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A Hollywood ?

Une nouvelle ère africaine...

Lord of war, The Constant Gardener, Le Cauchemar de Darwin, Hôtel Rwanda, ... une salve de films hollywoodiens et occidentaux qui ont en commun de traiter de situations crues et particulièrement difficiles d’Afrique contemporaine. Guerres, trafics d’armes ou de médicaments, génocide, sont entrés dans les thématiques du cinéma mondial, presque sans que l’on y prenne garde. Il ne s’agit pas d’un virage radical vers un cinéma contestataire ou humanitaire loin de là. Et si pour bien des critiques les sujets sont desservis par un habillage par trop spectaculaire où le superflu, les effets spéciaux et les histoires parallèles reprennent le dessus, la nouveauté n’est pas minime pour d’autres amateurs. Effet de mode passager ou réels choix de scénario et d’éthique artistique voués à montrer, à filmer, à créer à partir de réalités palpables ? Simple diversification thématique à but commercial ? Le solde n‘est pas net lorsque de surcroît on sait que le risque d’insuccès n’est pas écarté, des films comme Le Cauchemar de Darwin ayant été ostensiblement boudés par les distributeur et par les grands médias.
Une analyse de Frédéric Strauss pour Télérama [N°2920] tente de cerner cette « piste » africaine.


La piste africaine

Lord of war
Lord of war
C'est un peu comme si la rame de métro que vous prenez chaque matin sortait de ses rails et vous emportait ailleurs, les yeux écarquillés. Ces temps-ci, au cinéma, prendre un ticket pour un film américain peut vous transporter en Afrique. Erreur d'aiguillage dans le train-train hollywoodien ? Il y a de quoi se le demander, car on est loin de l'exotisme tempéré à la Out of Africa : il s'agit plutôt d'une plongée parmi les démons d'un continent dont l'image est soudain plus violente, moins idéalisée, et donc plus proche de nous. Trois cinéastes y sont partis en nouveaux explorateurs et en ont rapporté des films qui s'aventurent aux frontières du documentaire avec une belle audace.

Une balle fuselée comme une bombe sort d'une usine qui en fabrique à la mitraillette, passe de main en main et finit en Afrique... dans la tête d'un gamin des rues. La séquence d'ouverture du film d'Andrew Niccol Lord of war est presque une provocation dans le cinéma américain. Mais l'auteur de Bienvenue à Gattaca (1997) et Simone (2001) est un spécialiste des projets atypiques : « Tous mes films vont à l'encontre des codes hollywoodiens », résume-t-il. Son Seigneur de la guerre est un trafiquant d'armes à la fois charismatique et abject, joué par Nicolas Cage. L'Amérique chic est le décor de sa vie officielle. La vraie se joue dans un pays d'Afrique de l'Ouest où il vend à un dictateur militaire de quoi massacrer selon ses moindres caprices. « Il fallait que je dise la vérité sur le bourbier où s'enfonce toute une partie du continent africain, raconte Andrew Niccol. Le trafic d'armes est la conséquence, souvent ignorée, de la fin de la guerre froide. Pendant qu'on s'enthousiasmait devant l'ouverture des pays de l'Est, des tas de munitions et d'armes volées en sortaient pour inonder le Liberia, la Sierra Leone et d'autres Etats africains. Beaucoup de gens ont fait des fortunes en leur vendant la mort. »

