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Commémoration du Débarquement de 1944

Insultes et Ingratitude aux Soldats Noirs

Le 06 juin 2004, la France, toute éprise d’un devoir de mémoire qui sentait un peu le rapprochement tactique avec l’Amérique guerroyante de George Halliburton Bush, enfilait les chaussons de la commémoration digne, sinon dévotionnelle du débarquement des Alliés 1944.


Commémoration du Débarquement de 1944
Tout devait se passer normalement, c'est-à-dire en gommant avec brio du livre des valeureux, les milliers de nègres sacrifiés sur l’autel de la libération de douce France. Il n’en fut pas exactement ainsi, des exégètes en culottes courtes, marins d’eaux douces et résistants de la vingt-cinquième heure en rajoutèrent dans l’ingratitude militante, goûtant impunément à l’injure négrophobe*.

En France, il est toujours plus commode d’évoquer un Noir dans une rubrique fournie de diverses démêlées avec la légalité, les papiers, l’archaïsme de traditions exportées dans une terre vierge de corruptions. La force de cette représentation très performative et éminemment fonctionnelle des Noirs en France balaie le champ des activités quotidiennes des mélanodermes, en les transformant en éboueurs visibles, amuseurs publics, sprinters forcenés, musiciens de folklore ou toute besogne implicitement dénuée de distinction sociale. Tous issus des zoos humains dont la France est orpheline, elle qui organisait au début du 20 siècle encore, des expositions ethnologiques où Africains et Descendants d’Africains capturés de par le monde, étaient exhibés à la curiosité consumériste et mercantile de l’homo sapiens référent : sa civilisée majesté l’homme blanc.

Depuis, cette vision du nègre sédimentée par des siècles de transformation des Africains en esclaves par nature, rend invisible et parfois hostile, toute figure africaine, caribéenne noires qui s’illustrerait ou prétendrait s’imposer sur des terrains socialement valorisés. Ainsi la bravoure, le sens du sacrifice, l’art, l’intelligence, la connaissance, le sens des responsabilités, la solidarité choisie et non pas stérilement traditionnelle, la faculté stratégique, … sont autant d’aptitudes, de qualités qui sont invariablement contestés à priori aux mélanodermes. De là à faire assaut d’ingratitude, il y a un grand pas que l’euphorie grisante des festivités de la commémoration, a fait franchir à bien des commentateurs de l’histoire de la guerre dite mondiale de 1939-45.

Les récits vibrionnants rendant hommage aux intrépides soldats qui soixante ans plus tôt débarquaient pour débusquer une armée nazie solidement implantée ont été l’occasion d’un florilège de propos négationnistes de l’élément nègre du débarquement et de la contre-offensive des Alliées. Négationnisme allant, c’est relativement rare dans médias grand public, jusqu’à des accusations raciales gravissimes couvrant d’opprobre des soldats venus, au péril de leur vie, porter secours… à la république capitulante ! Mépris !

On savait que le traitement des Blancs et des Noirs était discriminatoire y compris dans l’armée en guerre contre l’arbitraire [?], où la fraternité d’armes croyait-on rapprochait les blessés saignés du même sang, traversés des mêmes peurs, bombardés des mêmes obus… On ne le savait que trop et peut-être s’y était-on habitué plus que de raison, à cette armée blanchie après les victoires pour priver les combattants Africains des honneurs publics qu’ils avaient mérité par le sacrifice de leur vie. Ingratitude ! Les soldats blancs défilent et paradent après les victoires, les pauvres nègres prennent le chemin des casernes, sans gloire, la république consomme abondamment du sang africain pour sa libération, mais elle en a honte de ces salissures nègres, elle cache ceux qui lui redonnent vie.

Ordre naturel de hiérarchie raciale quand tu nous tiens, même à notre insu ! Le supérieur ne peut rien devoir à l’inférieur par essence, qui plus est au Noir. Celui que la science -blanche- épargne du règne animal au prix d’une noble magnanimité, ce qui n’équivaut pas à lui délivrer une dérogation pour l’inscription au registre des vrais humains, ne saurait faire oublier son primitivisme, hauts faits de guerre, de courage, de sacrifice ou pas.

On avait refoulé le souvenir de cette ségrégation alimentaire et des conditions matérielles au sein des troupes alliées, les rations des blancs ne pouvant être celles des Noirs, sauf à heurter de trop Gobineau. Ingratitude !

Que n’avions-nous joué avec nos réminiscences pour effacer des mémoires ces jeunes nègres luttant pour la Mère patrie, donnant de leurs viscères à celle qui, ivre d’une victoire offerte par d’autres, marcherait sans ménagement pendant un demi-siècle sur la dignité de ses sauveurs d’hier. Ingratitude !

