Connectez-vous
BASANGO
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager

A la rencontre de Théophile OBENGA

Un intellectuel au sens pleinement africain du terme

Il y a quelques mois, le magazine AFROBIZ a publi?une interview riche et touchante de notre cher professeur Obenga.


T. Obenga (Source : ASCAC)
T. Obenga (Source : ASCAC)
Amob?M. : Professeur Obenga, merci de nous consacrer un peu de votre temps pr?ieux. Nous savons que vous ?es un homme occup?par de nobles causes et tr? sollicit? C'est un plaisir, un honneur pour la r?action d'Afrobiz de recueillir vos propos et d'en rendre compte ?toute l'Afrique et ses diasporas et essentiellement en direction de la jeunesse.

Ouzire A. reviendra sur votre enfance, votre itin?aire, vos combats aux c?? du regrett?savant Cheikh Anta Diop, votre rencontre avec l'immense homme qu'il a ?? les travaux que vous dirigez ainsi que les cours que vous donnez actuellement aux Etats-Unis. Mais tout d'abord, nous souhaitons savoir l'?at des lieux que vous faites du continent apr? plusieurs d?ennies de combats, comment percevez-vous sa jeunesse actuelle et quel est le message que vous aimeriez lui adresser.

T. Obenga : Je suis aussi tr? heureux de participer ?cet entretien et je suis en tout cas ?erveill?par le travail que vous MVG et votre ?uipe ?es en train d'effectuer avec le Mouvement Sankofa. J'ai ???erveill?par le magazine Afrobiz et il faut continuer dans ce sens. Vous ?es la preuve que la jeunesse africaine existe et vit sur le continent et en dehors ; et qu'elle se bat au milieu de mille difficult?. Ce qui est important est que le peuple africain dispose d'une jeunesse. Un peuple sans jeunesse est un peuple sans avenir alors qu'un peuple qui poss?e une jeunesse a l'avenir devant lui parce que la jeunesse, c'est le moteur.

L'Afrique, comme toute autre nation d'ailleurs, a la jeunesse qu'elle m?ite. Depuis quarante ans apr? les ind?endances sinon plus, nous avons pratiqu?une ?ucation faite de mim?isme et nos jeunes ont des dipl?es mais n'arrivent finalement pas ?avoir du travail dans leur propre soci?? Donc notre syst?e ?ucatif est davantage un syst?e tourn?vers l'ext?ieur qui finalement ne cadre pas avec les r?lit? africaines. Sinon comment un continent qui est dit en voie de d?eloppement, qui a donc du travail en perspective et en a les potentialit? peut-il ne pas donner du travail ?ses jeunes ? Il y a l?une contradiction.

S'agissant de l'?at d'esprit de cette jeunesse, je dirai qu'elle ne s'?anouit pas r?llement faute d'encadrement v?itable. Tout pays, toute nation qui se projette sur le long terme se doit de prendre en charge sa jeunesse d? le plus jeune ?e, l'?uquer et canaliser son ?ergie afin que celle-ci ne serve ?des choses futiles et malsaines. Et lorsque la jeunesse s'ennuie et para? d?쐕vr? comme en Afrique, c'est ce qui arrive.

Ouzire A. : Que pr?onisez-vous pour ?iter que cette jeunesse ne soit galvaud?, ce qui serait une perte ?orme pour l'Afrique ?

T. Obenga : L'?ucation est la principale solution. Elle est primordiale pour la jeunesse et lorsque je parle d'?ucation, il s'agit de l'?ucation au sens pluriel du terme : scolaire, familiale, sociale etc. J'enseigne depuis quelques ann?s au Etats-Unis et j'ai la possibilit?de voir comment les occidentaux et maintenant les asiatiques ne l?inent pas sur les moyens pour parfaire la formation de leurs jeunes, car ces nations savent tr? bien que leur survie et leur long?it?viennent de l? En Afrique nous semblons n?liger ces choses. Prenons par exemple un sujet aussi simple que celui du loisir. Le loisir est indispensable pour l'?anouissement et la sant?mentale de la jeunesse or, en Afrique, depuis les ind?endances, nous n'avons pas b?i de culture du loisir pour la jeunesse et c'est ce qui, ajout?au probl?e du ch?age, accentue leur d?쐕vrement.

