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Bringing down a dictator

Un film et un jeu vidéo non-violents pour faire tomber un dictateur

Comment faire tomber les dictateurs en douceur ? De la Serbie à l’Ukraine, une méthode s’est mise en place. L’Américain Peter Ackerman n’y est pas étranger. Prochaine cible : la Biélorussie.


Révolution, mode d’emploi

Bringing down a dictator
L'américain Peter Ackerman, fondateur de l'International Center on Nonviolent Conflict Centre international des conflits non-violents (ICNC) a réalisé le film Bringing Down a Dictator (La Chute d'un dictateur), un documentaire qui décrit la façon dont l'association étudiante serbe Otpor est parvenue à renverser Slobodan Milosevic en 2000.

Ce film a inspiré et guidé le dirigeant des démocrates géorgiens, Mikhaïl Saakachvili, devenu depuis président du pays. Mais l'idée qui tient le plus à cœur à Ackerman concerne le développement d'un jeu vidéo A Force More Pozverful, dans lequel les joueurs peuvent pratiquer virtuellement l'art de renverser les dictateurs.

Lorsqu’un groupe de dissidents géorgiens a préparé ce qui allait devenir la “révolution des roses” de l’automne 2003 contre Edouard Chevardnadze, il a décidé d’inaugurer une nouvelle culture de la résistance, mieux adaptée à un pays qui ne supportait plus le cycle soulèvement-répression. Le mouvement ne tolérerait aucune arme. Ses dirigeants ont réfléchi aux méthodes des militants américains pour les droits civiques et ont étudié les écrits du chercheur de l’université Harvard Gene Sharp, un théoricien de l’action non-violente. C’est cette stratégie qui a d’abord inspiré le jeune mouvement, lequel ne comptait alors que quelques centaines de membres. Mais, à mesure que la protestation prenait de l’ampleur, le mouvement a perdu de son emprise sur ses adhérents. Les manifestations ont bientôt rassemblé d’immenses foules en colère, qui n’avaient jamais entendu parler des sit-in pacifiques de Nashville, ni lu une seule ligne de Sharp. “Notre révolution s’est déroulée à toute vitesse. Tout s’est fait spontanément”, se souvient l’un de ses leaders, Gueorgui Meladze. “C’est à ce moment qu’est arrivé le film.”

Le film, c’est Bringing Down a Dictator [La Chute d’un dictateur], un documentaire qui décrit la façon dont l’association étudiante serbe Otpor est parvenue à renverser Slobodan Milosevic en 2000. Ce film a inspiré et guidé le dirigeant des démocrates géorgiens, Mikhaïl Saakachvili, devenu depuis président du pays. Et, alors que la révolution des roses approchait de la phase critique, le film s’est vu investi d’une haute mission. Il est devenu le principal outil permettant d’apprendre à des foules toujours plus importantes les principes de l’action non-violente. Chaque samedi, durant plusieurs mois, la chaîne de télévision indépendante Roustavi 2 a diffusé Bringing Down a Dictator, faisant suivre à chaque fois la projection d’un débat au cours duquel les Géorgiens discutaient des leçons que le film pouvait apporter. Au cours des dix journées frénétiques qui ont abouti à la chute de Chevardnadze [le 23 novembre 2003], la chaîne a multiplié les rediffusions. “Le plus important, ce fut le film”, déclara un dirigeant du mouvement au Washington Post. “Tous les manifestants connaissaient par cœur les tactiques utilisées à Belgrade parce que tout le monde avait vu le film… Chacun savait ce qu’il avait à faire.”

Bringing Down a Dictator n’a pas été produit par Freedom House ou le National Democratic Institute, ni par aucune des ONG [américaines] qui promeuvent la démocratie. Le film, réalisé par Steve York a porté les idées de Peter Ackerman, un financier qui a fait fortune à Wall Street. Ackerman prêche une théorie bien à lui du changement de régime. Il appelle cela le “conflit non-violent”. A la différence de Gandhi, Ackerman n’opte pas pour la non-violence en raison de sa supériorité morale. La vraie raison, affirme-t-il, c’est que les mouvements qui prennent la décision stratégique de renoncer à la violence réussissent beaucoup plus souvent à renverser des despotes que les mouvements violents.

