Connectez-vous
BASANGO
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager

Février Mois de l’Histoire Nègre

les Africains Américains célèbrent le Black History Month

C’est en Février 1926 que Carter Godwin Woodson (1875-1950), un Africain-Américain né de parents esclaves affranchis et lui-même docteur en Histoire de la Harvard University institue en génial visionnaire le « Negro History Week » [la semaine de l’Histoire Nègre]. Il est à l’époque choqué de constater que dans l’histoire américaine le Noir est l’Invisible Man[1] qu’on évoque au mieux qu’en tant que catégorie inférieure de la société.


Un exemple à suivre ?

mentouhotep II
mentouhotep II
Le projet de Woodson est dès lors de rétablir la vérité historique en enseignant les contributions majeures des Africains-Americains à l’édification de la nation américaine. Il justifiera le choix du mois de février pour sa « semaine de l’Histoire Nègre » par le fait que tant Abraham Lincoln que le célèbre abolitionniste africain-américain Frederick Douglass deux figures si importantes de l’émancipation des Africains Américains aux Etats-Unis
(avec un bémol toutefois pour Lincoln. Ndlr) sont nés ce mois.

D’autres événements-clefs de l’histoire africaine-américaine comme la naissance de W.E.B. Dubois (1868) ; le 15ème amendement qui accorde désormais aux Noirs le droit de vote (1870) ; la création de la NAACP en 1909 (l’Association Nationale pour l’Avancement des Hommes de Couleurs dont M. Luther King fut une des emblématiques figures) renvoient tous au même mois.

Mais les recherches de C.G Woodson s’étendront à l’apport scientifique des Noirs du monde entier (aussi bien ceux du continent que ceux déportés pendant la Traite des Africains) à l’histoire de l’humanité, car jusque là, l’opinion généralement admise même dans les sphères scientifiques européennes les plus « éclairées » peut se résumer à ces propos tenus par le professeur John Burgess, fondateur l’Ecole de Science Politique de la Columbia University : « la race africaine est une race d’hommes qui n’a jamais crée aucune forme de civilisation… depuis les 5000 dernières années, l’histoire de l’Afrique noire est vide. Le Noir Africain n’a aucun langage écrit ; aucun système numérique ; aucun calendrier ni système de mesure. Il n’a inventé ni charrue ni roue, ni domestiqué le moindre animal ; il n’a construit rien de plus complexe qu’une hutte de terre ou une palissade de chaume. L’Africain ne connaît aucun commerce extérieur si ce n’est celui des esclaves de sa propre race, de l’ivoire et (sur la côte ouest) de l’huile de palme, de l’acajou». Voilà pour le tableau donc…

Le projet de Woodson évoluera jusqu’à l’instauration en 1976 du Mois de l’Histoire Nègre (Black History Month) rituellement célébré tous les févriers.

Tout au long du Black History Month des meetings, des expositions, des symposiums, des exposés sont organisés pour enseigner le génie créatif des Africains et des Afro-descendants tout au long de l’Histoire. Cette tradition qui perdure jusqu’à nos jours a façonné une communauté africaine-américaine conquérante, instruite de son histoire et de sa grandeur, fière d’appartenir à la race qui a initié le concept même de civilisation et n’a cessé depuis lors de contribuer à l’avancement technologique et spirituel de l’humanité.

Ainsi, ce mois de février sanctifié voit les médias afros travailler avec pour commun objectif de faire du peuple Noir le centre de son monde pendant un mois entier : les chaînes de télé, les magazines, les stations de radio, les sites web ; la Black media galaxy se met en mouvement pour projeter dans tout l’espace mental afro les rayons du soleil nègre. Des universitaires africains de l’intérieur étudiant aux Etats-Unis sont fréquemment conviés à partager la sagesse ancestrale avec leurs frères déportés.

Il en résulte un état de chose qui ressemble à s’y méprendre à un paradoxe : l’Africain de l’extérieur paraît parfois plus afrocentrique que celui resté sur la terre mère. Très souvent le désir de parler des langues nationales africaines est chez lui plus marqué ; très souvent la connaissance de l’histoire africaine est chez lui plus effective ; très souvent le désir d’authenticité est chez lui plus bouillonnant. A ce sujet d’ailleurs, le professeur Théophile Obenga , disciple et continuateur de Cheikh Anta Diop et actuellement chef du département des « Etudes Africaines » à l’Université de San Francisco en Californie a pu affirmer qu’il n’est surtout pas question pour lui de s’habiller à l’européenne lorsqu’il s’agit de donner une conférence portant sur la connaissance de la langue écrite des Africains de la vallée du Nil par exemple[2] !