Dans nos soci?? anciennes ceci n'?ait pas le cas : l'Egypte pharaonique par exemple ?ait tr? attentive ?la question du loisir aussi bien trait? que celle de l'?ucation. La Gr?e et la Rome antiques n'ont pas non plus d?onsid??cela et toutes les nations occidentales qui sont leurs h?iti?es d'aujourd'hui sembles assez attentives ?cela ; les jeux olympiques modernes sont leur invention d'ailleurs.

Ouzire A. : Vous m'offrez ainsi l'occasion de revenir sur votre propre jeunesse. Vous ?es une personnalit?de marque au sein de la classe intellectuelle africaine et il serait int?essant de pr?enter en guise de r??ence ?nos jeunes lecteurs votre trajectoire sociale et scolaire depuis votre enfance. Comment s'est pass? cette derni?e ?

T. Obenga : Je suis de Brazzaville, la capitale du Congo Brazzaville, notamment du quartier Poto-poto. J'ai pass?aussi une partie de mon enfance dans le quartier de Wenz?o?mes parents s'?aient ?ablis. Ma jeunesse a ??surtout avec les missionnaires car, ?l'?oque, il y avait plus d'?oles de missionnaires que d'?oles publiques. Les missionnaires ?aient des gens tr? rigoureux qui nous ont inculqu?la discipline, le travail et la loyaut? A l'?ole, au primaire comme au secondaire, je passais le clair de mon temps avec mes amis et ceux-ci venaient tr? souvent d'autres peuples que le mien, m?e du Congo Kinshasa. Ce qui m'a permis d'ailleurs de ma?riser en plus de ma langue maternelle, le M'boshi, d'autres langues comme le kikongo. Nous n'avions aucune id? ?l'?oque de ce qu'on appelle aujourd'hui en Afrique le tribalisme car, il ne nous ?ait jamais venu ?l'id? de fonder nos relations amicales sur une quelconque appartenance tribale.

Ouzire A. : Et comment les enfants que vous ?iez encore ressentaient-ils l'environnement colonial au c쐕r duquel ils ?oluaient ?

T. Obenga : Nous ?ions des gamins ?l'?oque et n'avions aucunement conscience de la r?lit?coloniale. Nous pensions avant tout ?jouer en dehors des heures de classes. Nous avions toutes sortes de loisirs allant du sport, notamment le football, ?la chasse et la p?he. De mon c??je dois dire que m?e l'?ole paraissait un jeu ?mes yeux car, j'en avais des facilit? et je n'avais aucun effort particulier ?fournir pour r?ssir. Aussi ?ait-ce pour moi avant tout le lieu de retrouvailles de mes camarades de jeu. Voil?comment j'ai consid??l'?ole jusqu'?la fin du secondaire.

Ouzire A. : Et quand avez-vous pris conscience de tout cela ?

T. Obenga : Un peu plus tard, en classe de troisi?e. Il faut dire que jusque l?mon parcours scolaire a ??limpide compte tenu de mes facilit? tant en mati?es scientifiques que litt?aires. Je r?ssissais aussi bien en math?atiques, tout comme en grec, en latin ou en philosophie. En classe de troisi?e, j'ai v?u un ??ement qui m'a boulevers?: nous avions un professeur de fran?is qui nous a dit un jour en classe que "les n?res sont inf?ieurs aux europ?ns et c'est la raison pour laquelle nous n'arrivions pas ??rire et nous exprimer correctement". Cette d?laration m'a boulevers?et je me suis promis de prouver le contraire ?ce professeur. J'aimais beaucoup lire et ?rire : faire la r?action comme on le disait ?l'?ole, raconter une partie de football ou de p?he ; j'ai pers???dans ce domaine.

