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Eduardo GALEANO

SENS DESSUS DESSOUS, l'Ecole du monde à l'envers.

Eduardo GALEANO, né en Uruguay en 1940, écrivain et journaliste, est l'une de ces voix d'Amérique latine qui n'a jamais cessé de s'engager aux côtés des oubliés et des disparus.


SENS DESSUS DESSOUS

SENS DESSUS DESSOUS
SENS DESSUS DESSOUS
L'école du monde à l'envers*, qui dresse le portrait d'un monde renversé où le vrai est un moment du faux, est un essai inclassable, mélangeant la politique, la poésie et l' humour. Sous la forme d'un acte de transmission qui libère et valorise la parole, Eduardo Galeano nous livre un témoignage à trois dimensions : pédagogique pour le travail de mémoire, politique pour résister contre l'oubli, et poétique pour lutter contre le mensonge.

A l'école du monde à l'envers, le plomb apprend à flotter, le bouchon à couler, les vipères à voler et les nuages à ramper le long des chemins. Dans le monde d'aujourd'hui, monde inversé donc, les pays qui défendent la paix universelle sont ceux qui fabriquent le plus d'armes et qui en vendent le plus aux autres pays. Les banques les plus prestigieuses sont celles qui blanchissent le plus de narcodollars et celles qui renferment le plus d'argent volé. Les industries qui réussissent le mieux sont celles qui polluent le plus la planète; et la sauvegarde de l'environnement est le plus brillant fonds de commerce des entreprises qui l'anéantissent.

Le monde à l'envers nous apprend à subir la réalité au lieu de la changer, à oublier le passé au lieu de l'écouter et à accepter l'avenir au lieu de l'imaginer : ainsi se pratique le crime, et ainsi est-il encouragé. Dans son école, l'école du crime, les cours d'impuissance, d'amnésie et de résignation sont obligatoires. Mais il y a toujours une grâce cachée dans chaque disgrâce, et tôt ou tard, chaque voix trouve sa contre-voix et chaque école sa contre-école.

Quid des modèles de réussite dans cette école du monde à l’envers, institution éducative la plus démocratique, gratuite, sans examen d’admission ni inscription préalable, car fille du pouvoir universel qui a conquis comme jamais l’humanité dans toute son étendue ? Sachez donc que «Le monde à l’envers présente la particularité de récompenser à l’envers : il méprise l’honnêteté, punit le travail, encourage l’absence de scrupules et alimente le cannibalisme» (P.5). Et Galeano de marteler sa charge : «Comment survivent les plus aptes ? L’aptitude la plus utile pour se frayer un chemin et survivre, le killing instinct, l’instinct assassin, est considéré comme une vertu humaine lorsqu’il sert aux grandes entreprises à digérer les petites et aux pays puissants à dévorer les plus faibles, mais il est preuve de bestialité quand n’importe quel pauvre type sans travail sort chercher de quoi manger un couteau à la main» (P.6).

L’exemple dans ce monde Sens Dessus Dessous vient d’en haut et de quelle manière : «Quand un délinquant tue pour quelque dette impayée, l’exécution se nomme règlement de comptes, et l’on appelle plan d’ajustement l’exécution d’un pays endetté, lorsque la technocratie internationale décide de lui régler son compte… L’économie mondiale est l’expression la plus efficace du crime organisé. Les organismes internationaux qui contrôlent la monnaie, le commerce et le crédit, pratiquent le terrorisme contre les pauvres, et contre les pauvres de tous les pays, avec une froideur professionnelle et une impunité qui humilieraient le meilleur des poseurs de bombes» (P.6).

Quand la plume de Galeano se pose sur le «Cours élémentaire d’injustice» distillé par une société de l’absurde cela donne ceci : «Du point de vue du Sud, l'été du Nord est l'hiver. Du point de vue d'un ver de terre, une assiette de spaghettis est une orgie. Là où les Hindous voient une vache sacrée, d'autres voient un hamburger géant. Du point de vue d'Hippocrate, de Galien, de Maimonide et de Paracelse, il existait une maladie appelée l'indigestion, mais il n'existait pas de maladie appelée la faim. De point de vue de ses voisins du village de Cardona, Toto Zaugg, qui portait les mêmes vêtements été comme hiver, était un homme admirable: Toto n'a jamais froid - disaient-ils. Lui ne disait rien. Il avait froid ; ce qu'il n'avait pas, c'était un manteau» (P.33).

Rien de tel qu’insuffler, enseigner la peur globale pour dociliser les masses laborieuses : «Ceux qui travaillent ont peur de perdre leur travail. Ceux qui ne travaillent pas ont peur de ne trouver aucun travail. Celui qui n'a pas peur de la faim a peur de ce qu'il mange. Les automobilistes ont peur des embouteillages et les piétons ont peur d'être renversés. La démocratie a peur de se souvenir et le langage a peur de dire. Les civils ont peur des militaires, les militaires ont peur de manquer d'armes, les armes ont peur de manquer de guerres. C'est le temps de la peur. Peur de la femme vis-à-vis de la violence de l'homme, et peur de l'homme Vis-à-vis de la femme sans peur. Peur des voleurs, peur de la police. Peur de la porte sans serrure, du temps sans montres, de l'enfant sans télévision, de la nuit sans pilules pour dormir et peur du jour sans pilules pour se réveiller. Peur de la foule, peur de la solitude, peur de ce qui fut et de ce qui peut être, peur de mourir, peur de vivre» (P.79).

Le sort des enfants, des élèves dans cet univers de vices versés est soumis aux pesanteurs de la mondialisation : «Jour après jour, on refuse aux enfants le droit d’être des enfants. Le monde traite les enfants riches comme s’ils étaient de l’argent agit. Le monde traite les enfants pauvres comme s’ils étaient des ordures. Et ceux du milieu, les enfants qui ne sont ni riches ni pauvres, il les tient attachés au pied du téléviseur, pour que très tôt ils acceptent la vie en cage comme destin. Les enfants qui parviennent à rester des enfants doivent avoir une bonne dose de magie et beaucoup de chance» (P.11).

Un ouvrage engagé, alliant un style poétique, rythmé, et critique, dans une mise en forme faite d’effets de mises en exergue, d’encadrés, de citations déroutantes et incisives. Bonne lecture.


* Editions Homnisphères 21 rue Mademoiselle 75015 Paris Tél. : 01 46 63 66 57 & Fax : 01 46 63 76 19

De nombreux extraits sont en ligne sur le site www.homnispheres.com.

Du même auteur traduits en français : Les Veines ouvertes de l'Amérique latine (Plon, 1981) Mémoire du feu (Trilogie, Plon, 1985, 1988, 1993) La Chanson que nous chantons (Albin Michel, 1977), Amérique, La Découverte qui n'a pas encore eu lieu (Messidor, 1992), Le Livre des Etreintes (La Différence, 1995)

Email : [info@homnispheres.com]MAIL:info@homnispheres.com
site : [www.homnispheres.com]URL:http://www.homnispheres.com




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Rédigé le Lundi 4 Octobre 2004 à 00:00 | Lu 2703 fois | 0 commentaire(s)





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