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Cinquantenaire du Discours sur le Colonialisme de Césaire

Plaidoyer intemporel …contre la Domination et les Racismes

Mme Christiane Taubira, députée de Guyane et auteure emblématique de loi criminalisant en France l’esclavage et la traite négrière transatlantique disait* de Discours sur le colonialisme que c’est un texte en cristal évoquant son caractère limpide, précieux mais aussi dur, sans concession.


Discours sur le Colonialisme
Discours sur le Colonialisme
De fait, le Discours de Césaire qui fête son Cinquantenaire [1955-2005] à l’initiative d’Afrikara n’a pas d’âge et risque de ne pas s’en trouver tant que sous des formes diverses, complexes et inventives, les desseins de l’humain n’auront abdiqué cette abominable tentation de soumettre l’Autre. Le caractère universel de cette œuvre s’invite à l’actualité française, africaine, caribéenne, mondiale en cette année 2005 avec une puissance logicielle renversante, dévastatrice des écumes et antiennes qui lénifient les profondes déchirures laissées par les prédations des Puissants. Les idéologies de déni de l’Altérité, la prétention à La seule et unique Civilisation, la science au secours du viol continental organisé prennent avec la verve décapante de Césaire une piteuse allure.

Aimé Césaire, écrivain, penseur, politique et poète martiniquais qui forgea le concept de négritude dans les années 30, réagissant à la contribution de l’élite lettrée européenne à l’œuvre matérielle et idéologique de colonisation, commis en 1950 le texte originel de Discours sur le colonialisme . Il fut d’abord publié dans la revue Présence africaine et sortit en édition livre, plus ouvert au grand public en 1955. Le caractère pamphlétaire et «faucheurs de grosses têtes» de cet écrit sanguin, bref, concis et circonscrit lui fit endurer d’amères critiques qui riment depuis avec la consécration négative obligée de chaque grand oeuvre. Il était impossible qu’un ouvrage d’une telle épaisseur intellectuelle, corrosif, monté contre la colonisation à cette époque bénie, soit accueilli avec enthousiasme dans une société sous l’emprise ancienne d’une démence coloniale rémanente. Pourtant l’œuvre a vaincu le mur du temps, de l’oubli et se trouve avantageusement redécouverte, revisitée.

Le Discours porte charge d’accusation contre la colonisation comme projet d’anéantissement de l’Autre, des cultures et sociétés extra-européennes. Il démontre l’incompatibilité inconciliable entre Civilisation et Colonisation, c'est-à-dire entre Colonisation synonyme de Torture et Civilisation synonymique de Liberté ! Et si il y a loin de la Colonisation à la Civilisation, il y a pire encore. La Colonisation travaille d’abord à dé-civiliser le colonisateur déchu de ses lettres et de sa science, réduit à un vulgaire sauvage, barbare, aliéné à sa puissance. C’est l’Ensauvagement de l’Europe, sa fin à l’universel en somme.

Aimé Césaire
Aimé Césaire
L’actualité française renvoie assez directement à la question coloniale en cette année 2005 où diverses initiatives en sens opposés se saisissent du fait colonial ; soit pour le questionner au regard de son legs dans les répartitions des places sociales et de l’équité mémorielle entre les enfants de la république, soit pour tenter de restaurer par la loi le lustre défraîchi du fantasme de la civilisation apportée. Ainsi a-t-on enregistré estomaqué comme dans une pure fiction, la réalité encore plus ahurissante d’une représentation parlementaire française légiférant à l’unisson sur le rôle positif de la colonisation et son enseignement obligatoire aux générations futures ! Stupeur, l’Empire contre-attaque.

Plus généralement les médias classiques, souvent mélanodermes de part la structure de leur capital et de leurs rédactions découvrent en 2005 un Malaise noir, objectivé par des discriminations, des exclusions, des asymétries de visibilités, une mémoire nationale au moins insuffisante et à relents révisionnistes. Là comme ailleurs la question coloniale se trouve à l’épicentre de la reconstruction identitaire républicaine.