On sent l'impatience d'un cinéaste excédé par un déni général : la vérité sur l'Afrique, personne ne la réclame. Surtout pas au cinéma. « C'était impossible de convaincre un studio américain d'apporter le financement », reconnaît-il. Le film n'a pu voir le jour que grâce au soutien de Nicolas Cage et à l'arrivée d'un coproducteur français. S'il est finalement bel et bien américain, c'est donc à l'arraché, et en contrebande. Andrew Niccol a également dû accepter de tourner en Afrique du Sud, les compagnies d'assurance refusant de couvrir un tournage en Afrique de l'Ouest. Comme si cette réalité devait être tenue à distance par tous les moyens. Le réalisateur n'en revendique qu'avec plus de véhémence l'exactitude de ce qu'il a filmé : « Tout ce que je montre dans Lord of war existe. Un gros trafiquant de la République tchèque m'a prêté des tanks qu'il allait livrer en Libye, et j'en ai rencontré un autre qui faisait passer des armes au Congo. Le dictateur du film s'inspire à la fois de Kadhafi, d'Idi Amin Dada et de Mobutu. Lord of war est en quelque sorte un film hyperréaliste. »

Le message a été compris par Amnesty International, qui utilise Lord of war pour des campagnes d'information sur le commerce des armes. Andrew Niccol s'en réjouit, mais sans illusions : « Mon film peut-il changer quelque chose ? Non. Dire que l'Amérique est le plus grand trafiquant d'armes du monde et que l'Afrique est son déversoir est simplement rappeler des faits. Il faudrait une volonté politique pour lutter contre. Mais il n'y en a pas, que nous ayons Bush ou Clinton au pouvoir. On dit que le deuxième plus vieux métier du monde, c'est trafiquant d'armes. Cela signifie clairement que ça ne s'arrêtera jamais. »
« Trafic d'armes ou de médicaments, c'est la même merde », affirme au fin fond de l'Afrique un personnage de The Constant Gardener, de Fernando Meirelles (en salles cette semaine). Le réalisateur brésilien de La Cité de Dieu (2002) a tourné au Kenya cette production anglo-américaine, adaptation d'un roman de John Le Carré (1) qui jette à peine un voile de fiction sur une vérité trop souvent tenue sous le boisseau : les pratiques de l'industrie pharmaceutique en Afrique. « L'histoire qu'a imaginée John Le Carré s'inspire de ce qui s'est passé il y a quelques années au Nigeria, explique Meirelles. Un grand laboratoire a profité de l'apparition d'une maladie pour distribuer un médicament et le tester sur la population, à son insu. Après quelques mois, tous ceux qui avaient pris ce médicament ont commencé à avoir de graves problèmes aux jambes. Ils avaient donné leur autorisation pour être soignés ainsi, sans savoir à quel risque ils s'exposaient. Le cas n'est pas rare, hélas. »
Le sujet de The Constant Gardener a quelque chose de familier pour Fernando Meirelles : les laboratoires pharmaceutiques sont en effet sur la sellette au Brésil, où le gouvernement a décidé de lancer une production nationale de médicaments génériques. Du coup, le film a eu là-bas un vrai retentissement politique, et Meirelles est très confiant dans l'impact qu'il peut avoir partout ailleurs, notamment en soutenant l'action des « pharma watchers », ces associations qui tentent de surveiller les labos.
Mais si le film est ancré dans la réalité, c'est parce que le réalisateur brésilien s'est battu pour qu'elle soit visible à l'écran. « Dans le scénario de départ, tout était basé sur les rapports de hiérarchie entre les principaux personnages, des Anglais travaillant au Kenya. Tout se passait dans des bureaux. J'ai voulu faire revenir l'Afrique dans le film. On l'aurait à peine vue si je n'avais pas retravaillé le scénario. « Meirelles a dû insister pour tourner au Kenya, car on lui demandait de choisir… l'Afrique du Sud. « Les assurances nous ont pris une fortune pour nous laisser tourner à Nairobi et dans les environs, mais c'était impossible pour moi de tricher avec ça. »
Optimiste malgré tout, le réalisateur estime que le cinéma américain s'ouvre de plus en plus à l'Afrique, et au tiers-monde en général. On en a eu un signe cette année avec L'Interprète, de Sydney Pollack, un polar impliquant de loin un Etat africain, et on verra en 2006 The Last King of Scotland, de Kevin Macdonald, une évocation du règne d'Idi Amin Dada tournée en Ouganda. Leonardo DiCaprio lui-même ira jusqu'en Afrique pour Le Diamant de sang, d'Edward Zwick, qui s'annonce plutôt comme un film d'aventures rétro, mais pourrait bien renouveler le filon, si on en croit Fernando Meirelles : « La curiosité du cinéma américain pour des horizons nouveaux est liée aussi à l'état du monde actuel. On ne peut plus vivre aux Etats-Unis en ignorant le reste de la planète. »
Mais n'est-ce pas, plus cyniquement, son inépuisable besoin de drames humains qui attirerait le cinéma américain en Afrique ? Le génocide rwandais est au centre de films qui visent d'abord à émouvoir. Ainsi Hotel Rwanda, de Terry George, et Shooting Dogs, de Michael Caton-Jones, qui sortira en mars prochain. Plus marquant, Sometimes in April, dont on attend une diffusion sur Arte, a été réalisé par Raoul Peck, un cinéaste atypique : né à Haïti, il a grandi au Zaïre puis en France et vit désormais entre Paris et New York. Il est aujourd'hui en plein travail sur le plateau de La Vallée, un téléfilm consacré à l'affaire Grégory, qui a déjà attiré les paparazzis de Paris-Match. Inutile de dire que son film sur le Rwanda ne soulève pas une telle curiosité.

