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ANGA DIAZ

Le maître des congas

Le maître des congas Anga Diaz signe un premier projet solo iconoclaste à partir de l'héritage afro-cubain. Une rencontre idéale et nomade où se croisent Dee Nasty et Cachaito Lopez, Chucho Valdes et Magic Malik



Anga Diaz
Anga Diaz
Anga Diaz a suffisamment fait claquer ses percussions un peu partout autour du globe pour ne pas craindre les défis. Après la vague d'albums et de concert liés de près ou de loin au phénomène Buena Vista auquel il a grandement participé, son premier projet en leader vient bousculer avec brio la tradition cubaine. « Cet album, c'est un peu la vision expérimentale et nomade d'un Cubain d'aujourd'hui proposée comme une possible prolongation de l'oeuvre de tous ces musiciens historiques. Certains auditeurs vont lever les sourcils en écoutant, mais après... J'ai réuni des artistes du monde entier dans des studios de Londres, Paris et La Havane, transformés en laboratoires. » Dee Nasty, Malik Mezzadri, Baba Sissoko, mais aussi Cachaito Lopez, Rubén Gonzalez (pour sa dernière apparition), Chucho Valdes entourent le natif de San Juan y Martinez, dans la province de Pinar del Rio. À 44 ans, ce maître des congas passé par les filières classiques de la musique cubaine a choisi d'inviter autour de ses fûts les partenaires rencontrés au cours d'une carrière parsemée de multiples expériences.

Né Miguel Aurélio Diaz en 1961, formé par le système éducatif cubain, Anga Diaz commence à dix ans l'apprentissage du folklore à Pinar Del Rio, avant de rejoindre à quinze ans la Havane et son Ecole Nationale d'Arts (ENA). Contrairement aux clichés, les percussions s'étudient aussi en cours, avec des programmes encadrés. « Il y a des lieux consacrés à la musique partout sur l'île. Personnellement, j'ai choisi d'abord la batterie, mais l'enseignement ne se limitait pas à la maîtrise d'un instrument. Comme interne, pendant huit années au total, je me suis trouvé exposé à d'autres disciplines : la composition, l'harmonie, le patrimoine des autres cultures, mais aussi la danse, les arts plastiques. Donc, je me sens musicien avant d'être percussionniste. »

En 1978, il entre dans le groupe Treceto, la formation de l'ENA, rebaptisée plus tard Bus Trece, avant d'incorporer en 1987 le mythique Irakéré, conduit par le pianiste Chucho Valdès. « J'avais le trac. Mon prédécesseur, El Nino Alfonso, avait un style différent du mien. J'ai regardé une vidéo pour visualiser sa façon de taper les congas, de placer ses mains, son tempo. » Anga Diaz commence à utiliser cinq toms en même temps. Aujourd'hui, il en est à sept ! « Ce n'est pas le plus difficile. Il faut parfaire sa coordination et l'harmonie entre les sonorités de chacun des congas. Mais finalement, le plus révélateur pour un percussionniste reste de jouer tous les sons sur un seul tambour. » Tata Guïnes le prend un temps sous son aile, mais Anga Diaz scrute le style de toutes les grandes figures de l'instrument.

Fin des années 1980, Irakéré tourne dans le monde entier. Mis en appétit par la découverte des jazzmen sur les grands festivals, le musicien décide de s'expatrier en Europe et débarque à Paris en 1995. « J'admirais Miles Davis, un de mes héros, j'avais jammé avec Chick Corea un soir : tout cela m'a poussé à découvrir d'autres types d'expression. » En France, Anga Diaz rencontre Steve Coleman. Il entre dans le monde très singulier du saxophoniste et se passionne pour son jazz quasi-mathématique. « Il nous donnait des schémas à tous, mais rien n'était figé. À vous de vous déplacer autour de ces pistes en écoutant les autres. J'ai beaucoup avancé avec Steve. À Cuba, il notait une clavé particulière, la transposait ensuite pour son propre travail : c'était minutieux, pointu et exigeant. » Peu après, un autre Américain, Roy Hargrove, monte Crisol, un projet plus classique de jazz afro-cubain. « Le jazz et la musique cubaine, depuis Chano Pozo et Dizzy Gillespie, continuent de se fasciner mutuellement : les Américains adorent la richesse de nos rythmes, ils ouvrent notre esprit à plus d'improvisation. »

De Paris à Barcelone
Instrument oblige, Anga Diaz s'immisce aussi dans de nombreuses soirées parisiennes, croise le DJ Dee Nasty, Malik Mezzadri, puis récemment le Malien Baba Sissoko. À la fin d'une journée d'atelier à Lille, il invite ce dernier à La Havane pour se joindre à son projet en préparation. « Je vois cette session comme une messe spirituelle. Les participants n'ont pas reçu dix mille instructions. Connaissant leur personnalité, je souhaitais les laisser libres, inviter leurs esprits autant que leurs talents. » Les scratches et mix géniaux de Dee Nasty séquencent un roulis de congas, le ngoni de Baba Sissoko embarque un danzon du côté de Bamako, des traits de flûte passent, des cordes enveloppent les intervenants sur une version de « Round Midnight » où la mélodie file sous les doigts du conguero : de ce magma d'éléments disparates au premier abord, émerge un son fascinant, d'essence afro-cubaine, métissé avec minutie. Le percussionniste s'y montre davantage aiguilleur qu'instrumentiste.

Globe-trotter - « à part jouer avec des Russes ou des Japonais, je ne sais pas ce qui manque à mon CV » -, Anga Diaz est aujourd'hui installé à Barcelone. Habitué à prêter main forte à ses leaders (le dernier en date, Omar Sosa), il a digéré ses collaborations avec beaucoup d'intelligence. « Ce n'est pas la revanche du cogneur (rires). Je ne suis pas toujours au premier plan, loin de là. Je tenais par exemple à cette version de « A Love Supreme » très mystique au coeur de l'album. Coltrane est une source d'inspiration majeure. » Echu Mingua, le saint protecteur d'Anga Diaz dans la religion Yoruba, veille sur ce projet audacieux où les racines ne sont pas oubliées : « Conga Carnaval », un air de danse irrésistible conclut ainsi cet enregistrement pharaonique par des retrouvailles caliente avec Irakéré et le légendaire Chucho Valdes au piano. « Chez nous, tout finit par une fête. » Et pour clarifier les choses, Angà Diaz tient à ajouter : « J'ai adoré accompagner les grands du Buena Vista. Ils représentent nos racines, notre histoire, ce que j'appellerais la musique classique traditionnelle cubaine. Je suis fier de les avoir côtoyés. Si ma génération et celles qui suivent s'échappent vers des créations plus aventureuses, c'est justement parce que nous avons pour héritage une culture si forte et si riche. »


Angà Diaz, Echu Mingua
(World Circuit/Night&Day)

vibrations

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© Vibrations et Romain Grosman
Rédigé le Lundi 1 Août 2005 à 09:05 | Lu 3015 fois | 0 commentaire(s)





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