Ouzire A. : Cette d?laration fond? sur des consid?ations racistes, vous a finalement r????vous-m?e. Est-ce bien cela ?

T. Obenga : On peut dire cela. Pour relever le d?i je me suis mis ??rire et lire davantage. Je lisais m?e des livres de niveau sup?ieur au mien que je ne comprenais pas totalement. Et tr? t? je suis devenu le mod?e de mes professeurs qui aimaient lire mes r?actions en classe.

Ouzire A. : Et c'?ait ?quelle ?oque ?

T. Obenga : Au d?ut des ann?s cinquante. Il y avait ?Brazzaville une revue nomm? Liaison, c'?ait une revue culturelle tenue par un congolais de Kinshasa. Ce fut la premi?e revue ?avoir publi?un de mes textes o?je rendais hommage ?l'?rivain Ren?Maran. Ce dernier, premier Goncourt Noir en 1921 avec son roman Batouala venait de mourir et mon texte s'intitulait justement Hommage ?Ren?Maran et avait fait une bonne sensation. Ceci fut pour moi une exp?ience assez marquante.

Ouzire A. : Vous avez donc fait toute votre scolarit?secondaire ?Brazzaville ?

T. Obenga : Oui.

Ouzire A. : Et quand ?es-vous alors parti pour l'Europe ?

T. Obenga : Apr? mon baccalaur?t ?Brazza-ville. J'ai d?arqu??Bordeaux aux alentours de 1958 arm?scolairement pour entreprendre mes ?udes universitaires aussi bien en sciences exactes que sociales. La philosophie m'a paru la plus s?uisante et la moins compliqu?des disciplines qui m'?aient propos?s. Je continuais de g?er ainsi mes ?udes sans trop forcer car je ne savais v?itablement pas o?tout cela me conduisait ; je n'avais pas de motivation particuli?e ni de visibilit?sur ce que je souhaitais faire plus tard. Je continuais cependant ?lire et d?orer tous les ouvrages qui se pr?entaient ?moi, notamment les ouvrages des jeunes auteurs noirs, africains ou cara??ns qui animaient la sc?e de la litt?ature. J'ai ainsi d?ouvert la N?ritude d'Aim?C?aire, L?pold S?ar Senghor et L?n Gontran Damas trois po?es qui m'ont assez marqu? Mais une fois le tour de cette litt?ature faite il me restait comme un sentiment d'insatisfaction.

A la rencontre de Théophile OBENGA
Ouzire A. : Nous savons que les jeunes africains de cette ?oque ?aient tous, peu ou prou, concern? par la cause de la libert?du continent. Quel ?ait le niveau d'implication du jeune Th?phile Obenga ?

T. Obenga : J'ai ??tr? t? du c??des actifs. Ce fut pour moi une autre mani?e de me faire des amis d'horizons divers. Comme au Congo durant mon enfance, je continuais de diversifier culturellement mon cercle d'amiti?: j'avais des amis des quatre coins de l'Afrique qui ?aient aussi actifs sur la sc?e du militantisme. J'ai ??moi-m?e pr?ident de la FEANF pour l'Acad?ie de Bordeaux. Voil?l'environnement dans lequel j'ai men?mes ?udes universitaires qui me conduiront assez rapidement au dipl?e de DES : Dipl?e d'Enseignement Sup?ieur.

Ouzire A. : Et qu'est-ce qui, dans cet environnement, vous a conduit ?l'histoire et l'historiographie africaines pour lesquelles vous avez consacr?la majeure partie de votre vie intellectuelle ?