Pour garder le meilleur d’une période que la nécessité de survivre ensemble avait forgée, de temps en temps, on participait, de très loin, à la mascarade ; de façon à ce que seule une ombre indéfinie paraisse sur les photos souvenirs, celles destinées aux pages de l’album que l’on ne regarde pas, ou qui restent en négatif sur les clichés…

Pour le débarquement aurait-il mieux valu que l’on n’évoqua pas les salissants Nègres, l’anonymat étant d’un moindre coût que l’injure, plutôt que de les entendre réduits à une poignée -poignée que les autochtones se gardèrent de fournir. En effet ceux qui quittèrent leurs lointaines contrées, familles, racines, ceux-là qui laissèrent derrière eux toute leur vie pour embrasser le combat de l’homme blanc contre son frère blanc, n’ont cessé de chuter en considération aux yeux du monde qu’ils ont eu libéré ! Car apprend-on tardivement, ils n’étaient que préposés aux activités de services, de manutentions, loin des combats où les vaillants aryens rivalisaient en héros au défi du diable nazi, avec courage et abnégation martiale. Les Noirs, eussent-ils été Américains, rapporte t-on, ne faisaient pas partie des premières vagues des assaillants alliés, à peine davantage en 1945 entrent-ils réellement dans le feu des combats dans les Ardennes…

Ces nègres transporteurs de matériel étaient interdits de rapports sexuels avec les autochtones blanches, d’autant plus que pour les soldats africains-américains, ils supportaient mal l’accusation émanant de leurs pairs blancs américains, de transporter aussi… la syphilis ! Bien sûr il ne fut point épargné à ces mélanodermes, juste échappés de l’emprise de la nature, des stigmatisations pour viol, propos élégamment repris dans les médias de grande écoute…En attendant le choc des préjugés à revenir.

En somme un débarquement commémoré sous un sceau tout particulier, celui qui ne grandit ni ne déride la république, tout au moins nombre de ses cadres faiseurs d’opinion : l’ingratitude et le racisme.

Qu’il est loin le temps où un certain général lançait un appel peu suivi à la résistance leucoderme, où il courait l’Afrique centrale puis occidentale pourvoyeuses généreuses d’hommes valides et dévoués, en quête d’une armée, d’un territoire, d’une âme pour faire front contre l’envahisseur. Ce sont des hommes, un espoir, des ressources matérielles, une capitale politique -Brazzaville-, une base logistique, les avantages d’une zone monétaire en construction -la zone franc-, que l’Afrique et les nègres ont apporté à la victoire des Alliés. C’est tout ? Semble t-on demander aujourd’hui ! Tout ce que personne d’autre n’a apporté à la libération de la France.

C’est cette incommensurable solidarité qui est piétinée allègrement par des crypto-intellectuels, commentateurs prolixes, intrépides d’après-guerre, entièrement bénéficiaires pourtant d’un cadre de luxe -paix, liberté, démocratie- légué [sauvegardé] en grande part grâce au sang nègre des Africains, Africains-Américains, Caribéens.

Que l’injure se mêle à l’ingratitude ne répond plus seulement du racisme inconscient d’une société qui n’a jamais fait ni le deuil de son ambition impérialiste, ni celui de son passé scientifique ouvertement acquis aux théories de l’inégalité des races. A mesure que le nègre disparaît dans les questions internationales du monde de la globalisation, des conflits proche-orientaux et des émergences économiques asiatiques, les propos les plus infamants l’accablent, le dépouillent, le honnissent, l’éructent.

Le reflet des situations africaines médiatisées, celles des guerres intestines et interminables, celles de Haïti, celles des miséreux Afro-Américains poussés dans les drogues dures, légitiment la libération d’un supplément de racisme, jusqu’ici difficilement séquestré par un surmoi enfin émancipé des idéologies collectivistes.

Aux nègres d’entériner et d’anticiper les signes avant-coureurs d’une ingratitude qui risque de proliférer devant les enjeux accaparants de l’Europe, son dimensionnement et sa place dans le duel entamé indirectement contre l’empire U.S. Si cette claque retentissante ne fournit pas de bonnes raisons à l’urgence d’un autre rapport des nègres à eux-mêmes, à leur dignité, malheureusement faudra t-il souhaiter des humiliations raciales encore plus radicales ?



* Lire « Le Canard enchaîné », Mercredi 09 juin 2004

Akam Akamayong /Afrikara.com
Rédigé le Mercredi 23 Juin 2004 à 00:00 | Lu 2367 fois | 0 commentaire(s)





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