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D’Afrique et d’hier

Des rééditions au goût de nouveauté

45 tours, 33 tours… Tout un pan de la musique africaine est gravé dans les sillons de ces supports, souvent pressés en un nombre limité d’exemplaires et aujourd’hui devenus des objets de collection. Voici une sélection des dernières rééditions en format CD, pour que ces chansons qui ont marqué leur époque ne sombrent pas dans l’oubli. L’occasion de (re)découvrir ce qu’enregistraient il y a plusieurs décennies des artistes tels que Manfila Kante et Sorry Bamba, Amadou Balake ou encore ceux qui ont apporté leur pierre à l’histoire foisonnante de la rumba congolaise.


D’Afrique et d’hier
L’action se déroule à Abidjan, à la fin des années 1960. La cité ivoirienne ne fait pas encore figure de capitale de l’industrie musicale dans cette partie du continent africain. Mais déjà son rôle de plaque tournante se dessine. Le guitariste guinéen Manfila Kante et le flûtiste trompettiste malien Sorry Bamba s’y rencontrent à cette époque. Leur association éphémère reste une étape méconnue de leurs parcours respectifs, avant qu’ils ne se fassent chacun un nom. Le premier auprès de Salif Keïta, d’abord au sein des Ambassadeurs puis en tant qu’arrangeur sur les albums de la star du Mali. Le second en prenant la direction de l’orchestre de Mopti, sa ville natale.

Alors qu’on les attend naturellement sur le terrain de la culture mandingue (dont ils sont de brillants représentants), les deux hommes jouent une toute autre partition sur les 23 chansons de la compilation Clash mandingue. Enregistrés en 1968, ces morceaux conçus pour faire danser s’inspirent pour l’essentiel de rythmes latinos, rappelant à quel point la musique cubaine sous ses différentes formes avait pénétré les territoires d’Afrique. Le format est également inhabituel : au lieu de laisser tourner les bandes en studio sans tenir compte des minutes qui défilent (comme le font à cette période de nombreux groupes), le duo d’exilés s’inscrit au contraire dans une démarche où la concision est à l’honneur. Sur ces 45 tours du label Djima devenus aujourd’hui de vraies raretés – leurs prix s’envolent sur le marché de l’occasion – chaque face contenait deux titres qui font parfois à peine plus de deux minutes !

Le Burkinabé Amadou Balaké est lui aussi passé par Abidjan au début de sa carrière, avant de poursuivre son voyage vers la Guinée pour rejoindre les rangs du Horoya Band, l’un des orchestres les plus cotés de Conakry.Pris en étau entre le président guinéen Sékou Touré et celui de son pays, Maurice Yaméogo, qui s’invectivent sans retenue en raison de leurs positions idéologiques opposées, le chanteur fait le choix de retourner auprès de ses compatriotes. A Ouagadougou, il se lance en solo en se produisant avec ses multiples formations, qui font vite sa réputation.

D’Afrique et d’hier
Plus de la moitié des chansons réunies sur le CD Señor eclectico sont issues des sessions effectuées à ce moment-là pour le compte du label Club Voltaïque du Disque. Si certaines, réalisées dans un studio ghanéen et extraites de l’album Traoré Amadou dit Balaké et ses Dieux (publié en 1976), ont un son correspondant au standard contemporain, d’autres prises à l’aide d’un simple magnétophone possèdent une force brute qui compense ces lacunes techniques. Surtout lorsque les sonorités mandingues cèdent la place à l’énergie d’un groove marqué en profondeur par l’afrobeat nigérian.

La seconde partie de Señor eclectico provient d’ailleurs du catalogue du label Sacodis, dirigé par le Nigérian Aboudou Lassissi, avec lequel Amadou Balaké a étroitement travaillé. A Lagos, où furent enregistrés deux albums, puis à New York. C’est au cours de cette courte aventure américaine qu’il signe Yamba, aux paroles explicites : "Ecoutez, jeunes d’Afrique : ce qu’on appelle le yamba – la marijuana dans le vrai sens du mot – essayez de vous passer de ce truc (…), envoyé du Satan en Afrique pour détruire le progrès. " Avec ce morceau, qui fait partie des pièces maîtresses de son répertoire, le chanteur est monté dans le train de la salsa à la mode africaine. Un genre qu’il continue de promouvoir avec le collectif Africando, dont il est membre depuis 2001.

La discographie passée, souvent même oubliée, des vétérans de la musique africaine, est une mine qu’exploite également la remarquable collection African Pearls. Ce avec une approche à la fois artistique et historique. Intitulés Rumba Rock, les deux CD du nouveau volume de cette série sont consacrés à un courant de la musique congolaise né dans les années 1970. Quand les guitares électriques s’exprimaient sans retenue, en particulier dans la partie rapide des chansons appelées "sébène", dans lesquelles les musiciens donnent l’impression de se défouler !

A côté des incontournables Franco, Docteur Nico ou Tabu Ley Rochereau, la sélection très pointue permet de retrouver des artistes que l’on connaît pour leur répertoire plus récent : Papa Wemba avec Zonga Zonga daté de 1978, un an après qu’il ait créé Viva la Musica ; son ancien groupe Zaïko Langa Langa, toujours en activité après d’innombrables remaniements, avec son succès de 1980 baptisé Fièvre Mondo ; les futurs chanteurs de Kekele (équivalent d’Africando pour la rumba) Nyboma Mwan et Loko Massengo engagés en ce temps-là respectivement avec l’Orchestre Lipua Lipua et Trio Madjesi. Et Manu Dibango, pourtant déjà parti du Congo où il avait suivi l’African Jazz de Jospeh Kabasele en 1961, mais revenu collaborer en tant que musicien et arrangeur avec Franklin Boukaka.

"L’Afrique, où est ton indépendance ? (…) Où est ta liberté ? Certains à qui j’ai donné ma voix ont développé la boulimie du pouvoir et des voitures. Quand arrivent les échéances électorales, je deviens alors important pour eux", constate en 1970 le chanteur de Brazzaville dans l’atypique Bûcheron, où voix et violons se conjuguent dans une même complainte. Promis aussitôt à un bel avenir sur la scène internationale grâce à l’album sur lequel paraît la chanson, Franklin Boukaka paie de sa vie sa liberté de ton : après une tentative de coup d’Etat au Congo Brazza en 1972, il est fusillé sans jugement, à 32 ans. L’un des épisodes les plus douloureux de la musique africaine.

Source rfimusique

901827.mp3 901827.mp3  (253.88 Ko)



Bertrand Lavaine
Rédigé le Vendredi 12 Septembre 2008 à 00:27 | Lu 1652 fois | 0 commentaire(s)





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