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Au nom du père et du fils et de J.M. Weston

Julien Mabiala Bissila continue de porter l’histoire du Congo en lui

Dans sa dernière création, l'auteur, acteur et metteur en scène congolais évoque la guerre civile qui déchira son pays en 1997 et la sape, expression élégante d'une résilience à toute épreuve.


Le TARMAC, Julien Mabiala Bissila. Photo © Andrea Magda
Le TARMAC, Julien Mabiala Bissila. Photo © Andrea Magda
Il faut toujours se méfier des apparences. C’est bien connu, elles sont souvent trompeuses. À quelques jours de la première de sa nouvelle création, Au nom du père et du fils et de J.M. Weston, Julien Mabiala Bissila a accepté de suspendre les répétitions le temps d’une interview. Pourtant, la moindre minute est précieuse. Une course contre la montre des plus stimulantes vient de s’engager sur la scène du théâtre du Tarmac, à Paris. Et la tension monte. Le jeu des acteurs n’est pas encore prêt. Il reste à concevoir les lumières, à préciser la scénographie. Voix et attitude posées, l’homme de théâtre congolais pourrait aisément passer pour un homme serein si la douceur et le calme affichés ne dissimulaient un feu intérieur ravageur et une sensibilité que l’on soupçonne extrême.

Cette rage qui le consume, Julien Mabiala Bissila l’exorcise par l’écriture. L’acteur, formé auprès de son compatriote Jean Jules Koukou et qui a découvert le théâtre avec les pièces de Molière, de Sartre, de Césaire ou de Senghor… contenues dans la vaste bibliothèque de son père instituteur, explique que la guerre civile de 1997 a été l’élément déclencheur. Le traumatisme qui a amené celui qui a dû se cacher dans la forêt pendant deux ans à devenir l’auteur de textes où l’humour et l’ironie se jouent de l’horreur. Où le français se réinvente et se plie aux réalités congolaises. Une audace récompensée en 2014 par le prix Théâtre RFI pour sa pièce Chemin de fer, qui évoque la monstruosité et l’abject qui se sont abattus sur Brazzaville il y a près de vingt ans. La guerre et ses séquelles, toujours vivantes, toujours vécues, nourrissent le travail de Julien Mabiala Bissila, qu’il s’agisse de sa pièce Imagine !, qui évoque un fort désir d’ailleurs, ou du remarqué Crabe rouge, qui revient sur le procès de l’affaire dite des disparus du Beach.

Une écriture mémorielle

Dans Au nom du père et du fils et de J.M. Weston, deux frères, Criss (Criss Niangouna) et Cross (Julien Mabiala Bissila) recherchent la concession familiale, où ils ont enterré une paire de chaussures J.M. Weston avant de fuir les bombardements. Ce retour chez soi est un retour en arrière qui conduit les deux frères à revivre la mort du père et le long supplice de la mère. Ce passé qui ne passe pas tambourine sauvagement à la porte qu’une mémoire qui cherche à se protéger veut garder close. « Mais merde !, s’exclame Criss. Ne me demande pas de revivre la scène, là en ce moment, présent, passé, présent, passé, présent alors que je veux du futur ! Là dans moi, pendant que mes méninges tentent de se rafistoler un morceau de vie standard ! » Mais quel destin construire « dans un pays où la kalache est un gros stylo » qui sert à dessiner l’avenir ?

Si, chez Bissila, l’écriture est cathartique, elle est aussi mémorielle. « Après avoir extériorisé ce qui nous ronge, on peut passer à autre chose, prétend-il. Mais il nous faut aussi faire notre devoir de mémoire. Quand on vit dans une société où les gens ne peuvent s’exprimer et évitent de parler de ce passé, l’auteur de théâtre se fait historien. Les traces de ce conflit sont toujours très visibles. On vit avec. La guerre continue sous une autre forme. Quand je vois que vingt ans après on en est encore là, qu’on s’affronte toujours et qu’il y a des morts, j’en ai la nausée. On ne peut pas toujours régler les problèmes par la violence. Il faudra bien un jour dialoguer. »

S’il continue de porter l’histoire du Congo en lui, Julien Mabiala Bissila, aujourd’hui installé en France, à Lyon, se penche également sur d’autres narrations. Le metteur en scène, régulièrement invité à Limoges par le Festival des Francophonies en Limousin, travaille notamment sur la rencontre (Zokwezo, qui sera jouée à Genève en 2016), les notions de frontière et de voyage avec la compagnie suisse Zavtra (Transes) ou encore sur les réalités des banlieues françaises à l’occasion d’une résidence menée à Marseille dans les quartiers Nord. À 39 ans, celui qui a trouvé la force de continuer à vivre auprès d’un
« vieil alcoolique philosophe » à qui il rend hommage dans chacune de ses pièces à travers le personnage de Bayouss (interprété dans Au nom du père et du fils et de J.M. Weston par Marcel Mankita) dit écrire « pour aller vers quelque chose de meilleur pour l’avenir. Qu’on le veuille ou non, le théâtre est politique parce que la vie est un combat. La meilleure façon de vaincre ses peurs, c’est de les affronter. »

« Au Congo, le chaos a engendré une véritable créativité littéraire et artistique, avance Julien Mabiala Bissila. Quand on n’a pas les moyens de parler, on passe par l’art pour s’exprimer autrement. » Le phénomène de la Sape et de ce goût immodéré pour les luxueuses tenues élégantes, sinon extravagantes, ne s’explique pas autrement. « La Sape, c’est la guerre, analyse-t-il. Ça peut paraître dérisoire mais c’est une manière d’exister, de dire « je », de s’affirmer dans un monde de misère. C’est une réponse non violente à la question sociale. C’est une manière de dire que l’on ne se laissera pas écraser.

Source Jeune Afrique
Affiche d'Au nom du père et du fils et de J.M. Weston © DR
Affiche d'Au nom du père et du fils et de J.M. Weston © DR

Par Séverine Kodjo-Grandvaux
Rédigé le Lundi 23 Novembre 2015 à 11:16 | Lu 253 fois | 0 commentaire(s)






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