Pour Raoul Peck, filmer l'Afrique, c'est vouloir tourner le dos aux clichés. « Tout ce qu'on voit dans Sometimes in April est puisé dans des histoires vécues, insiste Raoul Peck. J'ai tourné au Rwanda, sur les véritables lieux des massacres, après un travail d'enquête très approfondi. Pour moi, c'est plus qu'un film : une œuvre qui, je l'espère, aidera à comprendre un moment de l'histoire. J'ai voulu mettre les spectateurs face à la réalité de ce qui s'est passé, pas simplement les impliquer d'une manière émotionnelle. »
Le film a été produit par la chaîne américaine HBO, qui a donné au cinéaste des moyens importants et une liberté totale. « C'est un cadre de production inattendu, reconnaît-il, mais c'était le seul possible pour un tel film. Je n'aurais pas pu le faire avec un grand studio américain, ni le produire en France non plus, pour des raisons économiques et politiques. Le cinéma français se désintéresse globalement de l'Afrique et du tiers-monde en général. »

Si Raoul Peck est prompt à mettre en parallèle les Etats-Unis et la France, c'est qu'il y a fait des expériences contrastées avec son précédent film, Lumumba (2000), consacré à la vie et à l'assassinat, en 1961, du leader indépendantiste du Congo Patrice Lumumba. Aux Etats-Unis, son retentissement fut « phénoménal pour un film indépendant, dit Peck. En France, il a été ignoré. C'est rare de voir au cinéma des hommes politiques africains qui ont un langage cohérent, un réel engagement, et qui sortent du cliché du ministre corrompu, de l'Africain ignare qui ne comprend pas le sens de l'histoire. Cette vision ne donne pas prise au paternalisme habituel de la France pour l'Afrique, alors elle dérange. »

Dans le cinéma américain, c'est aussi la montée en puissance des acteurs noirs qui a permis un autre regard sur l'Afrique. « De grands progrès restent à faire, mais des carrières comme celle de Denzel Washington n'étaient pas imaginables il y a vingt ans encore, souligne Raoul Peck. En France, la société et le cinéma du même coup ont préféré se fermer sur eux-mêmes. Pour un Noir, la République française est loin d'être un pays égalitaire. « On perçoit cependant quelques signes de changement du côté du cinéma français : on attend en 2006 Indigènes, de Rachid Bouchareb, qui évoquera le rôle des tirailleurs sénégalais dans l'armée de libération française en 1944-1945. Le film sera réussi ou non, mais cette histoire-là n'avait jamais été contée...

Afrikara.com
Rédigé le Mercredi 1 Février 2006 à 16:50 | Lu 2749 commentaire(s)




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