T. Obenga : Une fois encore tout est parti d'un ??ement banal : j'avais ?l'?oque un grand ami camerounais Joseph M'Bou qui, me connaissant d?oreur de livres, me proposa un jour Nations N?res et Cultures de Cheikh Anta Diop. Au d?art je n'?ais pas press?de lire cet ouvrage, d'abord parce que je le trouvais gros et ensuite je me disais que c'?ait un de plus qui me laisserait insatisfait. Mon ami a insist?davantage et j'ai fini par lui emprunter son exemplaire. Le soir venu j'ai entrepris toujours sans grande conviction de lire l'ouvrage et je me suis retrouv?le lendemain ?la derni?e page sans avoir ferm?les yeux de la nuit.

Lorsque j'ai suis all?lui rendre son livre, Joseph M'Bou me posa une seule question : Alors ? je me suis tu et il a senti par mon silence que j'?ais ?u. D? la semaine suivante je suis all??Paris, ?Pr?ence Africaine, acheter tous les ouvrages de Cheikh Anta Diop. J'ai pris deux exemplaires de Nations N?res et Cultures, un que j'ai d?id?de laisser vierge et de garder comme relique, un monument dans ma biblioth?ue. J'ai entrepris de relire l'autre exemplaire en y ajoutant mes notes personnelles. Je suis pass?dans les biblioth?ues demand?tous les ouvrages cit? en r??ence dans Nations N?res et Cultures, des auteurs greco-latins aux auteurs contemporains. Je voulais v?ifier de mes propres yeux et dans tous les d?ails la v?acit?scientifique des arguments de Cheikh. A la fin, devant l'ampleur de son travail je me suis dis ? y est ! C'est ? la voie ! C'est ? qu'il faut faire !

Ouzire A. : Et quelle a ??l'incidence de cette d?ouverte de l'쐕vre de C. A. DIOP sur le reste de votre parcours ?

T. Obenga : Elle fut totale. J'ai d'abord commenc?par remettre en cause mon parcours universitaire car je ne voyais plus ce que la philosophie pouvait m'apporter face au nouveau d?i que je m'?ais lanc? Et comme je l'avais dit, mon parcours scolaire et acad?ique jusque l? a ??sans grande conviction sans v?itable visibilit?sur ce que je souhaitais faire plus tard. J'ai donc d?id?d'arr?er ma formation philosophique au niveau du dipl?e d'enseignement sup?ieur. Apr? avoir tout lu de C. A. Diop, seule l'histoire m'int?essait ?pr?ent. Je me suis dit qu'il fallait que j'en ma?rise les techniques et vers le milieu des ann?s soixante je suis mont??la Sorbonne faire ma licence d'histoire

Ouzire A. : Ce fut donc une r?rientation totale de votre parcours universitaire et de votre trajectoire sociale tout court ?

T. Obenga : Bien s? ! J'ai devin??travers la densit?du travail de C. A. Diop qu'il fallait ?re pluridisciplinaire et arm?scientifiquement pour oser faire ce qu'il a fait : affronter et d?ier les grands t?ors de l'histoire et de l'Egyptologie occidentale, arguments scientifiques ?l'appui. J'ai rapidement eu ma licence d'histoire puis je suis pass??la pr?istoire et ?la pal?ntologie. L'ethnologie m'a tent?mais j'ai vite abandonn?au terme du premier trimestre car l'approche de cette discipline ne me satisfaisait pas. Il me fallait aussi ma?riser les langues. Pour le grec et le latin je n'?rouvais pas de probl?e car je les pratiquais d??depuis mon coll?e. Je me suis initi??l'arabe pendant deux semestres. Bref la motivation que j'avais m'a rendu rapidement boulimique du travail car je voulais faire tout ce qu'il m'?ait possible de faire qui puisse m'aider ?participer au travail gigantesque, au vaste chantier de l'historiographie africaine ouvert par C. A. Diop.

Ouzire A. : Etiez-vous d??rentr?en contact avec le professeur C. A. Diop ?

