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Arts et Cultures Africains.

Droits de Propriété Occidentaux

Le plus légalement du monde, devant l’apathie caractérielle de bien des professionnels et responsables africains préposés à la préservation du patrimoine culturel, les dessins et motifs africains provenant de l’esthétique millénaire du continent font l’objet d’une protection juridique internationale de la part des milieux de conservateurs, d’experts et spéculateurs occidentaux.


Arts et Cultures Africains.
Cela se passe à Washington en 2003, un haut responsable africain dans une institution internationale du développement souhaite avoir un motif et une symbolique africaine sur la couverture du rapport annuel sur lequel il travaille. Ceci peut paraître banal, même si de telles initiatives, naturelles chez les décideurs du monde entier échappent aux préoccupations des hiérarques africains infectés par des iconographies d’aliénation, mentalement décomposés par des putrides complexes d’infériorité culturelle.

Notre passionné d’art africain envisage donc de faire figurer en couverture d’un rapport relatif au développement, un motif africain authentique et original, après avoir pris les précautions juridiques d’usage, qui, pensait-il, devaient relever de la formalité vite exécutée. Mal lui en a pris puisque après vérifications, un cabinet d’expertise des plus connus sur la place, annonçant dans les grands magazines spécialisés dans l’African Art avait protégé ce motif et aucune utilisation ne pouvait en être faite sans en recourir au propriétaire légal, c’est à dire le conservateur et vendeur occidental.

Dit autrement une oeuvre d’art africaine est propriété intellectuelle légale d’un non africain, lequel l’a protégée juridiquement comme sienne, et peut en user à sa guise. A contrario un africain ne saurait avoir accès à cet artéfact produit par ses ancêtres et sa civilisation que par le bon vouloir loin d’être acquis du spéculateur occidental, propriétaire, possesseur, jouisseur exclusif…

Il en va des motifs, design et oeuvres plastiques comme des produits de la pharmacopée, des plantes médicinales dont use la majeure partie des africains économiquement éloignés de l’univers de l’hôpital et de la santé injustement dite publique. En effet à mesure que les laboratoires pharmaceutiques se rapprochent par des méthodes directes ou plus souvent obliques voire par des partenariats, des aides et soutiens logistiques au tradithérapeutes, d’énormes répertoires de savoir-faire risquent de tomber entre les mains diligentes des firmes multinationales. Par le biais des législations omcistes prédato-libérales relatives aux droits de propriété, il est à craindre que les Africains terminent interdits de leurs propres plantes de jardin.

Ces colossales pertes effectives et surtout à venir, ces déstructurations de patrimoines culturels évadés vers des appareils de production industriels d’où ils reviendront à prix d’or en importations, n‘ont pas la noblesse des grandes questions africaines comme le Nepad, l‘Union africaine, les PAS et les intégrations régionales. Les richesses culturelles ne déclenchent pas les grands séminaires, les dispendieux événements pour faire briller les grandes dames, la défense de l’essentiel ne donne pas encore matière aux orgies budgétivores et parasites consommatrices de démesures, par conséquent ces ressources n’existent qu’à peine à la reconnaissance officielle. Elles ne font tout simplement pas partie du débat sur une Afrique exsangue, qui se laisse paupériser et exproprier avec l’onction des élites, piteusement attachées aux sombres théâtres sociétaux des démonstrations et ostentations de fortunes agglomérées sans richesses durables.

Les institutions affectées à la gestion de ce type de question, l’Unesco et l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle voguent de séminaires en séminaires, de colloques en réunions stratégiques, de plans d’action en jérémiades, de temps en temps une statue retrouve le chemin de l’Afrique. Les médias immortalisent l’événement, ce n’est pourtant pas d’événement qu’il s’agit, mais d’un macabre « avènement », celui d’une culture, d’une civilisation dépossédée, celui d’un règne planétaire de la razzia, des violences multiformes, des prédations autorisées.

A Bamako, dans un musée local fort bien tenu consacré à la civilisation malienne, carrefour historique d’une myriade de peuples et traditions industrieuses, une légende au bas d’une pièce textile traditionnelle datée du moyen âge européen signe une inoubliable magnanimité : « Offert par Jacques Chirac »…

Agni Blé / Afrikara.com
Rédigé le Mardi 27 Juillet 2004 à 00:00 | Lu 2672 fois | 0 commentaire(s)





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