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Afro-Colombiens

Afrodescendants en Lutte de renaissance

La Colombie compte aujourd’hui plus de 10 millions d’Afro-Colombiens descendants d’esclavisés africains déportés pendant la traite négrière. Cette population fait l’objet, comme bien des Afrodescendants des Amériques si ce n’est tous pris en tant que communautés, de discriminations et exclusions raciales qui puisent dans le passé une raison d’être que les victimes tentent de remettre en cause. Cimarron, le mouvement afro-colombien de défense de leurs droits œuvre à une revalorisation culturelle de ces communautés en mal d’être en servant d’aiguillon à leurs revendications de justice sociale et de mesures positives à leur endroit. Beaucoup reste à faire mais des progrès sont réalisés, institutionnellement.


visage enfant
visage enfant
Les Afro-Colombiens que l’on rencontre dans les grandes villes et anciens ports négriers comme Cartagena, Buenaventura, Cali, Turbo, Barranquilla ou Medellin sont les descendants des Africains introduits en Colombie par les conquistadors espagnols pendant la traite négrière. Ils représenteraient aujourd’hui 30% de la population colombienne mais demeurent traités et auto-perçus comme une minorité, en dessous de tous les standards de vie nationale. Originaires des actuels Guinée, Sénégal ou Angola, ils ont gardé par endroits des traits culturels de leurs terres de déportations, telle cette langue proche du Kikongo encore parlée au nord près de Cartagena par une communauté marronne [Palenque] de San Basilio. Les Afro-Colombiens ont historiquement laissé des traces de lutte anti-négrière d’une bravoure et d’une ingéniosité remarquables, parvenant à constituer des communautés de résistants protégées par des fortifications, échappées du joug des maîtres et implantées dans des forêts vierges ou dans des montagnes quasiment inaccessibles. Ces communautés, les Palenque et les autres originaires d’Afrique sortis formellement de l’esclavage avec l’abolition en 1851, avaient pour bien d’entre elles racheté leur liberté au prix de durs labeurs, et d’endettements qui ont prolongé longtemps une condition servile de facto.

La situation des descendants d’esclavisés africains en Colombie est matériellement catastrophique, la plus basse condition du pays avec un facteur racial très fort.

Les discriminations et le racisme frappent la totalité de l’existence des Afro-Colombiens, les dimensions symboliques, qualitatives non mesurables et celles plus quantifiables des variables socio-économiques.
Le rapport du Conseil économique et social de l’ONU du 13 janvier 1997 détaille les inégalités et discriminations rencontrées par les Afro-Colombiens :

«Selon le mouvement CIMARRON, la discrimination à l'encontre des Afro-Colombiens s'illustre comme suit : 80 % de leurs besoins élémentaires ne sont pas satisfaits; 60 % vivent dans une grande pauvreté, au-dessous du seuil de pauvreté; 79 % touchent un salaire inférieur au minimum légal; 7 % perçoivent un salaire inférieur à 40 dollars; l'espérance de vie est de 55 ans comparée à 60 ans pour la moyenne nationale. Par ailleurs, le mouvement CIMARRON soutient qu'il existe une discrimination entre Colombiens. Ainsi, développe-t-il, les besoins en eau et électricité sont insatisfaits à 86 % pour les Noirs, 45 % pour les Blancs; pour les services d'adduction d'eau, 10 % pour les Noirs sont satisfaits contre 78 % pour les Blancs; 79 % des décès dans le Pacifique sont imputables au choléra et à la défaillance des services de santé; de même, sur 500 000 cas de paludisme par an, 100 000 sont recensés dans la région du Pacifique. » Selon ce même rapport les disparités dans le domaine de l’éducation sont énormes :

Taux d'analphabétisme : Noirs, 43 % en zone rurale et 23,2 % en zone urbaine; Blancs, 20 % en zone rurale et 7,3 % en zone urbaine;

Taux de scolarisation : 1. primaire, 60 % pour les Noirs contre 70 % pour les Blancs en zone urbaine;
et 73 % pour les Noirs contre 41 % pour les Blancs en zone rurale; 2. secondaire, Afro-Colombiens 38 % contre 88 % pour les Blancs en zone urbaine; 3.université, sur 100 jeunes Noirs des communautés urbaines, deux seulement accèdent à l'Université; 80 % des Afro-Colombiens ne peuvent pas payer les études universitaires.

Les conditions d’existence, de survie de ces communautés ne leur permettent pas de suivre une scolarité correcte, les origines sociales trop pauvres étant une sélection difficile à franchir. De plus beaucoup de communautés se trouvent piégées dans des zones de conflits où les enfants sont enrôlés par des paramilitaires quand ils ne subissent pas leurs criminelles lois. Il est probable que 30% à 50% des populations afro-colombiennes soient déplacées par les conflits ce qui aggrave leur pauvreté.

Du point de vue qualitatif, les Afro-Colombiens vivent dans l’humiliation permanente, leur couleur de peau étant un objet de raillerie, les personnages noirs des films étant des caricatures dévalorisantes. Les mots courants et expressions populaires comparent les Noirs à des voleurs, des inférieurs, subalternes et les femmes palenque [palanqueras] sont utilisées comme des images de cartes postales sans leur consentement et renvoyées aux travaux vils et ingrats. Ces stéréotypes sur la laideur, la méchanceté, le négatif en soi perturbent les jeunes afro-colombiens qui peinent à assumer leur identité, se diluant dans une masse informe, fuyant la folklorisation qui stigmatise leurs pratiques culturelles. Cette acculturation est très forte et caractéristique d’une communauté dominée matériellement et culturellement.

Le mouvement afro-colombien Cimarron se bat donc pour réaliser une renaissance culturelle par la revalorisation identitaire qui permettrait à ces descendants d’Africains de retrouver une estime de soi, faire disparaître leurs complexes de peau, de traits négroïdes et de cheveux insuffisamment lisses. Les pratiques culturelles anciennes, danses, langues, traditions sont encouragées, stimulées afin de réactiver les mécanismes de la mémoire. Depuis 1991, une constitution nouvelle reconnaît la diversité culturelle et la protège. Elle condamne le racisme et ouvre à des mesures de discriminations positives dans l’éducation, l’appropriation des terres, la participation à la vie nationale. L’article 55 de la constitution de 1991 devenu article N°70 en 1993 permet de mettre sur pied des mesures d’action affirmative allant de la création de services administratifs, municipaux, gouvernementaux dédiés aux problèmes des Afro-Colombiens, à la participation des communautés à la conception des plans de développement. L’ethnoéducation devrait corriger les effets d’aliénation du système scolaire ancien, post-colonial en se rapprochant des demandes scolaires et culturelles des Afrodescendants.

Afrikara.com
Rédigé le Mercredi 12 Avril 2006 à 08:06 | Lu 5842 commentaire(s)





1.Posté par ryann972 le 20/05/2007 19:22 | Alerter
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Merci pour ce topo interessant de l'histoire afro colombienne, petite anecdote j'ai appris l'existance des noirs en Colombie en 1996, lorsque l'album de Youri Burenaventura "herencia africana" a fait du succès en Martinique , avant ça je pensais qu'il y avait que des indiens et des espagnols


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