T. Obenga : Pas encore. J'avais appris qu'il ?ait d??rentr?en Afrique, notamment au S??al. Et de toute fa?n, je ne souhaitais pas pr?ipiter les ??ements car, j'avais encore du parcours ?faire.

Enfin de compte, je me suis int?ess??l'aspect comparatif de l'histoire, l'histoire au sens th?rique et philosophique connue sous le nom de l'historiographie. J'avais vu parmi les renseignements qu'on pouvait avoir ?l'?oque qu'il existait un laboratoire d'histoire g??ale ?Gen?e. J'y suis donc all?et avec l'aide bienveillante du professeur qui dirigeait l'institut, j'ai pu obtenir une bourse pour suivre le programme. Ce fut un programme assez int?essant o?j'ai appris sur les grands historiens et les grandes th?ries de l'histoire, notamment celles de l'?ole allemande. La linguistique a ??l'?ape suivante de mon cursus et vers la fin des ann?s soixante, je me suis inscrit ?l'?ole de Ferdinand de Saussure toujours ?Gen?e. Nous n'?ions que trois ou quatre ?udiants ?suivre ce programme qui fut techniquement int?essant. J'ai m?e eu l'occasion d'?rire dans la revue Ferdinand de Saussure : une revue tr? r??enc? et difficile d'acc?. Suite ?cela j'?ais toujours insatisfait car je me disais qu'il fallait que j'aille au but c'est ?dire l'?yptologie. Je suis donc parti voir le professeur Charles Mestre pour suivre mes premiers cours d'?yptologie.

Et ce n'est qu'?l'issue de ce programme que j'ai d?id?de rentrer en contact ?istolaire avec C. A. Diop. La lettre que je lui avais envoy? fut br?e et directe : Je lui ai avou?qu'apr? mes propres investigations, je lui donnais raison sur tout et en particulier sur le sens de Kemet (2) en Hi?oglyphe qui signifie effectivement "noir charbon". Je lui ai fait part ?alement de la mutation que la d?ouverte de ses 쐕vres a produite en moi et ma volont?qui en a d?oul?de suivre son exemple. Cheikh me r?ondit en personne en me recommandant ceci : "Il faut persister dans la linguistique et la connaissance profonde de la langue ?yptienne, car c'est l?o?se trouve l'essentiel". J'?ais ?erveill?et je me suis dis : "Mon Dieu ! Il m'a r?ondu en personne c'est donc qu'il croit en mes capacit?."

Ouzire A. : Et en quelle ann? a eu lieu ce premier contact ?

T. Obenga : Si mes souvenirs sont bons au d?ut de l'ann? 1969, j'?ais encore ?Gen?e. J'ai ??achet?tout de suite le Gardiner (3) pour m'initier ?la langue ?yptienne et j'ai cherch?un programme pour approfondir ma connaissance de la langue ?yptienne ancienne et du copte. Il fallait que je pers??e comme me l'a recommand?C. A. Diop m?e si des amis m'accusaient de papillonner ?travers les facult?. Ce fut la derni?e ?ape de mon parcours acad?ique. Mon obsession dans ce parcours n'a jamais ??d'accumuler les dipl?es mais plut? d'acc?er ?l'interdisciplinarit?n?essaire au travail que je me promettais de faire d?ormais.

Ouzire A. : Apr? ce parcours universitaire marathonien, qu'avez-vous d?id?de faire ensuite ?

T. Obenga : Apr? ce parcours j'ai ?ris mon premier livre, que j'avais d?ut?en fait lors de mon passage ?l'institut d'histoire g??ale de Gen?e. Je me jugeais encore immature pour affronter les ?yptologues comme Cheikh. Je me suis dit l'?yptologie, ce sont des probl?es ?n'en plus finir car tout le monde s'acharnait sur lui apr? la publication de ses diff?ents travaux et la pol?ique qui a suivi. J'avais donc d?id?de consacrer ce premier ouvrage ?l'histoire g??ale des royaumes du Congo. Ce th?e est une reprise de mon premier sujet de th?e que je n'avais m?e pas soutenu car encore une fois le dipl?e n'?ais pas ce que je recherchais en premier.