Ackerman a développé ces idées dans deux livres qu’il a cosignés et deux films qu’il a coproduits. En 2002, il s’est associé avec un ancien camarade de fac, Jack DuVall, qui occupe un poste important dans la télévision publique, pour fonder l’International Center on Nonviolent Conflict [Centre international des conflits non-violents (ICNC)]. Le Centre a traduit les textes d’Ackerman en huit langues, financé leur diffusion à travers le monde et enseigné ses théories dans des séminaires regroupant des militants venus d’Iran, d’Irak et de Palestine. Ayant pu me rendre à de nombreuses reprises au Centre sur une période de plusieurs mois, j’y ai également rencontré de nombreux militants d’Asie centrale, venus ici dans l’espoir d’apprendre des méthodes non-violentes.

La révolution des roses – ainsi que les mouvements non-violents qu’elle a inspirés en Ukraine, au Kirghizistan et, dans une moindre mesure, au Liban – a donné raison à Ackerman et prouvé la validité de ses idées. Selon ses amis, lorsqu’il a entrepris il y a trois ans d’exposer ses principes aux hauts fonctionnaires et aux penseurs des cercles de réflexion, bon nombre d’entre eux l’ont pris pour un dilettante. “Je me souviens l’avoir vu parler devant un groupe de politiciens chevronnés”, raconte son ami et admirateur Azar Nafisi, l’auteur de Reading Lolita in Tehran [Lire Lolita à Téhéran]. “Il était clair qu’ils considéraient ce type comme un branquignole.” Et puis, soudain, le vent a tourné en sa faveur. Certains de ceux qui l’évitaient sont devenus ses meilleurs soutiens. Le département d’Etat a fait parvenir ses vidéos à des dissidents anticastristes vivant à Cuba (un fait qu’Ackerman ignorait jusqu’à ce que le régime arrête certains de ces dissidents, il y a deux ans, et les accuse d’être en possession de ses films). Quand certains responsables du département d’Etat préfèrent éviter un incident diplomatique, ils suggèrent aux militants venus leur demander conseil d’aller voir Ackerman.

Ses méthodes sont parfaitement adaptées au climat politique actuel. Les guerres contre les talibans et contre Saddam Hussein ont épuisé l’appétit américain pour les changements de régime par la force. Mais promouvoir la démocratie au Moyen-Orient et en Asie centrale demeure un objectif. Certes, il existe un grand nombre d’ONG qui conseillent et financent les militants en faveur de la démocratie, mais elles s’occupent principalement des mouvements qui ont déjà une ampleur suffisante. Or, dans certains pays comme l’Iran, ce genre de mouvement n’existe pas encore. C’est là qu’intervient Ackerman.

Il a fait la connaissance de Gene Sharp, qui allait devenir son mentor, lorsqu’il était étudiant à l’université Tufts. A l’époque où Susan Sontag allait à Hanoi et où le portrait de Che Guevara commençait à proliférer sur les tee-shirts, Sharp remettait en question l’image romantique qui entourait les révolutionnaires du tiers-monde. Pour lui, les marxistes se méprenaient sur la nature du pouvoir en affirmant que les régimes oppressifs parviennent à survivre parce qu’ils monopolisent la violence de la société. Or Sharp, s’appuyant sur Hannah Arendt et Max Weber, soutenait qu’un régime, quel qu’il soit, ne peut survivre que s’il obtient l’assentiment de la société. “L’obéissance est au cœur du pouvoir politique”, écrit-il. Si même les régimes les plus autoritaires dépendent du consentement social pour survivre, il en découle que les citoyens peuvent les faire tomber simplement en leur retirant ce soutien.

Ackerman a affiné la théorie de Sharp. Après s’être penché sur la révolution russe avortée de 1905 et sur le soulèvement de Gandhi contre les Britanniques, il a tenté de déterminer pourquoi certains mouvements non-violents réussissent tandis que d’autres échouent. Sa réponse n’est ni surprenante ni compliquée : les mouvements qui réussissent sont ceux qui sont soigneusement organisés et qui se fixent des objectifs limités et accessibles.