Le 60ème anniversaire de la libération des camps de concentration nazis exemplifie lui aussi les horreurs de la colonisation, les affres de cette prétention de supériorité qui vite germe en délire exterminationniste, eugénique.

Césaire décrypte l’abomination nazie comme la continuation maximisée des mêmes traitements, violences, catégorisations, tortures, esclavisations que l’Europe unanime avait fait endurer aux Nègres, aux Algériens, aux Indiens, aux Autres. Si cette Europe civilisée ne s’était injectée le venin de la hiérarchie des races vis-à-vis des peuples extra-européens, elle n’aurait pas disposé de l’appareil idéologique et technique que les nazis ont prolongé contre les Juifs.

Les Européens reprochent-ils à Hitler en définitive d’avoir appliqué à leur variété ethnique de Blancs ce l’on avait coutume d’appliquer avec zèle aux Non-Blancs ; ce qui ne gênait personne lorsque les victimes étaient noires ou arabes, ces horribles erreurs de la proto humanité.

La lecture de Césaire balaie aussi tous les terrains d’occupation, de colonisation, de génocides d’actualité, Irak, Afghanistan, Tchétchénie, Palestine, Côte D’Ivoire, Rwanda, ainsi que les projets plus ou moins voilés de restauration d’un ordre colonial habillé de raison moderne [tentative de coup d’état par des privés britanniques en Guinée équatoriale]. Le monde croule sous les coups de boutoirs des propagandes de guerres voire de colonisations préventives, animées par le retour à la croyance dans «le choc des civilisations» de Huntington. Toutes ces rives doctrinaires nauséeuses et dérives idéologiques de domination trouvent dans l’éclairage public césairien une contrepartie cinglante de justesse, de sévérité et d’empathie universelle.

Le Discours sur le colonialisme de l’inventeur de la négritude, ce brûlot sacré de la littérature anticolonialiste ne ternit pas et pour cause. Son propos n’a rien d’autre en point de mire que la liberté humaine, débarrassée de tout ancrage ethnique, dépouillée de ses considérations de hiérarchies de races, de sexes, de religion, de sectes, de maçonneries, de classes et de castes, de relativité à l’altérité.

Déconstruction acerbe des légitimations fournies par l’armée des intellectuels commis au colonialisme et corrompus à sa chair et à ses agréments, cette œuvre explique autant qu’elle prédit l’avenir obscur du projet d’anéantissement, de chosification de l’Autre, du Faible à son propre projet.

Les lectures et relectures de cette pièce de choix parmi celles qui, intactes, usent le temps, ne feront pas trop de bien dans un suffocant univers phagocyté par l’information spectacle et la diversion médiatique systémique. La dissimulation et les milles persuasions inconscientes, clandestines qui transforment tout un chacun en agent pathogène vecteur de lambeaux auto reconstituants de domination trouveront toujours dans le Discours un antivirus libérateur.

Afrikara lance le Cinquantenaire du Discours sur le Colonialisme de Aimé Césaire avec ses partenaires éditeurs, librairies, médias, magazines parmi lesquelles Présence Africaine, Ani’bwe, Tamery, Afrobiz, Africa N°1, FPP, Menaibuc, 3A Télésud, … Des animations culturelles, jeux-concours, rencontres-débats, articles interprétatifs seront bientôt présentés en ligne, en plus des promotions et offres spécifiques de nos partenaires. Vous pourrez également commander le Discours et les œuvres** d’Aimé Césaire en ligne, dans la boutique Afrikara .



*Au cours d’une émission télévisée sur France 5 «Arrêt sur images» en mars 2005

** Les autres œuvres d’Aimé Césaire seront en ligne au début du mois de mai 2005, de même que celles de Cheikh Anta Diop dont Afrikara a initié le Cinquantenaire de l’œuvre culte, Nations nègres et culture.

Ze Belinga / Afrikara.com
Rédigé le Vendredi 22 Avril 2005 à 11:24 | Lu 3081 fois | 0 commentaire(s)





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