Ouzire A. (?onn? : Vous n'avez donc pas soutenu de th?e ?

T. Obenga : Dans un premier temps, non. Ma g??ation a ???uqu? dans le culte du dipl?e, mes coll?ues voulaient tous avoir un doctorat ou une agr?ation. Mais moi, ce que je recherchais, c'?ait la connaissance pluridisciplinaire. Les dipl?es n'?aient pas une fin en soi. J'ai donc d?id?de publier un autre ouvrage avant de rentrer en Afrique, ce fut "l'Afrique dans l'Antiquit? pr?ac?par C. A. Diop en personne. Un livre de ma jeunesse intellectuelle que je voulais comme une sorte d'histoire g??ale de l'Afrique dans un cadre chronologique pr?is : l'antiquit?

Ouzire A. : Un ouvrage de jeunesse certes, mais une jeunesse intellectuellement fournie ! Car il faut un parcours universitaire dense et une accumulation de connaissances pour r?ssir un tel ouvrage.

T. Obenga : Je dirais oui parce que c'est un ouvrage que j'ai souhait? bien d?aill? Surtout en mati?e des ?ritures anciennes o?aucun travail v?itable n'avait encore ??fait. Cette publication a eu des ?hos favorables dans la presse et les milieux scientifiques. Un compte rendu en a ??m?e fait dans la revue de l'Ecole des Annales de Paris du Professeur Lefebvre. Une revue qui repr?entait l'esprit de l'historiographie fran?ise. Pour moi, ceci ?ait une forme de cons?ration du milieu scientifique qui me procura beaucoup de confiance. Je suis rentr?apr? ?Brazzaville ou j'ai d?id?d'aller au d?artement d'histoire.

C'est l?o?j'ai rencontr?un professeur coop?ant fran?is qui avait connu et appr?i?mes travaux. Un monsieur tr? gentil qui m'a forc??soutenir une th?e, car pour lui, sans cela je n'aurai pas de reconnaissance v?itable dans le milieu de la recherche scientifique. Devant mon h?itation il pris m?e soin d'aller m'inscrire lui-m?e en France et de constituer mon jury de th?e. Le jour de ma soutenance la communaut?africaine et congolaise ?ait l? Et apr? ma th?e re?e avec mention honorable, nous sommes all? prendre un pot. Mais je n'avais pas le c쐕r ?ces choses-l?car ce sont de pures formalit?. On ne vous laissera jamais soutenir dans ces pays sur des sujets librement choisis, "l'Egypte ancienne" par exemple, voil?pourquoi je n'avais pas de motivation.

Ouzire A. : Pour nous jeunes militants africains, et on a d?vous faire plus d'une fois la surprise, vous ?es le seul disciple l?itime et vivant de C. A. Diop. Vous reconnaissez-vous comme tel ?

T. Obenga : Non. Ceci me para? injuste. C. A. Diop a ??oblig?de travailler dans la solitude. Par peur de repr?ailles, ceux qui ?aient ?m?e de l'aider dans notre g??ation se sont m?i? de collaborer avec lui. Les g??ations apr? nous ont pris conscience de son 쐕vre et d'elles sont sortis des chercheurs et des scientifiques de renom ?oluant en Afrique, en Europe ou en Am?ique, qui aujourd'hui poursuivent passionn?ent le travail qu'il a entrepris. Ce sont tous ces braves hommes et femmes qui sont les disciples de C. A. Diop, et non Th?phile Obenga seul qui a eu l'honneur de travailler ?ses c??.