En 1989, après treize années passées dans une banque d’investissement, il renoue avec ses racines universitaires et trouve une place à l’International Institute for Strategic Studies de Londres, où il reprend les 1 100 pages de sa thèse pour en tirer un manuscrit plus digeste. Il reconnaît que son livre, Strategic Non Violent Conflict [Conflit non-violent stratégique], n’a pas été un coup de tonnerre éditorial. Après sa publication, en 1994, il regagne les Etats-Unis pour reprendre ses investissements, mais, à sa grande surprise, son livre commence à faire du bruit. Ackerman participe à un documentaire de PBS intitulé A Force More Powerful [Une force plus puissante], fondé sur les exemples de différents mouvements historiques qu’expose le livre, et qui sera diffusé en 2000. Dès lors, Ackerman est contaminé par le virus du film. Il poursuit en coproduisant un documentaire sur Otpor, le mouvement étudiant anti-Milosevic qui a attiré son attention en 1999.

Otpor allait devenir l’exemple type des théories de Sharp. Le mouvement avait unifié ultranationalistes et sociaux-démocrates autour d’un objectif unique et accessible : des élections libres et équitables. Au lieu de concentrer ses efforts sur les seules grandes villes, comme Belgrade ou Novi Sad, Otpor avait pris soin de disperser ses partisans dans toutes les provinces yougoslaves. Cela empêchait le régime de les éliminer facilement. Et, surtout, le mouvement contestataire avait obéi à la principale injonction de Sharp en nouant un dialogue avec la police et les militaires. On envoya même des fleurs aux soldats. Chaque manifestation avait recours à l’humour afin de convaincre les policiers qu’on ne leur voulait aucun mal.

Des dissidents du monde entier commencèrent à demander des copies du film à Ackerman et à Steve York. Lorsqu’ils reçurent les cassettes, ils se dirent que l’ICNC pouvait les aider à rééditer l’exploit des Serbes. “Ils venaient nous voir pour nous demander comment faire la même chose”, se souvient Ackerman. Bien sûr, des ONG comme Freedom House ou la National Endowment for Democracy forment des dissidents depuis de nombreuses années, mais Ackerman était persuadé d’apporter une méthodologie inédite et plus efficace pour atteindre les mêmes objectifs. Depuis deux ans, l’ICNC a développé un programme de formation à destination des personnes aspirant à un changement de régime dans leur pays. Cette formation leur apprend à appréhender la topographie du pouvoir politique, à identifier systématiquement les faiblesses du régime et à développer des stratégies permettant de les exploiter. Ackerman a engagé plusieurs dirigeants d’Otpor pour rédiger une première ébauche de programme. Celui-ci est conçu en partie pour être enseigné dans des centres de formation dispersés aux quatre coins du monde. Mais Ackerman a également l’intention de le mettre en ligne sur Internet sous forme d’un document téléchargeable. “Dans sa forme idéale, explique Ackerman, il s’agit d’une stratégie de vente pyramidale.”

Afin de tester et d’affiner son programme, Ackerman s’est impliqué dans des conflits réels. Bob Helvey, un autre protégé de Sharp et l’un des gourous d’Otpor, a formé des activistes venus d’Irak, d’Iran et de pays qu’Ackerman préfère ne pas nommer. Il a envoyé un formateur en Palestine durant douze jours, afin de créer une avant-garde non-violente capable de rivaliser avec le Hamas. Depuis plusieurs années, Ackerman organise des conférences où interviennent des activistes venus de tous les horizons. Les vétérans auréolés de gloire des combats contre Pinochet ou contre l’apartheid sud-africain y rencontrent des collègues impliqués dans des luttes en cours, comme ceux de Myanmar ou du Zimbabwe. L’été dernier, il a rassemblé dans la banlieue de Montréal des militants de plus d’une douzaine de pays pour une semaine d’étude et de solidarité. “Nous ne pouvons révéler leur nationalité, déclare Ackerman. Mais vous n’avez qu’à penser aux vingt plus grands enfoirés de la planète et vous aurez une idée de leur pays d’origine.”

Mais l’idée qui tient le plus à cœur à Ackerman concerne le développement d’un jeu vidéo qui reprend l’intitulé du documentaire de PBS, A Force More Powerful, et dans lequel les joueurs peuvent entre autres pratiquer virtuellement l’art de renverser les dictateurs. Ackerman a dépensé 3 millions de dollars pour sous-traiter le projet à une entreprise du nom de BreakAway Games, qui a contribué à produire la série à succès des jeux vidéo Civilization. Un matin d’hiver, je me suis rendu au siège de BreakAway, dans la banlieue de Baltimore, afin d’y tester une version bêta du jeu.