C’est ainsi que si aujourd’hui Spike Lee voudrait savoir quel Africain il est en terre d’Amérique, il se dirigera vers la African Ancestry Company (un grand laboratoire africain-américain qui par le biais de la génétique rétablit le pont qui relie les Afro-descendants à l’Afrique) et là on lui dira : brother, tu viens du Cameroun par ton père et du Niger par ta mère. Tu es donc un camerouno-nigérien ici en Amérique. Rentre en paix et réfléchis à ça…

Au Royaume-Uni est institutionnalisé depuis octobre 1987 le Black History Month UK sous l’initiative du militant panafricaniste des premières heures et universitaire ghanéen Akyaaba Addai-Sebo, épaulé en cela par le GLC (Greater London Council). Les objectifs et les modes opératoires du BHM version UK sont globalement identiques à ceux de son aîné nord-américain : inculquer aux Noirs l’amour d’eux-mêmes ; promouvoir la connaissance de l’histoire des Noirs ; enseigner les diverses contributions des Noirs à l’histoire de l’Angleterre et du monde ; accentuer la conscience de l’énorme héritage culturel des Noirs ; diffuser les arts et la culture nègres en général en organisant pour ce faire conférences, symposiums, exposés, et expositions. Façon de thérapie ô combien indispensable pour les 400 ans et plus de domination, d’infériorisation physique, mentale, psychologique systématiques qui sont tout de même passés par là…

Le choix d’octobre s’explique au Royaume-Uni déjà par la signification de ce mois dans l’antiquité africaine : l’équinoxe d’automne y correspond en effet à la période des récoltes qui est une période de l’abondance, de la vie, de renaissance. Octobre au Royaume-Uni correspondant aussi globalement à la période de la rentrée scolaire, ce moment a donc paru le mieux indiqué pour enseigner l’Histoire noire à des jeunes esprits tout revigorés par des mois de vacances et hyper réceptifs encore.

Les Etats africains devraient peut-être s’inspirer de ces brillants modèles africains-américains et africains-britanniques pour enseigner aux africains de l’intérieur leur histoire, leur rappeler ce que le monde contemporain doit à leur génie scientifique, artistique, spirituel afin de produire des hommes, des femmes, des enfants conquérants parce que désormais libérés de tout complexe. Qui disait : i[« emancipate yourself from mental slavery[3]» ]i (affranchis-toi de l’esclavage mental) ?

Des partenariats pourraient être conclus dans ce sens par l’Union Africaine avec les différentes institutions noires du monde afin que chaque pays africain reçoive la documentation audio, vidéo, écrite… indispensable à l’instruction afrocentrée de l’Africain.

Cette précieuse documentation devra dans ce cas être transformée en programmes scolaires qui couvriront la totalité du cursus scolaire de l’Africain (maternel, primaire, secondaire, universitaire). Les corps enseignants des différents pays devront être sollicités pour cette tâche.

Nous pensons qu’à ce niveau une simple demande officielle de la part de l’Union Africaine suffirait pour qu’une réaction spontanée se manifeste.

Les sommets Africains/Africains-Descendants pourraient par exemple être institutionnalisés pour des échanges plus intensifiés.

La fréquence de leur tenue devrait dans ce cas être étudiée, mais l’idéal toutefois serait de ne pas laisser un décalage trop important entre deux sommets.

Le principe de rotation pour l’accueil des sommets devrait dans ce cas être pensé en fonction de la situation politico-économique des pays, de sorte que si pour des raisons d’instabilité sociale ou de contraintes économiques des pays se révèlent ponctuellement incapables d’accueillir des sommets, la possibilité soit accordée aux Etats qui en manifestent la volonté d’organiser ces rencontres.

Les Africains de l’extérieur devraient pouvoir se voir accorder les nationalités africaines de leur choix sur simple demande afin d’intensifier les rapprochements, etc.

Mais laissons le mot de la fin à l’historien africain-américain John Henrik Clarke sur l’importance de l’Histoire dans le devenir d’un peuple : « l’Histoire est une horloge que les peuples utilisent pour déterminer leur heure politique et culturelle du jour. C’est aussi une boussole que les peuples utilisent pour se retrouver sur une carte de la géographie humaine. Le rôle de l’Histoire est de dire à un peuple ce qu’il a été, où il a été, ce qu’il est et où il est. Le rôle le plus important que l’Histoire joue est qu’elle a la fonction d’indiquer où un peuple doit encore aller et ce qu’il doit encore être ».



[1] Paru en 1952, « Invisible Man » (L’homme Invisible) de Ralph Ellison est un classique de la littérature africaine-américaine.

[2] Ces confidences ont été faites en marge d’une conférence organisée par les associations Khepera et Shabaka Institute de Paris.

[3] Bob Marley, extrait de la chanson « Redemption Songs »

afrikara.com

Ali Beng / afrikara.com
Rédigé le Mardi 15 Février 2005 à 12:02 | Lu 3821 fois | 1 commentaire(s)





1.Posté par aliou le 13/04/2007 22:42 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
fre bonsoir trai bien

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


À lire aussi :
< >

Vendredi 20 Mars 2015 - 12:42 La Fabrique des barbouzes »

Lundi 5 Janvier 2009 - 18:36 Djenné

A Lire | A Ecouter | A Voir | Life Style | Mémoires



MOKÉ TV

    Aucun événement à cette date.









App Store
Facebook
Twitter
Google+
Instagram
YouTube






Facebook
App Store
Google+
Instagram
Rss
Twitter
YouTube