Ouzire A. : Certes, mais dans cette d?ignation il y a aussi une mise en exergue de votre pr?ence physique ?ses c?? lors du moment crucial de son combat ?la conf?ence du Caire. Pouvez-vous ?lairer nos lecteurs sur les raisons de cette conf?ence et ses retomb?s ?

T. Obenga : La conf?ence du Caire fut un d?at de v?it? Ce fut un moment de haut d?at scientifique qui opposa C. A. Diop aux sp?ialistes ?yptologues internationaux qui l'accusaient de tenir des mythes pour v?it? afin de doper la conscience des peuples africains en lutte pour les ind?endances. Tout est parti du projet d'?riture de l'histoire universelle de l'UNESCO. Cheikh fut contact?dans un premier temps pour participer au chapitre concernant la pr?istoire et l'antiquit?africaine. Il accepta sous la r?erve que l'UNESCO accept? ?son tour d'organiser un colloque international lui permettant de confronter ses arguments concernant la nature n?ro-africaine de l'Egypte pharaonique aux th?ries de ses d?racteurs. La conf?ence eut lieu finalement en 1974 sous la direction du pr?ident de l'UNESCO de l'?oque : Amadou Matar M'Bow, et rassembla les plus grands ?yptologues du monde entier.

Cheikh et moi ?ions en contact permanent depuis mon retour en Afrique ; il me proposa de l'assister dans la pr?aration de cette conf?ence. Ma contribution fut modeste car je tiens ?souligner que la r?ssite de cette 쐕vre colossale lui revient. Ses arguments ont triomph? nous le savons tous aujourd'hui puisque l'UNESCO a pris en compte ses travaux et lui a propos?l'?riture du chapitre concernant l'antiquit?africaine.

Ouzire A. : Quelles ont ??les retomb?s v?itables de ce colloque ?

T. Obenga : D'abord le triomphe et la reconnaissance mondiale de ses travaux. Au sein du milieu intellectuel africain la lib?ation des esprits qui par peurderepr?ailles h?itaient ?adh?er ?ses travaux. Mais c'est aujourd'hui surtout au sein des jeunes g??ations telle que la v?re que les travaux de C. A. Diop sont en train de conna?re un v?itable succ? tant en Afrique qu'au sein de la Diaspora. Il n'a pas ??question pour C. A. Diop et moi de parler de l'Egypte pour l'Egypte. Il s'est agi de r??er uniquement la v?it?

De tous les peuples de l'antiquit?m?iterran?nne,les ?yptiens sont les seuls dont la race est mati?e ?discussion. Ce seul ??ent suffit pour nous indiquer qu'il y a quelque chose qui cloche v?itablement. Et cette chose, c'est le fait que les noirs qu'on a consid?? comme inf?ieurs sont ceux-l?m?e qui ont initi?l'humanit?aux choses civilisationnelles.

Ouzire A. : professeur nous savons que depuis un certain temps vous vivez aux Etats-Unis o?vous enseignez ?l'universit?de San Francisco. Comment ressentez-vous les choses concernant le combat que vous menez de l'autre c??de l'Atlantique ?

T. Obenga : Le contexte global des africains-am?icains est particulier. Ce contexte a ??fait de lutte et ils ont connu de grands leaders tels que Marcus Garvey, W. E. B. Dubois, Martin Luther King et Malcom X. D'aucuns n'ont pas h?it??payer de leur vie la libert?du peuple africain-am?icain. Dans ce contexte la libert?et l'unit?sont devenues des valeurs ch?es ?leurs yeux.

C'est pour cela par exemple que les grands combattants de la renaissance africaine, du panafricanisme nous sont venus de cette communaut? Aussi jouissent-ils d'une libert?de penser, m?e au sein du milieu acad?ique qui fait qu'ils n'en sont plus aujourd'hui ?discuter entre eux de l'origine n?re des civilisations ?ypto-nubiennes.
C. A. Diop jouit d'une reconnaissance totale au sein du milieu africain-am?icain et c'est l?o?la continuit?de ses travaux trouve son meilleur cadre actuel. Chaque ann? il y a m?e ?travers les universit? am?icaines des journ?s C. A. Diop qui sont faites pour faire conna?re davantage ses travaux.

