre ethnique, il stigmatisait l’instrumentalisation du tribalisme par les hommes politiques partisans du pouvoir de l’ethnie par l’ethnie.

Il savait qu’il n’y avait pas de lutte efficace contre le tribalisme, les conflits tribaux et d’autres maux s’il n’y avait pas d’engagement véritable des intellectuels et de la société civile. Il nous mettait en garde, car le peuple risquerait de se perdre dans les schismes, si l’on ne faisait pas attention au tsunami du pouvoir de l’ethnie qui tue, brise et déconstruit la conscience nationale. Il savait que dans l’histoire des hommes, soit on anticipe, soit on est borné. Il savait aussi que pour assainir une situation, il faudrait se donner les moyens de le faire. Déjà il savait que les Congolais attendaient une autre politique différente de celle des dirigeants qui étaient otages d’un système. C’était une voix cohérente qui n’avait nullement besoin d’être parrainée par de puissants princes qu'il citerait sous forme d'une litanie des saints pour en tirer une obole. Dans ce règne de la peur où les gens ne réagissaient pas, où l’individu quasi inexistant était fondu dans une masse, où l’on était obligé de dire ou de faire n’importe quoi, de se taire même par peur du président fondateur, leader bien aimé, guide éclairé, il osait donner des repères au peuple afin qu’il comprenne et voie où se trouve le pays après un peu plus d’une dizaine d’années d’indépendance.


Il se voyait investi d’une mission, celle de libérer la croix du peuple tandis que d’autres musiciens avaient le nez sur la vitre. Il maintenait un peu d’humanité au milieu d’un épouvantable chaos traditionnel. Dans d’autres chansons de son dernier album Le bûcheron où il glorifiait le travail, il revenait sur des pans d’histoire oubliée. Malheureusement, il n’a été qu’une comète. Il a traversé très vite la terre du Congo. Son discours de vérité lui a fait des ennemis. Sa lumière s’est finalement intégrée à sa chanson sans lui faire écran. Cela nous donne l’impression d’une traversée du miroir. Il a franchi le Rubicon de l’artiste vers la sensibilité du vrai militant de gauche.
L’une des bonnes choses tout de même de ces années 70 était qu’à cette époque-là il ne fallait pas nécessairement qu’un candidat aux élections législatives par exemple se classifie par rapport à sa communauté identitaire. Aujourd’hui la diversité des ethnies est plutôt la faiblesse de nos démocraties. Les ancrages identitaires demeurent la préoccupation des hommes politiques d’aujourd’hui. Ils sont ethniquement écartelés et en même temps ils veulent jouer la partition d’un Congo prioritaire uni et indivisible. Où se situerait le rêve congolais des pères fondateurs ? Trouverait-il une place dans un tout petit enclos appelé région, département, district ou village ? Ou alors s’épanouirait-il mieux dans un espace plus grand appelé pays, république, nation ? Pourquoi cette évolution de mentalité ne toucherait-elle pas toutes les parcelles de la terre du Congo aujourd’hui où nous nous disons vivre au vingt et unième siècle ? Les replis identitaires agacent de plus en plus le peuple et la terre du Congo que des hommes politiques attardés piétinent encore de leurs égos surdimensionnés lors de leurs campagnes qui volent très bas.

Dans son dernier disque 33 tours Le bûcheron, Franklin Boukaka a stigmatisé leurs promesses électorales trop floues qui finissent pas n’être que des coquilles vides, en attendant d’autres élections. Il a aussi dénoncé la fraude, la corruption et la concussion. Oui Franklin Boukaka n’est pas ce genre de musiciens à faire la cour aux puissants princes. La lutte contre la fraude, la corruption et la concussion que prônent les hommes politiques restera vaine et un simple slogan si elle ne devient pas la lutte contre les racines de la fraude, de la corruption et de la concussion. On a peur des artistes musiciens comme Franklin Boukaka parce que ce sont des guetteurs. Ils scrutent l’horizon et révèlent ce que sera demain. L’homme politique en a peur. Car il aime rester entre hier et aujourd’hui et y maintenir le peuple pendant longtemps.
Depuis, la vraie révolution, celle à venir, chantée par Franklin Boukaka, celle pour laquelle il s’est battu et a sacrifié sa vie, celle qui sera faite par les orphelins de l’histoire, puise sa nourriture dans le froid sable du silence des plages de la côte sauvage.

Franklin Boukaka restera sur la durée un grand croiseur sur la nappe moirée de l'océan, dissipant sur son chemin l'illusion des fantasmes et affichant sur les murs la désillusion des réalités. Il n'y a plus de grandes chansons. La distance dans le temps entre son album Le Bûcheron et la réalité s'est raccourcie, comme elle s'était raccourcie entre la prophétie Ata ndele mokili e ko baluka (Plus tard, un jour, un jour ou l'autre, le monde changera) d'Adu Elenga dans les années 1950 et la réalité aujourd'hui au 21ème siècle. Celui-là qui avait chanté que les héros du peuple étaient immortels ne saurait être oublié et classé parmi les zéros du peuple.



Par Georges MAVOUBA-SOKATE
Rédigé le Mercredi 8 Mai 2013 à 08:39 | Lu 430 fois | 0 commentaire(s)






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