Afin de mieux connaître ce qui se passe dans l’esprit d’un dictateur, Ackerman a envoyé des vétérans d’Otpor chez BreakAway, ce qui explique que le jeu soit fortement marqué par l’expérience serbe. L’écran d’ouverture présente un pays générique des Balkans dont les villes portent les noms de Darko Milicic et d’autres basketteurs serbes de la NBA. Je clique sur un des noms, et une vue aérienne de rues et de bâtiments apparaît. Un message m’informe qu’un dirigeant étudiant de mon mouvement a été emprisonné. Le message précise que mon objectif immédiat est de le libérer. En bas de l’écran, un tableau présente quatre leaders du mouvement. Je clique sur une icône, qui ouvre à son tour un tableau illustrant leurs liens organisationnels. Un autre tableau montre les points forts et les faiblesses des dirigeants, chacun étant noté en fonction de caractéristiques personnelles, comme la créativité ou l’enthousiasme. Sur le côté de l’écran, un compte en banque affiche mes ressources. Pour l’heure, mon mouvement a l’air bien faible.

Pour mon premier coup, plusieurs options s’offrent à moi. Je peux choisir de dépêcher un responsable à Washington afin de recueillir de l’argent auprès d’une ONG, mais cela prendrait du temps. Je peux distribuer des tracts devant la station de radio dans l’espoir de gagner son directeur à notre cause. Malheureusement, le mouvement ne dispose pas de rédacteurs compétents. Pour regonfler le moral vacillant de mes troupes, je pourrais organiser un concert rock, mais cela épuiserait mes maigres ressources. Au bout du compte, dans un accès de donquichottisme, j’envoie un camarade crier des slogans à la face du dictateur. L’ordinateur m’informe que cette action a accru la visibilité du mouvement, ce qui est positif. Mais cela nous a également fait remarquer par le régime, ce qui augmente énormément les risques d’arrestations et de harcèlement à notre encontre.

Peter Ackerman caresse de grands espoirs avec ce jeu. Lorsque A Force More Powerful sortira, à l’automne, l’ICNC a l’intention de le distribuer gratuitement sur Internet. Il sera évidemment traduit en différentes langues, mais il sera aussi adapté aux circonstances locales. Ainsi, un adolescent biélorusse pourra jouer sur une version présentant des rues de Minsk instantanément identifiables. Le dictateur Alexandre Loukachenko et les brutes qui répriment les opposants au régime depuis dix ans y seront représentés. “Ce jeu devrait aider les militants à choisir les objectifs qu’ils doivent se fixer et dans quel ordre, me confie Ackerman. Il les aidera à déterminer quelles tactiques adopter.”

Parce que BreakAway conçoit également des war-games pour le Pentagone, A Force More Powerful emprunte largement aux modèles que les galonnés américains utilisent pour mettre au point leurs stratégies. Avant d’exécuter les manœuvres, le jeu exige des participants qu’ils définissent leurs plans dans le moindre détail. Tel est précisément son principal objectif : placer les militants dans un état d’esprit stratégique, où ils cessent d’improviser et ne se contentent plus de réagir. Les programmeurs ont également introduit des paramètres aléatoires dans le déroulement du jeu. Même si vous faites trois parties avec la même stratégie, vous pourrez obtenir trois résultats différents.
Malgré la fougue qu’il met à dépeindre l’évolution potentielle de tel ou tel mouvement, Ackerman, à la fin de nos entretiens, semble presque frustré, comme s’il ne parvenait pas à croire que le reste du monde ne reconnaisse pas l’évidence de ses idées. Il laisse échapper un profond soupir. “Ce n’est pas parce que ça paraît difficile que ça ne vaut pas le coup d’essayer”, conclut-il.

Source Courrier international

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Rédigé le Mercredi 12 Juillet 2006 à 18:46 | Lu 2694 commentaire(s)





1.Posté par josé le 21/10/2006 10:33 | Alerter
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je suis en RDC Kinshasa
je cherche comment avoir le support du film "bringing down a dictator".
S.V.P


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