Ouzire A. : Nous arrivons au mot de la fin et je vous demanderais de nous pr?enter un peu votre actualit?et d'adresser un message ?la jeunesse africaine.

T. Obenga : Mon actualit?comme vous venez de l'?oquer un instant est essentiellement aux USA o?j'anime le d?artement des civilisations africaines de l'Universit?San Francisco. Les premiers ?udiants que j'ai dirig? commencent par se faire conna?re au sein du milieu universitaire am?icain ; un d'entre eux appartient au club tr? ferm?des ?yptologues am?icains o? il est le seul membre noir pour l'instant. Il a donn?une conf?ence ici ?Paris au mois d'ao? 2002, aux c?? d'un autre africain am?icain tr? c??re qui est Mol?i K??Asant?

J'ai publi?en 2001 un ouvrage intitul?le Sens de la Lutte Panafricaine contre l'Africanisme Eurocentriste. Et je devrais ajouter raciste car les africanistes sont des non africains qui ?udient les langues et les civilisations africaines de leur point de vue id?logique et eurocentr?et sans aucune consid?ation de ce que les africains ont produit dans ce domaine sur eux-m?es.

Personne n'est contre le fait qu'un Fran?is, un Italien, un Allemand, un Su?ois, un blanc am?icain fasse des ?udes sur l'Afrique. Nous sommes plut? contre le fait que lorsqu'ils le font, ils persistent dans leur mauvaise et d?u?e id?logie fond? sur les valeurs racistes des si?les esclavagistes et coloniaux. Ceux-l?doivent savoir que le mythe du noir qui g? au bas de l'?helle de l'humanit?est d?initivement r?olu et que leurs th?ries primitivistes n'ont gu?e plus d'avenir. C'est la teneur de mon discours dans cet ouvrage o?je me suis attel??d?ontrer le ridicule scientifique de leurs th?ries. Mais cet ouvrage a ??aussi un message en direction de la jeunesse africaine mondiale qui doit savoir que le combat que nous menons est de tous les jours et de tous les instants, et que c'est ?elle qu'incombe la mission de continuer l'쐕vre accomplie par C. A. Diop.

Ouzire A. : Je vous remercie professeur au nom de toute l'?uipe d'Afrobiz et du mouvement Sankofa.

T. Obenga : C'est moi qui vous remercie.

1. Kandalou : La reine Kandalou plus connu sous la forme europ?nis? de son nom : Candace fut la plus c??re des reines de la Nubie. Elle s'illustra dans une s?ie de bataille qu'elle livra aux troupes de l'empereur romain C?ar Auguste lors des diverses tentatives de p??ration du continent par ce dernier.

2. Kemet : Ce mot issu de la langue de l'Egypte ancienne s'?rit v?itablement khmt. Il d?igne la couleur noir-charbon, c'est ?dire la plus forte nuance du noir et est en m?e temps le mot utilis?par les anciens ?yptiens pour d?igner leur peuple et la terre africaine : "terre ou pays noir".

AFROBIZ / Amob?M. et Ouzir A.
Rédigé le Lundi 26 Avril 2004 à 00:00 | Lu 5952 fois | 0 commentaire(s)





À lire aussi :
< >

Vendredi 16 Décembre 2016 - 17:10 PATRICIA ESSONG

L'OEIL DE BASANGO | LISAPO | TAM-TAM | TENTATIONS | ÉCONOMIE | DÉCOUVERTE | BASANGO TV | BONS PLANS



MOKÉ TV

    Aucun événement à cette date.









App Store
Facebook
Twitter
Google+
Instagram
YouTube






Facebook
App Store
Google+
Instagram
Rss
Twitter
YouTube